Publié par admin le 29/11/2011 à 16:50

Intégrale Andreï Tarkovski : Beautés pour tous

Andreï Tarkovski

La beauté est là pour tout le monde, furtive et par éclats : une brume sur un fleuve, un arbre sous la pluie, un feu dans la plaine, un cheval qui s’éveille, le geste d’une femme en relevant sa chevelure, le regard d’un enfant. Parfois, les artistes parviennent à recomposer ou capter ces moments de grâce, tout simplement par le choix de mots qui s’accordent, de couleurs qui se fondent, de notes qui s’associent et, trop rarement par des images et sons de cinéma. Hélas, dans ce dernier cas, quand le cinéaste se refuse aux masques de sens affirmés ou qu’il rejette les catalogues d’esthétique convenue, et séduisante il est auréôlé d’une gloire qui le projette au panthéon des créateurs graves au service des élites. Terrible malentendu qui le momifie, loin des vrais poétes, ceux dont le travail touche chacun de nous, au-delà des savoirs, des races et des classes sociales. Car l’émotion ne s’explique pas plus que l’amour. Elle est une force qui s’impose et bouleverse. Jamais une démonstration virtuose.

Parmi les cinéastes qui sont sourciers de cette magie, Andrei Tarkovski tient une place de premier plan et l’édition de son intégrale en DVD le prouve. On y découvre ses premiers films d’étudiants de septième art en URSS, dans un régime où la norme et les règles encadraient tout. Ce sont une adaptation fidèle de la courte nouvelle Les Tueurs d’Ernest Hemingway, mise en scène à l’économie dans l’esprit et les codes du film noir américain, une chronique sans héroÏsme sur quelques soldats devant déterrer des obus après la guerre, une fable montrant l’amitié d’un jeune enfant sans père qui apprend le violon et un conducteur de rouleau compresseur qui est timide avec les jeunes filles. Et ce sont trois petits joyaux, pas encore cisélés par le style étonnant de Tarkovski, mais déjà porteur de subversion discrète des doxas soviétiques.
(Lire la suite…)

Publié par admin le 29/11/2011 à 16:47

Koen Mortier : Punk or Dead

Ex Drummer

Si l’on commence à bien connaitre la frange francophone du cinéma belge, le cinéma flamand ne passe que très rarement la frontière pour trouver le chemin des écrans français. Le choc est d’autant plus grand à la découverte d’un cinéaste aussi singulier que Koen Mortier, vedette du double-programme mettant en avant les 2 longs-métrages qu’il a réalisé après plusieurs courts et une carrière de réalisateur de clip. Deux films à l’opposé l’un de l’autre pour 2 facettes d’un même cinéaste.
L’une plutôt trash, provocante et ultra-énergique, envoyant valdinguer toutes les conventions possibles, et une autre plus intimiste, parfois contemplative, à l’atmosphère éthérée.

Le premier, c’est Ex Drummer, premier long-métrage du réalisateur et adaptation du roman éponyme d’Herman Brusselmans, une plongée effarante dans la Belgique “d’en bas”, celle de 3 musiciens handicapés (bras raide, surdité et zozotement extrême) à la recherche d’un batteur tout aussi handicapé qu’eux afin de participer au tremplin rock local. Ils jettent leur dévolu sur Dries, écrivain local célèbre qui accepte en annonçant que son handicap est de ne pas savoir jouer de batterie. Parsemé de dialogues grandioses dévoilant au grand jour la bêtise, la haine et la perfidie de ses protagonistes, et nourrissant un humour très noir n’épargnant rien ni personne (handicapés, forcément, homosexuels, étrangers, femmes), on pense souvent à C’est arrivé près de chez vous, le film ne cesse de surprendre grâce à sa constante inventivité visuelle - le générique de début met tout de suite dans le bain avec son montage inversé et l’astucieuse mise en scène des noms de l’équipe artistique et technique. Ex Drummer ne vous lâche pas un instant en conservant sa hargne et son énergie jusqu’au bout, grandement assisté par une bande-son qui dépote et à l’image du film : punk et sans concession.

(Lire la suite…)

Publié par admin le 29/11/2011 à 16:43

LUCILE HADZIHALILOVIC - Réalisatrice

Piscine sans eau
Piscine sans eau de Koji Wakamatsu (1982)

ORIGINE DU PROJET
Wakamatsu réalise le film à la demande de Yuya Uchida, rock star et grand amateur de cinéma (provocateur, il se présentera même aux élections au poste de gouverneur de Tokyo en 1991).
Uchida va voir Wakamatsu avec des magazines relatant un fait divers : un homme de 27 ans a violé une femme chez elle après l’avoir endormie en injectant du chloroforme par le trou de la serrure. Uchida veut tenir le rôle du violeur.
Wakamatsu accepte. Ce fait divers fait écho chez lui à une sorte de désir masculin fondamental.
Il évoque aussi Les belles endormies de Kawabata.

LE PINK
Bien que ce film s’inscrive totalement dans le genre «pink», et même dans le pire sous-genre : le film de viol, Wakamatsu ne veut pas en faire un film d’exploitation érotique car début 80, le pink commence à devenir respectable, tout le monde en fait l’éloge. Ce genre est donc récupéré par le système, et n’a plus d’intérêt pour Wakamatsu. Pour lui, le pink doit rester dans l’ombre, c’est de la “guérilla”.
C’est au milieu du mépris et des insultes que naissent les oeuvres de qualité” dit-il.
Toutefois, selon Wakamatsu, il est faux de penser que dans les années 80 la liberté d’expression est plus respectée qu’avant, le contrôle de la société s’est juste sophistiqué.
Vendre du sexe approuvé par le système, ça revient à faire de la propagande fasciste”.
A propos des censeurs : “Ils contrôlent notre imagination par leur imagination.
Wakamatsu demande au scénariste Eiichi Uchida d’écrire un scénario sérieux, complexe.

LE TITRE
Le titre vient d’un fait-divers américain dont Wakamatsu a entendu parler à l’époque : des types sous LSD sont morts en sautant dans une piscine sans eau.
Cette image de la piscine vide plaît à Wakamatsu. Il voit Tokyo comme une ville desséchée, une piscine sans eau.
Mais il y a plusieurs niveaux symboliques dans cette image.
(Lire la suite…)

Publié par admin le 29/11/2011 à 16:37

Tous les coups de coeur de A à Z

coups de coeur

12h08 à l’est de Bucarest (2007) de Corneliu Porumboiu, par Bertrand Tavernier
2001 : L’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick, par Pip Chodorov
A bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, par Koji Wakamatsu
Aie (2000) de Sophie Fillières, par Christian Lambert
Apocalypto (2006) de Mel Gibson, par Alain Guiraudie
Appelez-moi Madame (1986) de Françoise Romand, par Marianne Lamour
Bad Lieutenant (1992) de Abel Ferrara, par Jean-Stéphane Sauvaire
Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino, par Cédric Anger
Chéri (2010) de Stephen Frears, par Alain Guffroy
Chronique de Anna-Magdalena Bach (1961) de Jean Marie Straub, par Stéphane Goël
Cleveland contre Wall Street (2009) de Jean-Stéphane Bron, par Bruno Dumont
Depuis qu’Otar est parti(2003) de Julie Bertuccelli, par Sandrine Pillon
Desperate (1947) de Anthony Mann, par Raoul Ruiz
Duel au soleil (1943) de King Vidor, par Caroline Ducey
Fish Tank (2009) de Andrea Arnold, par Xavier Dolan
Fort Bravo (1953) de John Struges, par Bertrand Tavernier
Freaks (1932) de Tod Browning, par Jean Rollin
Gentille (2005) de Sophie Fillières, par Yann Coridian
Golden Eighties (1986) de Chantal Akerman, par Martine Marignac
Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (2000) de François Ozon, par Juliane Lorenz
Haraki (1962) de Masaki Kobayashi, par Borja Huidobro
Hardcore (1979) de Paul Schrader, par Fabrice Du Welz
I Wish I Knew (2010) de Jia Zhang-ke, par Jean-Pierre Thorn
Ice Storm (1997) de Ang Lee, par Baltasar Kormakur
Il était un père (1942) de Yasujiro Ozu, par Kiju Yoshida
Impaled (2006) de Larry Clark, par Cécile Babiole
Instrument (1998) de Jem Cohen, par Julien Gester
Invasion (1967) de Hugo Santiago, par Noël Simsolo
Je t’aime je t’aime (1968) d’Alain Resnais, par Lisa Hérédia (alias Maria Luisa Garcia)
L’ange exterminateur (1962) de Luis Bunuel, par Aurelia Petit
L’argent (1983) de Robert Bresson, par Ursula Meier
L’armée des ombres (1969) de Jean Pierre Melville, par Jerome Prieur
L’Atalante (1933) de Jean Vigo, par Guy Maddin
L’aurore (1927) de F.W. Murnau, par Jean-Max Causse
L’homme invisible (1933) de James Whale, par Alain Cavalier
L’homme sans age (2007) de Francis Ford Coppola, par Patrick Mario Bernard
La Brigade du suicide (1947) de Anthony Mann, par Mark Rappaport
La chose d’un autre monde (1951) de Howard Hawks, par Luc Moullet
La Ligne rouge (1998) de Terrence Malick, par Erick Zonca
La Machine à découdre (1989) de Jean-Pierre Mocky, par Christine Dory
La nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton, par Joseph Morder
La passion de Jeanne d’Arc (1928) de Carl Th. Dreyer, par Fernando Solanas
La Rencontre (1996) de Alain Cavalier, par Stéphane Mercurio
La trilogie d’Apu (1955) de Satyajit Ray, par Damien Odoul
La vie est belle (1946) de Frank Capra, par Bill Plympton
La visite de la fanfare (2007) de Eran Kolirin, par Arta Dobroshi
La visite de la fanfare (2007) de Eran Kolirin, par Fabrizio Rongione
Le dernier des hommes (1924) de F.W.Murnau, par Emmanuelle Cuau
Le Messager (1970) de Jospeh Losey, par Emmanuel de Chauvigny
Le pianiste (2002) de Roman Polanski, par François Marquis
Le Rebelle (1949) de King Vidor, par Vincent Lindon
Le sacrifice (1986) de Andrei Tarkovski, par Hugo Santiago
Le sadique (1963) de James Landis, par Jean-Pierre Bouyxou
Le temps s’est arrêté (1959) de Ermanno Olmi, par Denis Freyd
Les bourreaux meurent aussi (1943) de Fritz Lang, par Nuno Sena
Les climats (2006) de Nuri Bilge Ceylan, par Harry Gruyaert
Les contes de la lune vague après la pluie (1953) de Kenji Mizoguchi, par Wasis Diop
Les damnés (1969) de Luchino Visconti, par Marie-Christine Questerbert
Les damnés du coeur (1929) de Cecil B.DeMille, par Luc Moullet
Les hommes le dimanche (1930) de Curt et Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer et Fred Zinnemann, par Marie Modiano
Les lumières de la ville (1931) de Charles Chaplin, par Adelaïde Leroux
Les Oiseaux (1963) d’Alfred Hitchcock, par Jean-Claude Brisseau
Les tueurs de la lune de miel (1970) de Leonard Kastle, par Damien Odoul
Les Vampires (1915) de Louis Feuillade, par Luc Moullet
Love (1969) de Ken Russell, par Lucile Hadzihalilovic
Michael (1924) de Carl Th. Dreyer, par Patrick Cardon
Moi, Pierre Rivière… (1976) de René Allio, par Gérard Mordillat
Mulholland Drive (2001) de David Lynch, par Grégory Bernard
Nuit de chien (2008) de Werner Schroeter, par Noël Simsolo
O Invasor (2002) de Beto Brant, par Emmanuel Agneray
Pas d’orchidées pour Miss Blandish (1971) de Robert Aldrich, par Marie-Christine Questerbert
Passe ton bac d’abord (1979) de Maurice Pialat, par Jacques Maillot
Piscine sans Eau (1982) de Koji Wakamatsu, par Lucile Hadzihalilovic
Playtime (1967) de Jacques Tati, par José Luis Guerin
Profession Reporter (1975) de Michelangelo Antonioni, par Pierre Trividic
Quand la bête hurle (1957) de André de Toth, par Jacques Maillot
Quand passent les cigognes (1957) de Mikhail Kalatozov, par Alexandre Charlot
Quatre nuits avec Anna (2008) de Jerzy Skolimowski, par Georges Lechaptois
Requiem pour un massacre (1985) de Elem Klimov, par Jean Pierre Limosin
Rude Boy (1980) de Jack Hazan, par Xavier Brillat
Salò ou les 120 Jours de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini, par Bertrand Bonello
Shock Corridor (1963) de Samuel Fuller, par Luc Moullet
Solaris de Andreï Tarkovski (1972) et Steven Soderbergh (2002), par Patrick Mario Bernard
Sueurs Froides (1958) de Alfred Hitchcock, par Guy Maddin
Sueurs froides (1958) de Alfred Hitchcock, par Jean-Claude Brisseau
The Big Lebowski (1998) de Joel et Ethan Coen, par Hany Tamba
The President’s Last Bang (2005) de Im Sang-Soo, par François Margolin
Tous les autres s’appellent Ali (1974) de Rainer Werner Fassbinder, par Danielle Arbid
Tropical Malady (2004) de Apichatpong Weerasethakul, par Garin Nugroho
Un conte de Noël (2008) de Arnaud Desplechin, par Mark Rappaport
Une jeunesse chinoise (2006) de Lou Ye, par Erick Zonca
Une part du ciel (2002) de Bénédicte Liénard, par Jacques Bidou
Vacances romaines (1953) de William Wyler, par Bruno Podalydès
Vampyr (1932) de Carl Th. Dreyer, par Anne Benhaïem
Versailles (2008) de Pierre Schöller, par Patrick Sobelman
Viridiana (1961) de Luis Bunuel, par Andre S.Labarthe
Vive l’amour (1994) de Tsai Ming-Liang, par Marianne Dumoulin
Yoyo (1965) de Pierre Etaix, par Otar Iosseliani

Publié par admin le 28/10/2011 à 11:40

Exposition Metropolis à la Cinémathèque Française

Metropolis

Après l’exposition consacrée à Stanley Kubrick, dont une large section mettait en avant documents et artefacts de 2001, L’Odyssée de l’Espace, c’est à un autre chef d’oeuvre de la science-fiction, souvent considéré comme le plus grand, que la Cinémathèque Française dévoue son espace jusqu’au 29 janvier 2012 : Metropolis de Fritz Lang. Film grandiose et démesuré dont la richesse formelle et thématique n’a cessé d’influencer le septième art.

Conçue en 2009 par la Deutsche Kinemathek de Berlin, un an après la redécouverte d’une copie originale du film à Buenos Aires en 2008, cette exposition rassemble une somme colossale d’objets et documents utilisés durant la production de Metropolis : des caméras au script du film en passant par de nombreux croquis, sculptures, extraits de la partition d’origine composée par Gottfried Huppertz ainsi que de très nombreuses photos nous dévoilant les coulisses du tournage et Fritz Lang en pleine action. La version proposée par la Cinémathèque Française étant en plus enrichie par l’extraordinaire collection de documents qu’elle possède sur le film.

L’exposition se présente sous la forme d’un parcours divisé selon les grands lieux et séquences de Metropolis (La Cité des Fils, La Ville Ouvrière, La Ville Haute, Le Laboratoire Rotwang, Les Catacombes et La Cathédrale), permettant ainsi de mieux comprendre, et admirer, le travail de titan effectué par les techniciens du film, que ce soit en terme de décors, d’effets spéciaux ou de costumes. Il est d’ailleurs possible d’admirer de nombreux vêtements reproduits spécialement pour l’exposition et, surtout, une superbe reconstitution de “l’armure” revêtue par Brigitte Helm pour jouer le rôle du robot, mise en valeur à l’intérieur d’une cage de verre située au centre du parcours et simulant les arcs électriques d’une des scènes les plus mémorables du film. Etant donné l’importance de la découverte d’une version se rapprochant quasiment du film tel qu’il a été projeté en 1927, avant qu’il soit remonté et massacré, une portion lui est logiquement consacrée, puisque c’est plus de 25 minutes inédites qui sont désormais visibles, ainsi qu’à la restauration de l’image et de la musique originelle. Visible en salles dans sa version restaurée depuis le 19 octobre et en DVD et Blu-ray dans une édition augmentée de nombreux suppléments, Metropolis sera projeté à la Cinémathèque le 17 décembre prochain.

L’importance de cet évènement est telle que la Cinémathèque propose en parallèle 3 rétrospectives liées au film : l’évidence même tout d’abord avec une quasi-intégrale Fritz Lang du 19 octobre au 5 décembre (”quasi” car certains de ses premiers films, tel que La Métisse ou Le Maître de l’Amour, sont considérés comme définitivement perdus), et 2 cycles consacrés respectivement aux Cités Futuristes et aux Villes et Pays Imaginaires (permettant de voir ou revoir sur grand écran Aelita, Akira, La Planète Sauvage ou encore Blade Runner).

Mathieu Col

Exposition Metropolis : du 19 octobre 2011 au 29 janvier 2012 à la Cinémathèque Française.

Acheter le DVD de Metropolis (édition restaurée) sur Dissidenz.

Publié par Blaq Out le 28/10/2011 à 11:39

La Cicatrice Intérieure de Philippe Garrel

la Cicatrice Intérieure

LES CARESSES ÉBLOUIES

Longtemps, La cicatrice intérieure de Philippe Garrel fut un film fantôme.
Ceux qui l’avaient découvert pour la première fois en 1970 sur l’écran géant de la Cinémathèque de Langlois en portaient les stigmates. Et puis, un ou deux ans plus tard, une salle d’Art et d’essai le programma sans grand succès. On le vit encore dans des ciné-clubs et des rétrospectives. Peu. Très peu. Même si ces séances se déroulaient aux quatre coins du monde, logique qu’il en fut ainsi car ce film avait été tourné aux quatre coins du monde, en Égypte, en Islande, au Nouveau-Mexique, majoritairement dans des déserts. Ce qui fit dire aux imbéciles que c’était le Lawrence d’Arabie de l’Underground, parce qu’il avait coûté beaucoup d’argent à la femme mécène et productrice Sylvina Boissonnas. Mais si Philippe Garrel venait justement de rencontrer Andy Warhol par l’intermédiaire de sa nouvelle compagne Nico, il était plutôt Overground, vagabond des étoiles observant les lumières, les couleurs et les ombres du réel pour mettre de la peinture en musique dans un cérémonial de Mystère du Moyen-âge.

Qu’on le sache une fois pour toutes, Philippe Garrel est le survivant, le dernier rescapé d’une période courte au tournant des années 60 et 70, l’époque de toutes les expériences, même les plus radicales, qui redonnèrent du sublime au septième art en osant le bond vers l’alchimie des images et des sons pour produire une sensation épurée de toutes références existentielles et autres.
Avec La cicatrice intérieure, il opérait la cristallisation absolue, en optant pour le raid vers l’abstraction, le retour aux origines du cinéma comme facteur de trouble par la contemplation conduisant dans l’ineffable.
(Lire la suite…)

Publié par admin le 28/10/2011 à 11:39

BERTRAND BONELLO - Réalisateur

Salò
Salò ou les 120 Jours de Sodome de Pier Paolo Pasolini (1975)

“Coup de coeur n’est peut-être pas le terme adéquat pour parler de ce film. Peu importe.
Je ne l’ai vu qu’une fois, et ne le reverrai probablement jamais. Non que le film m’ait choqué et que je ne veuille plus m’y confronter, mais il y a eu pour moi un « avant Salò » et un « après Salò ». Et on ne peut être transformé deux fois par la même chose.
Ce n’est pas un film qui fait les conversations de salon. On en parle d’habitude peu, ou mal, avec un écran, une protection ; celle du film « dégueulasse, hard, courageux, impressionnant… » Pasolini lui-même, le peu de temps qu’il a pu en parler, le faisait avec un certain détachement: « Je voulais voir comment le pouvoir pouvait se détacher de l’humanité et jouer avec ». Détachement certainement obligatoire aux vues de la cruauté du film.
Cruauté peut-être, mais surtout Terreur. C’est un film de la Terreur, à compléter avec le splendide Pétrole, même date (75), même gorge profonde effroyable de visions de l’Histoire.
Parce que si l’on considère – peut-être un peu schématiquement, mais aussi avec raison - que le cinéma est l’art du XX ème siècle et l’Holocauste, le drame de ce même siècle, alors Salò en est peut-être le plus film le plus important.
Je « savais » ce qu’était le fascisme, mais je ne l’avais jamais ressenti auparavant. Peut-être parce qu’il fonctionne sur le mode de la dénonciation ET de la fascination, le film AGIT. En tout cas, il ne décrit pas.
Les scènes de violence ne sont pas ce qu’il y a de plus violent dans le film. Les scènes de merde ne sont pas ce qu’il y a de plus dégoûtant dans le film. La violence et le dégoût sont ailleurs, dans les jointures, dans les textes lus calmement par exemple, dans ce qui organise le film. D’ailleurs, dire que le film est dégoûtant ou violent, c’est passer à côté du film. C’est vouloir passer à côté du film. C’est pourtant ce qu’on en dit la plupart du temps.
Aussi, on m’a dit plus tard que la mise en scène n’était pas extraordinaire. Je n’en sais rien. Etrangement, je ne m’en souviens plus. Parce que Salò, pour moi, dépasse le cinéma. Salo n’est pas un film qui fait partie de mon amour pour le cinéma. C’est un film ailleurs. Je reste persuadé que c’est un film que l’on doit montrer à l’école, à l’âge où l’on étudie l’Histoire du siècle dernier, en Terminale je crois. De même, je crois que c’est un film que l’on doit voir seul, pour ne pas avoir le regard d’un autre sur soi pendant qu’on le regarde.
Un mano a mano, dont on ne peut sortir que perdant et grandi.”

Plus d’informations sur Salò ou les 120 jours de Sodome de Pier Paolo Pasolini.

Bertrand BonelloBertrand Bonello signe Quelque chose d’organique, son premier long métrage, en 1998, Le Pornographe en 2001, présenté à la Semaine de la critique de Cannes. En 2003, Tiresia est présenté en compétition officielle à Cannes. Il tourne Cindy : The Doll is Mine en 2005, court-métrage dans lequel Asia Argento interprète la photographe américaine Cindy Sherman. Il retrouve l’actrice dans De la guerre en 2008, long-métrage entre autobiographie et fiction, dans lequel Mathieu Amalric joue le rôle principal nommé Bertrand. En 2011, il retrouve la compétition officielle du festival de Cannes lors de sa 64e édition avec L’Apollonide - Souvenirs de la maison close.

Publié par admin le 15/09/2011 à 11:24

Entretien avec Alain Guffroy

L'Apollonide

Comment en êtes-vous venu à travailler sur les décors de cinéma ?
J’ai fait des études d’architecture après le lycée, qui m’ont conduit à passer mon diplôme d’architecte DPLG (diplômé par le gouvernement), en principe pour travailler dans le bâtiment. Et en fait, j’avais un oncle, décédé depuis, qui était l’un des décorateurs les plus importants de son époque, Pierre Guffroy. J’habitais en province étant petit, et lorsque l’on venait à Paris, nous allions voir les décors des films sur lesquels il travaillait. J’ai eu la chance de voir des décors de films de Roman Polanski ou de Luis Buñuel, reconstitués intégralement en studio. Lorsque l’on arrive sur un plateau et que l’on voit l’intérieur d’une grange du 17ème siècle, d’une péniche, ou l’intérieur de n’importe quelle pièce, c’est une atmosphère assez fascinante, surtout quand on est enfant ou même adolescent. L’idée a cheminé dans ma tête et mon oncle m’avait proposé un poste de stagiaire une fois mon diplôme dans les mains, si jamais cela m’intéressait.
Donc, dans la foulée de mes études, j’ai d’abord été stagiaire à ses côtés sur Pirates de Polanski, j’ai ensuite continué pendant 1 ou 2 ans. J’avais quand même un diplôme d’architecte en poche donc je savais dessiner, je connaissais les styles et les époques. Cela m’a très vite amené a être assistant, avec des responsabilités, et j’ai eu la chance de faire la connaissance d’autres décorateurs, avec des esprits différents, et ainsi découvrir d’autres méthodes, apprendre à travailler et réagir avec les réalisateurs, les autres techniciens qui sont dans l’équipe, comment se coordonner pour que la lumière puisse se faire dans de bonnes conditions par rapport à la morphologie d’un décor que l’on construit en studio et à la circulation des comédiens. J’ai appris tout cela très rapidement, je suis assez attentif, je fais attention aux détails, ce sont des capacités très importantes pour pouvoir travailler dans la décoration au cinéma.

Vous avez travaillé sur Indochine de Régis Wargnier, quel a été votre rôle sur le film ?
J’étais alors assistant-décorateur et je me suis occupé en particulier d’un décor en Malaisie, installé sur un terrain vague. Il s’agissait de la reconstitution du quartier chinois lors de l’attentat, quand les élèves se promènent dans la rue. Je suis parti là-bas plusieurs mois avant les autres personnes de l’équipe de la décoration ; certains étaient au Vietnam, d’autres en France. J’ai eu la chance que Jacques Bufnoir, chef-décorateur du film, me confie la responsabilité d’organiser la construction de ces rues, de ces boutiques, de ces trottoirs. Je me suis retrouvé isolé là-bas et, en phase avec lui, j’ai pu prendre des initiatives, faire des suggestions et j’ai été très vite amené à me débrouiller tout seul pendant que lui était au Vietnam pour s’occuper d’autres affaires. Dans certains films, l’éclatement géographique fait donc que les assistants font un travail qui s’approche de celui de décorateur. Ils ne s’adressent pas au réalisateur en direct mais ils amènent au film, en fonction de leur savoir-faire, beaucoup de choses par le biais de la décoration.
(Lire la suite…)

Publié par admin le 15/09/2011 à 11:24

ALAIN GUFFROY - Chef-décorateur

Chéri Chéri de Stephen Frears (2010)

“J’ai eu la chance de pouvoir travailler dessus. Voir un film sur lequel on a travaillé, où on s’est investi, se déroulant à une époque comme celle-là, où plus rien n’existe, c’est vraiment plus qu’intéressant. C’est-à-dire que les décors de 1900, même quand on va dans des châteaux, il n’en existe plus aucun, il faut tout reconstituer, tout refaire. Et c’est une période assez riche, où il y avait énormément de tissus précieux, d’objets en tout genre pour composer l’ambiance : un véritable foisonnement. Du coup, c’est assez intéressant pour un décorateur de se plonger dans l’Histoire, dans les documents, puisqu’à cette époque là il y avait beaucoup de photos, de peintures, mais il y avait déjà la photographie et cela nous permet d’avoir des documents très précis sur l’atmosphère dans laquelle les gens vivaient. On éclairait à la bougie, à la lampe à pétrole, à la lampe à gaz, cela permet de faire toutes sortes d’atmosphères, c’est une période charnière. En phase avec les décors, il y a la manière avec laquelle on les éclaire et ces trois moyens d’éclairage offrent un enrichissement pour pouvoir filmer et rendre des effets un peu sophistiqués, surtout quand la personne à la lumière s’appelle Darius Khondji (ndlr : chef-opérateur de Delicatessen, La Cité des Enfants Perdus, Seven, Minuit à Paris) .”

Alain GuffroyAlain Guffroy commence sa carrière en tant qu’assistant décorateur sur des films tels que Max mon amour ou Indochine avant de devenir chef-décorateur auprès d’Edouard Molinaro et plus récemment Bertrand Bonello pour L’Apollonide, en compétition au Festival de Cannes cette année et qui sera visible en salles à partir du 21 septembre.

Publié par admin le 15/09/2011 à 11:23

Piscine sans Eau de Koji Wakamatsu

Mari et père de famille, un guichetier de gare à la vie morne décide de bouleverser sa routine en s’introduisant dans la demeure de jeunes femmes célibataires pour les violer durant leur sommeil après les avoir chloroformées. Revenant régulièrement chez l’une d’entre elles, il ne part jamais sans avoir nettoyé la maison et préparé le petit-déjeuner. Alors que l’homme va prendre de plus en plus de risques en multipliant les victimes, la jeune femme commence à ressentir des sentiments ambigus pour son bienfaiteur/agresseur…

Une oeuvre étonnante et unique, même de la part d’un réalisateur hors norme comme Koji Wakamatsu (Quand l’embryon part braconner, United Red Army, Le Soldat Dieu). Réalisé en 1982, Piscine sans eau mêle avec virtuosité thriller, cinéma pink et comédie sociale, naviguant dans des eaux troubles que ne renieraient pas deux films aussi différents que Taxi Driver et Body Double.

Acheter le DVD sur Dissidenz.

Piscine sans eau
Japon – 1982 – 1H44
Un film de Koji Wakamatsu
Avec Yuya Uchida et Reiko Nakamura

Page suivante »