On le sait, la personnalité de son directeur artistique influence considérablement la teneur d’un festival. Cette première édition du Festival du Film de Locarno, avec à sa tête Olivier Père (qui dirigea pendant plusieurs années la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes), est donc le commencement d’une nouvelle ère pour un festival qui peut se targuer d’être parmi les festivals de cinéma qui comptent (avec Cannes, Berlin, Venise, Toronto). Du 4 au 14 août, les abords du Lac Majeur seront le centre du cinéma mondial.
“Un festival comme Locarno a été un des premiers à revendiquer avec raison le rôle de laboratoire, en comprenant que les images et les sons qui paraissent expérimentaux aujourd’hui pouvaient annoncer les langages cinématographiques de demain, amorcer de petites ou de grandes révolutions esthétiques.” La première sélection d’Olivier Père se place donc sous le signe de l’ouverture avec, toutes sections confondues, une vingtaine de premières œuvres dont l’attendu premier long métrage de Michael Hers, Memory Lane. Les jeunes cinéastes y seront accompagnés d’auteurs confirmés à l’image de Benoit Jacquot qui ouvrira les festivités avec la projection de son dernier film Au fond des bois avec Isild Le Besco également présente en tant que réalisatrice pour son film Bas-fonds.
La compétition officielle est à l’image de cette idée de mélange puisqu’elle marie tout aussi bien le dernier film de Christophe Honoré, L’homme au bain, que Karamay de Xu Xin, documentaire chinois de près de 6 heures, ou L.A Zombie, le dernier Bruce LaBruce, histoire d’un zombie extraterrestre homosexuel interprété par la superstar française du porno gay François Sagat, également à l’affiche du Honoré. Censuré lors du dernier festival de Melbourne sur intervention de la commission de classification australienne (ce qui n’a normalement pas lieu dans le cadre d’un festival), ce dernier film s’est donc vu offrir, à la plus grande joie du réalisateur, une publicité gratuite pour sa première mondiale à Locarno. On ne pourra tout de même pas s’empêcher de souligner le triste écho que ce cas de censure fait à notre récent petit dossier sur le sujet (à lire ici).
La Piazza Grande (lieu en plein air des projections exceptionnelles) accueillera entre autres, à l’image de ce festival éclectique, The Human Ressource Manager de Eran Riklis, réalisateur des Citronniers en 2008, L’avocat de Cédric Anger (Le tueur), le dernier film d’animation du Russe Garri Bardine, Cyrus des frères Duplass qui sera également l’occasion d’un hommage au génial John C. Reilly ou encore le déjà culte Rubber de Quentin Dupieux (Steak) histoire d’un pneu vengeur qui provoqua la plus belle cohue de Cannes 2010 (voir le site).
On y verra également la reprise de To Be Or Not To Be de Ernst Lubitsch dans le cadre d’une large rétrospective en forme d’intégrale dédiée au Maître et particulièrement à sa période allemande sous l’égide de Joseph McBride (l’indispensable A la recherche de John Ford chez Actes Sud). Un évènement de taille que l’on retrouvera à la Cinémathèque française du 25 aout au 10 octobre.
On signalera également entre autres réjouissances les hommages rendus à Jia Zhang-Ke (Still Life, 24 City), figure de proue du cinéma chinois contemporain, et au cinéaste suisse Alain Tanner (Dans la ville blanche, Jonas qui aura 20 ans en l’an 2000) qui recevront un Leopard d’Or ainsi que l’hommage au producteur indépendant Menhaem Golan qui fit, avec son cousin Yoram Globus, le bonheur des adolescents des années 80 en produisant au sein de la légendaire compagnie Cannon quantité de films d’action mythiques (Bloodsport, Cobra, Death Wish 3) mais également des auteurs comme John Cassavetes (Love Streams), Barbet Schroeder (Barlfy) ou même Jean-Luc Godard (King Lear).
A noter aussi la projection hors compétitions de deux courts métrages de Luc Moullet réalisés en 2010 : Toujours moins et, en première mondiale, Chef d’œuvre ?, ainsi que cinq courts métrages de Jean Marie Straub dont O Somma Luce en première mondiale. On verra aussi les courts métrages de Lodge Kerrigan, Bertrand Bonello et Joachim Lafosse réalisé dans le cadre des cartes blanches données à des metteurs en scène par le théâtre de Gennevilliers.
Avec cette programmation éclectique mais toujours pointue et l’ouverture accrue à un public de professionnels avec la création des Industry Days (du 7 au 9 aout) durant lesquels les acheteurs du monde entier pourront bénéficier de projections spéciales pour visionner les films des sélections et assister à des tables rondes, le festival de Locarno 2010 s’annonce passionnant et inaugure de fort belle manière une nouvelle ère qu’on espère longue et riche en découvertes.
Francis Chérasse
Voir le dossier de presse du festival de Locarno 2010 en format pdf.
“Pierre Etaix appartient à la catégorie des grands comiques. Comique cela signifie aussi tragique. C’est la tradition des comiques comme Buster Keaton à qui il arrive plein de choses terribles mais qui s’en sortent indemnes. Son personnage est imperturbable, maladroit comme il se doit pour quelqu’un qui est vivant ; les gens rationnels et efficaces sont tristes à voir. On le sait, il a collaboré avec Jacques Tati. C’est un grand Monsieur du cinéma, un inventeur. Ses films sont tristes, particulièrement Yoyo. C’est la tragédie d’un garçon dont le père est Comte et qui se convertit en clown par amour pour sa bien aimée. Dans le film passe toute l’époque de la crise de 29 et ils sont ruinés. L’enfant devient clown, assez célèbre. Il hérite des ruines de son père, en devient maître et sa vie est triste. Mais comme Etaix est un homme d’honneur, un éléphant arrive et emporte ce garçon sur son dos. C’est un film qui n’a pas été apprécié par le public et Tati et Etaix ont été remplacés par De Funès qui à mon avis n’est ni drôle ni rien du tout, même pas un clown. Les films de ce genre là sont produits dans tous les coins du monde entier, on met juste un crétin plongé dans la société, et c’est drôle. Mais les aristocrates comme Tati et Etaix plongés dans la société, ça c’est tragique. ”
Formé par l’étude du piano, des mathématiques et de la mécanique, Otar Iosseliani, né en Géorgie, apprend le cinéma au VGIK, l’école de cinéma de Moscou. Installé en France depuis 1982, il y a entre autres réalisé Lundi matin et Adieu plancher des vaches et son dernier film en date Jardins en automne. Son prochain film, Chantrapas, présenté à Cannes en séance spéciale, sera sur les écrans le 22 septembre.
Dans l’insupportable chaleur provoquée par le passage de la comète de Haley, deux bandes rivales se disputent le contrôle du vaccin qui permettra de lutter contre le virus qui frappe ceux qui font l’amour sans s’aimer. Deux des gangsters font appel à Alex pour les aider dans leur tache. Il tombe amoureux d’Anna, la compagne de l’un d’eux.
“J’ai pris une claque. C’est un film est sorti en France dans un certain anonymat mais qui a tout de même eu quelques bonnes critiques et qui a fait une belle carrière au Brésil. C’est l’histoire de deux types qui dirigent une société de BTP à Sao-Paulo, ils sont associés à un troisième personnage avec lequel cela se passe mal, qui menace de les quitter et du coup de faire exploser la société, ce qui les mettrait dans une situation délicate. Ils en viennent à décider d’engager un tueur - c’est un film noir, un thriller - qui va accomplir sa mission mais au lieu de disparaître comme prévu va s’incruster dans leur vie, notamment dans leur vie professionnelle. C’est le loup dans la bergerie, le pacte avec le diable, et il va commencer à les faire chanter. C’est un scénario imparable, les comédiens sont extraordinaires et en termes de mise en scène c’est plein de style et de puissance.”
Emmanuel Agneray a fondé la société Bizibi qu’il dirige aujourd’hui avec Jérôme Bleitrach. En tant que producteur, il a accompagné depuis le court métrage vers le long, l’éclosion de cinéastes comme Keren Yedaya (Mon Trésor - Caméra d’Or à Cannes en 2004-, Jaffa), Hany Tamba (After Shave - Beyrouth après rasage, Une chanson dans la tête) ou aujourd’hui Aure Atika dont il s’apprête à produire le premier long métrage après ses prometteurs premiers courts.

Après plus de 30 ans d’activités perturbatrices au sein de l’industrie cinématographique américaine, le Code Hays perd peu à peu de son autorité durant les années 60, incapable de faire face à l’évolution progressive de moeurs qui se libèrent de plus en plus. Un certain nombre de films passent au travers des mailles du filet, mettant à mal la position de force de l’organisation décidaire jusque là, la MPAA (Motion Picture Association of America depuis 1945 et anciennement MPDDA). On citera les deux exemples significatifs que sont Le Prêteur sur Gage de Sidney Lumet (1964) et Blow Up de Michelangelo Antonioni (1966). Le premier se voit refuser l’approbation du Code pour cause d’une scène de sexe un peu trop explicite et quelques poitrines dénudées. Sur pression des producteurs, un second vote a lieu autorisant le film à trouver la voie des salles obscures. Dans le cas de Blow Up, financé par des fonds américains, la MGM décide bonnement et simplement de sortir le film sans modification malgré le refus de la MPAA et donc l’absence de Certificat d’Approbation.
“C’est une claque incroyable, le film date de 1957 et il est d’une modernité folle. Les plans et le montage sont magnifiques. Je pense que quand Jean-Jacques Annaud fait son Stalingrad il a vu et revu Quand passent les cigognes. C’est un vrai film de guerre et d’amour, c’est-à-dire que ça se finit mal. C’est quelque chose qu’on n’ose plus faire aujourd’hui. C’est un film magnifique.”
Auteur emblématique des Guignols de l’info de 1996 à 2000, Alexandre Charlot, avec son complice Frank Magnier, s’est depuis consacré au grand écran en co-signant notamment les scénarios des plus grands succès français de ces dernières années : Astérix aux jeux olympiques et Bienvenue chez les Chtis mais aussi celui du plus modeste mais formidable Maléfique de Eric Valette, entre autres. Réalisateur de Imogène McCarthery sorti sur les écrans français cette année 2010, il prépare actuellement son second long métrage.
Cinéaste incontournable de la nouvelle vague japonaise, Koji Wakamatsu s’est imposé par son rythme de tournage stakhanoviste, sa rigueur stylistique et son engagement total vis-à-vis des sujets qu’il traite. Avec le second coffret qui lui est consacré, 4 nouvelles perles noires (et pink) sont mises en avant, réalisées entre 1969 et 1972, dont le mélange singulier d’érotisme, de violence et de révolte surprend toujours près de 40 ans plus tard.