Publié par Dissidenz le 28/07/2010 à 16:51

Locarno fait peau neuve en 2010

Locarno, la Piazza GrandeOn le sait, la personnalité de son directeur artistique influence considérablement la teneur d’un festival. Cette première édition du Festival du Film de Locarno, avec à sa tête Olivier Père (qui dirigea pendant plusieurs années la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes), est donc le commencement d’une nouvelle ère pour un festival qui peut se targuer d’être parmi les festivals de cinéma qui comptent (avec Cannes, Berlin, Venise, Toronto). Du 4 au 14 août, les abords du Lac Majeur seront le centre du cinéma mondial.

Un festival comme Locarno a été un des premiers à revendiquer avec raison le rôle de laboratoire, en comprenant que les images et les sons qui paraissent expérimentaux aujourd’hui pouvaient annoncer les langages cinématographiques de demain, amorcer de petites ou de grandes révolutions esthétiques.” La première sélection d’Olivier Père se place donc sous le signe de l’ouverture avec, toutes sections confondues, une vingtaine de premières œuvres dont l’attendu premier long métrage de Michael Hers, Memory Lane. Les jeunes cinéastes y seront accompagnés d’auteurs confirmés à l’image de Benoit Jacquot qui ouvrira les festivités avec la projection de son dernier film Au fond des bois avec Isild Le Besco également présente en tant que réalisatrice pour son film Bas-fonds.
La compétition officielle est à l’image de cette idée de mélange puisqu’elle marie tout aussi bien le dernier film de Christophe Honoré, L’homme au bain, que Karamay de Xu Xin, documentaire chinois de près de 6 heures, ou L.A Zombie, le dernier Bruce LaBruce, histoire d’un zombie extraterrestre homosexuel interprété par la superstar française du porno gay François Sagat, également à l’affiche du Honoré. Censuré lors du dernier festival de Melbourne sur intervention de la commission de classification australienne (ce qui n’a normalement pas lieu dans le cadre d’un festival), ce dernier film s’est donc vu offrir, à la plus grande joie du réalisateur, une publicité gratuite pour sa première mondiale à Locarno. On ne pourra tout de même pas s’empêcher de souligner le triste écho que ce cas de censure fait à notre récent petit dossier sur le sujet (à lire ici).

La Piazza Grande (lieu en plein air des projections exceptionnelles) accueillera entre autres, à l’image de ce festival éclectique, The Human Ressource Manager de Eran Riklis, réalisateur des Citronniers en 2008, L’avocat de Cédric Anger (Le tueur), le dernier film d’animation du Russe Garri Bardine, Cyrus des frères Duplass qui sera également l’occasion d’un hommage au génial John C. Reilly ou encore le déjà culte Rubber de Quentin Dupieux (Steak) histoire d’un pneu vengeur qui provoqua la plus belle cohue de Cannes 2010 (voir le site).
On y verra également la reprise de To Be Or Not To Be de Ernst Lubitsch dans le cadre d’une large rétrospective en forme d’intégrale dédiée au Maître et particulièrement à sa période allemande sous l’égide de Joseph McBride (l’indispensable A la recherche de John Ford chez Actes Sud). Un évènement de taille que l’on retrouvera à la Cinémathèque française du 25 aout au 10 octobre.
On signalera également entre autres réjouissances les hommages rendus à Jia Zhang-Ke (Still Life, 24 City), figure de proue du cinéma chinois contemporain, et au cinéaste suisse Alain Tanner (Dans la ville blanche, Jonas qui aura 20 ans en l’an 2000) qui recevront un Leopard d’Or ainsi que l’hommage au producteur indépendant Menhaem Golan qui fit, avec son cousin Yoram Globus, le bonheur des adolescents des années 80 en produisant au sein de la légendaire compagnie Cannon quantité de films d’action mythiques (Bloodsport, Cobra, Death Wish 3) mais également des auteurs comme John Cassavetes (Love Streams), Barbet Schroeder (Barlfy) ou même Jean-Luc Godard (King Lear).
A noter aussi la projection hors compétitions de deux courts métrages de Luc Moullet réalisés en 2010 : Toujours moins et, en première mondiale, Chef d’œuvre ?, ainsi que cinq courts métrages de Jean Marie Straub dont O Somma Luce en première mondiale. On verra aussi les courts métrages de Lodge Kerrigan, Bertrand Bonello et Joachim Lafosse réalisé dans le cadre des cartes blanches données à des metteurs en scène par le théâtre de Gennevilliers.

Avec cette programmation éclectique mais toujours pointue et l’ouverture accrue à un public de professionnels avec la création des Industry Days (du 7 au 9 aout) durant lesquels les acheteurs du monde entier pourront bénéficier de projections spéciales pour visionner les films des sélections et assister à des tables rondes, le festival de Locarno 2010 s’annonce passionnant et inaugure de fort belle manière une nouvelle ère qu’on espère longue et riche en découvertes.

Francis Chérasse

Voir le dossier de presse du festival de Locarno 2010 en format pdf.

Publié par Dissidenz le 28/07/2010 à 16:51

OTAR IOSSELIANI - Réalisateur

Yoyo (1965) de Pierre Etaix.
Yoyo“Pierre Etaix appartient à la catégorie des grands comiques. Comique cela signifie aussi tragique. C’est la tradition des comiques comme Buster Keaton à qui il arrive plein de choses terribles mais qui s’en sortent indemnes. Son personnage est imperturbable, maladroit comme il se doit pour quelqu’un qui est vivant ; les gens rationnels et efficaces sont tristes à voir. On le sait, il a collaboré avec Jacques Tati. C’est un grand Monsieur du cinéma, un inventeur. Ses films sont tristes, particulièrement Yoyo. C’est la tragédie d’un garçon dont le père est Comte et qui se convertit en clown par amour pour sa bien aimée. Dans le film passe toute l’époque de la crise de 29 et ils sont ruinés. L’enfant devient clown, assez célèbre. Il hérite des ruines de son père, en devient maître et sa vie est triste. Mais comme Etaix est un homme d’honneur, un éléphant arrive et emporte ce garçon sur son dos. C’est un film qui n’a pas été apprécié par le public et Tati et Etaix ont été remplacés par De Funès qui à mon avis n’est ni drôle ni rien du tout, même pas un clown. Les films de ce genre là sont produits dans tous les coins du monde entier, on met juste un crétin plongé dans la société, et c’est drôle. Mais les aristocrates comme Tati et Etaix plongés dans la société, ça c’est tragique. ”

Voir et obtenir plus d’informations sur Yoyo, actuellement en salles et prochainement en DVD (dernier trimestre 2010 chez Arte Editions).

Otar IosselianiFormé par l’étude du piano, des mathématiques et de la mécanique, Otar Iosseliani, né en Géorgie, apprend le cinéma au VGIK, l’école de cinéma de Moscou. Installé en France depuis 1982, il y a entre autres réalisé Lundi matin et Adieu plancher des vaches et son dernier film en date Jardins en automne. Son prochain film, Chantrapas, présenté à Cannes en séance spéciale, sera sur les écrans le 22 septembre.

Voir les films de Otar Iosseliani

Publié par Dissidenz le 27/07/2010 à 19:00

Tous les coups de coeur de A à Z

Coup de Coeur

12h08 à l’est de Bucarest (2007) de Corneliu Porumboiu, par Bertrand Tavernier
2001 : L’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick, par Pip Chodorov
A bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, par Koji Wakamatsu
Aie (2000) de Sophie Fillières, par Christian Lambert
Apocalypto (2006) de Mel Gibson, par Alain Guiraudie
Appelez-moi Madame (1986) de Françoise Romand, par Marianne Lamour
Bad Lieutenant (1992) de Abel Ferrara, par Jean-Stéphane Sauvaire
Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino, par Cédric Anger
Chronique de Anna-Magdalena Bach (1961) de Jean Marie Straub, par Bruno Dumont
Depuis qu’Otar est parti(2003) de Julie Bertuccelli, par Sandrine Pillon
Desperate (1947) de Anthony Mann, par Raoul Ruiz
Duel au soleil (1943) de King Vidor, par Caroline Ducey
Fish Tank (2009) de Andrea Arnold, par Xavier Dolan
Fort Bravo (1953) de John Struges, par Bertrand Tavernier
Freaks (1932) de Tod Browning, par Jean Rollin
Gentille (2005) de Sophie Fillières, par Yann Coridian
Golden Eighties (1986) de Chantal Akerman, par Martine Marignac
Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (2000) de François Ozon, par Juliane Lorenz
Haraki (1962) de Masaki Kobayashi, par Borja Huidobro
Hardcore (1979) de Paul Schrader, par Fabrice Du Welz
Ice Storm (1997) de Ang Lee, par Baltasar Kormakur
Il était un père (1942) de Yasujiro Ozu, par Kiju Yoshida
Impaled (2006) de Larry Clark, par Cécile Babiole
Instrument (1998) de Jem Cohen, par Julien Gester
Invasion (1967) de Hugo Santiago, par Noël Simsolo
Je t’aime je t’aime (1968) d’Alain Resnais, par Lisa Hérédia (alias Maria Luisa Garcia)
L’ange exterminateur (1962) de Luis Bunuel, par Aurelia Petit
L’argent (1983) de Robert Bresson, par Ursula Meier
L’armée des ombres (1969) de Jean Pierre Melville, par Jerome Prieur
L’Atalante (1933) de Jean Vigo, par Guy Maddin
L’aurore (1927) de F.W. Murnau, par Jean-Max Causse
L’homme invisible (1933) de James Whale, par Alain Cavalier
L’homme sans age (2007) de Francis Ford Coppola, par Patrick Mario Bernard
La Brigade du suicide (1947) de Anthony Mann, par Mark Rappaport
La chose d’un autre monde (1951) de Howard Hawks, par Luc Moullet
La Ligne rouge (1998) de Terrence Malick, par Erick Zonca
La nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton, par Joseph Morder
La passion de Jeanne d’Arc (1928) de Carl Th. Dreyer, par Fernando Solanas
La Rencontre (1996) de Alain Cavalier, par Stéphane Mercurio
La trilogie d’Apu (1955) de Satyajit Ray, par Damien Odoul
La vie est belle (1946) de Frank Capra, par Bill Plympton
La visite de la fanfare (2007) de Eran Kolirin, par Arta Dobroshi
La visite de la fanfare (2007) de Eran Kolirin, par Fabrizio Rongione
Le dernier des hommes (1924) de F.W.Murnau, par Emmanuelle Cuau
Le pianiste (2002) de Roman Polanski, par François Marquis
Le Rebelle (1949) de King Vidor, par Vincent Lindon
Le sacrifice (1986) de Andrei Tarkovski, par Hugo Santiago
Le sadique (1963) de James Landis, par Jean-Pierre Bouyxou
Le temps s’est arrêté (1959) de Ermanno Olmi, par Denis Freyd
Les bourreaux meurent aussi (1943) de Fritz Lang, par Nuno Sena
Les climats (2006) de Nuri Bilge Ceylan, par Harry Gruyaert
Les contes de la lune vague après la pluie (1953) de Kenji Mizoguchi, par Wasis Diop
Les damnés du coeur (1929) de Cecil B.DeMille, par Luc Moullet
Les hommes le dimanche (1930) de Curt et Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer et Fred Zinnemann, par Marie Modiano
Les lumières de la ville (1931) de Charles Chaplin, par Adelaïde Leroux
Les Oiseaux (1963) d’Alfred Hitchcock, par Jean-Claude Brisseau
Les tueurs de la lune de miel (1970) de Leonard Kastle, par Damien Odoul
Love (1969) de Ken Russell, par Lucile Hadzihalilovic
Michael (1924) de Carl Th. Dreyer, par Patrick Cardon
Moi, Pierre Rivière… (1976) de René Allio, par Gérard Mordillat
O Invasor (2002) de Beto Brant, par Emmanuel Agneray
Pas d’orchidées pour Miss Blandish (1971) de Robert Aldrich, par Marie-Christine Questerbert
Passe ton bac d’abord (1979) de Maurice Pialat, par Jacques Maillot
Playtime (1967) de Jacques Tati, par José Luis Guerin
Profession Reporter (1975) de Michelangelo Antonioni, par Pierre Trividic
Quand la bête hurle (1957) de André de Toth, par Jacques Maillot
Quand passent les cigognes (1957) de Mikhail Kalatozov, par Alexandre Charlot
Quatre nuits avec Anna (2008) de Jerzy Skolimowski, par Georges Lechaptois
Requiem pour un massacre (1985) de Elem Klimov, par Jean Pierre Limosin
Shock Corridor (1963) de Samuel Fuller, par Luc Moullet
Sueurs Froides (1958) de Alfred Hitchcock, par Guy Maddin
The Big Lebowski (1998) de Joel et Ethan Coen, par Hany Tamba
Tous les autres s’appellent Ali (1974) de Rainer Werner Fassbinder, par Danielle Arbid
Tropical Malady (2004) de Apichatpong Weerasethakul, par Garin Nugroho
Un conte de Noël (2008) de Arnaud Desplechin, par Mark Rappaport
Une jeunesse chinoise (2006) de Lou Ye, par Erick Zonca
Une part du ciel (2002) de Bénédicte Liénard, par Jacques Bidou
Vacances romaines (1953) de William Wyler, par Bruno Podalydès
Vampyr (1932) de Carl Th. Dreyer, par Anne Benhaïem
Versailles (2008) de Pierre Schöller, par Patrick Sobelman
Viridiana (1961) de Luis Bunuel, par Andre S.Labarthe
Vive l’amour (1994) de Tsai Ming-Liang, par Marianne Dumoulin
Yoyo (1965) de Pierre Etaix, par Otar Iosseliani

Publié par Dissidenz le 15/07/2010 à 16:43

Mauvais sang, ode au cinéma

Mauvais sangDans l’insupportable chaleur provoquée par le passage de la comète de Haley, deux bandes rivales se disputent le contrôle du vaccin qui permettra de lutter contre le virus qui frappe ceux qui font l’amour sans s’aimer. Deux des gangsters font appel à Alex pour les aider dans leur tache. Il tombe amoureux d’Anna, la compagne de l’un d’eux.

Si le cinéma français des années 70 était volontiers politique (du cinéma de Yves Boisset aux Valseuses de Blier), les années 80 virent émerger en France un certain nombre de cinéaste formalistes tels le Beineix de Diva, le Besson de Subway, le Zulawski de L’amour Braque ou Leos Carax dont Les amants du Pont Neuf sorti en 1991 après un interminable tournage chaotique marqua la fin d’une époque.
Mauvais sang, réalisé en 1986, est peut être l’apogée de l’œuvre du réalisateur de Pola X. A l’image d’un Godard, Carax y délaisse son intrigue de film noir pour faire du film un poème. Poème d’amour et poème de foi dans la force d’expression du cinéma. Chaque mot pesé, chaque plan mesuré, la maîtrise absolue du support rejette toute idée de réalisme pour aspirer le spectateur dans un espace et un temps qui n’appartiennent qu’au film. Ne cherchez pas dans Mauvais sang le clin d’œil complice de celui qui n’est pas dupe, Carax y croit avec ferveur et fait du cinéma comme l’apprenti sorcier émerveillé par son nouveau sortilège, avec le premier degré naïf de celui qui aime. Emporté par l’incandescence animale de Denis Lavant et la grâce mutique de Juliette Binoche, Mauvais sang est une ode au cinéma que le metteur en scène émaille avec déférence de références aux grands anciens.
Revoir Mauvais sang aujourd’hui c’est se remémorer un temps où tout semblait encore possible, où le cinéma n’avait pas été phagocyté par le dictat des cases, un temps où il semblait encore possible d’expérimenter dans la cadre d’un cinéma grand public, un temps où l’image était encore aussi importante que le verbe.

C’est peut être parce qu’il très, trop, intimement lié à son époque, et donc susceptible de péremption, que ce cinéma du style a été peu à peu abandonné par les auteurs français. C’est pourtant ce qui en fait aujourd’hui toute la valeur et qui fait qu’en réalité il ne vieillira jamais.

Francis Chérasse


Disponible à nouveau en DVD, Mauvais sang est accompagné de 20 minutes d’images du tournage et d’une scène coupée. Voir plus d’informations.

Publié par Dissidenz le 15/07/2010 à 16:42

EMMANUEL AGNERAY - Producteur

O Invasor (2002) de Beto Brant.
O Invasor“J’ai pris une claque. C’est un film est sorti en France dans un certain anonymat mais qui a tout de même eu quelques bonnes critiques et qui a fait une belle carrière au Brésil. C’est l’histoire de deux types qui dirigent une société de BTP à Sao-Paulo, ils sont associés à un troisième personnage avec lequel cela se passe mal, qui menace de les quitter et du coup de faire exploser la société, ce qui les mettrait dans une situation délicate. Ils en viennent à décider d’engager un tueur - c’est un film noir, un thriller - qui va accomplir sa mission mais au lieu de disparaître comme prévu va s’incruster dans leur vie, notamment dans leur vie professionnelle. C’est le loup dans la bergerie, le pacte avec le diable, et il va commencer à les faire chanter. C’est un scénario imparable, les comédiens sont extraordinaires et en termes de mise en scène c’est plein de style et de puissance.”

Plus d’informations sur O Invasor.

Emmanuel AgnerayEmmanuel Agneray a fondé la société Bizibi qu’il dirige aujourd’hui avec Jérôme Bleitrach. En tant que producteur, il a accompagné depuis le court métrage vers le long, l’éclosion de cinéastes comme Keren Yedaya (Mon Trésor - Caméra d’Or à Cannes en 2004-, Jaffa), Hany Tamba (After Shave - Beyrouth après rasage, Une chanson dans la tête) ou aujourd’hui Aure Atika dont il s’apprête à produire le premier long métrage après ses prometteurs premiers courts.

Publié par Dissidenz le 15/07/2010 à 16:42

Entretien avec Emmanuel Agneray

Près de trois ans après la rédaction du rapport du Club des 13*, intitulé Le milieu n’est plus un pont mais une faille (également édité chez Stock), sur la situation des films du milieu** dans le cinéma français, rencontre en forme d’état des lieux avec Emmanuel Agneray, producteur indépendants des films de Keren Yedaya (Mon Trésor) ou Hany Tamba (Une chanson dans la tête) au sein de sa société Bizibi.

* Groupe de réflexion formé en 2008 à l’initiative de la réalisatrice Pascale Ferran et constitué de 13 personnalités du cinéma français : 1 scénariste (Cécile Vargaftig), 3 réalisateurs (Jacques Audiard, Claude Miller, Pascale Ferran), 4 producteurs (Denis Freyd, Arnaud Louvet, Patrick Sobelman, Edouard Weil), 1 distributeur (Fabienne Vonier), 3 exploitants (Stéphane Goudet, Claude-Eric Poiroux, Jean-Jacques Ruttner) et 1 exportateur (François Yon).
** Sont dits “du milieu” les films indépendants d’auteurs français dont le budget oscillant entre 3 et 8 millions d’euros n’en fait ni des films à petits budgets ni de “grosses” productions.

Jaffa


Pourquoi et comment avez-vous fondé Bizibi Productions il y a maintenant un peu plus de dix ans ?

Je travaillais dans la distribution, d’abord pour Polygram puis pour Ciby, je m’occupais de la programmation des films dans les salles de cinéma. Ça été un bon apprentissage en ce qui concerne ce qui attend les films dans les salles. Cela a duré quatre ou cinq ans et cela m’a permis de mettre un pied dans le métier, de connaître des gens. J’avais en tête de produire des films depuis l’adolescence, une idée qui ne m’a jamais quitté alors que je n’avais aucune relation avec ce milieu. J’ai donc créé une structure de production avec deux associés, avec l’idée de partir sur un modèle très français qui est de développer des relations avec des réalisateurs sur des courts métrages et si possible d’aller ensemble jusqu’au long. Un de mes associés est assez vite passé à la réalisation et comme avec l’autre cela ne s’est pas très bien passé et que je ne voulais pas produire seul j’ai été rapidement rejoint par Jérôme Bleitrach qui est aujourd’hui mon associé au sein de Bizibi. Nous avons produit un certain nombre de courts métrages –on doit en être à vingt cinq aujourd’hui- et quatre long métrages de réalisateurs dont nous avions produit les courts. Nous travaillons aussi aujourd’hui avec des réalisateurs dont nous n’avons pas produit les courts métrages.

Vous avez travaillé avec une réalisatrice israélienne (Keren Yedaya), un metteur en scène libanais (Hany Tamba), comment se sont fait vos rencontres avec vos réalisateurs ?

Ce qui est clair c’est qu’on s’est dit rapidement avec Jérôme qu’on voulait travailler aussi bien avec des réalisateurs français qu’étrangers. D’une part parce qu’il y a des metteurs en scène talentueux évidemment bien au delà de nos frontières, mais aussi parce que le système français permet, via les accords de coproduction, de produire des réalisateurs étrangers, avec des financements français, dans un cadre juridique français. Pour prendre l’exemple d’Israël, un film qui rentre dans le cadre de ces accords de coproduction a à la fois la nationalité française et la nationalité israélienne. De cela découle tout un système de financement qui permet de produire encore ces films.

Qu’est ce qui détermine l’éligibilité des films à ce statut ?
Ce qui est fondamental dans le financement, notamment par les chaines de télévision, c’est que le film ait l’agrément du CNC. Pour cela il faut qu’il ait un certain un minimum de points. Ce barème est basé sur la nationalité des techniciens, des comédiens, et la « nationalité » des prestataires. A partir du moment où ces films ont l’agrément, ils sont considérés comme films européens. Mais ils ne sont pas nécessairement considérés par les chaines de télévision comme films français. Pour cela il faut qu’ils soient d’expression originale française. Cette différence est importante. Etre européen c’est la base, on entre dans le quota des films européens, être d’expression originale française c’est encore mieux puisqu’on rentre dans le quota des films « français ». Les montants d’obligation sont plus importants. Cet agrément du CNC est aussi important pour les distributeurs puisqu’ils peuvent alors générer du soutien. C’est fondamental, à la fois pour nous producteurs mais aussi pour les distributeurs.
(Lire la suite…)

Publié par Dissidenz le 14/07/2010 à 17:50

Toutes les interviews de A à Z


The Conversation

AGNERAY Emmanuel, producteur (Bizibi Productions)
ANGER Cédric, réalisateur
ANSPACH Solveig, réalisatrice
BIDOU Jacques, producteur (JBA Productions)
BRISSEAU Jean-Claude, réalisateur
CAUSSE Jean-Max et François, exploitants (la Filmothèque du Quartier Latin, Paris, France)
CAVALIER Alain, réalisateur
CHODOROV Pip, réalisateur
CORIDIAN Yann, directeur de casting
DIOP Wasis, musicien
DUMOULIN Marianne, productrice
FILLIERES Sophie, réalisatrice
GONZALEZ Annie, productrice (C-P Productions)
GUIRAUDIE Alain, réalisateur
HARLAN Jan, producteur
KORMAKUR Baltasar, réalisateur
LAMBERT Christian, directeur de production
LIMOSIN Jean Pierre, réalisateur
LORENZ Juliane, monteuse et présidente de la Fondation Rainer Fassbinder
MADDIN Guy, réalisateur
MAILLOT Jacques, réalisateur
MARIGNAC Martine, productrice (Pierre Grise Productions)
MARQUIS François, producteur (Bagheera)
MARIO BERNARD Patrick et TRIVIDIC Pierre, réalisateurs
MEIER Ursula, réalisatrice
MERCURIO Stéphane, réalisatrice
MORDER Joseph, cinéaste
MORDILLAT Gérard, cinéaste et écrivain
OSSANG F.J., réalisateur
PAUL-BONCOUR Vincent, distributeur cinéma et éditeur vidéo
PILLON Sandrine, productrice
PLYMPTON Bill, réalisateur
ROLLIN Jean, réalisateur
ROZIER Jacques, réalisateur
SANTIAGO Hugo, réalisateur
SENA Nuno, co-directeur du festival IndieLisboa
SOBELMAN Patrick, producteur (Agat Film, Ex-Nihilo)
SOLANAS Fernando, réalisateur
TEMPLE Julian, réalisateur
WAKAMATSU Koji, réalisateur
ZONCA Erick, réalisateur

Publié par Dissidenz le 01/07/2010 à 15:55

Une petite histoire de la censure - 2ème partie

Quand l'embryon part braconnerAprès plus de 30 ans d’activités perturbatrices au sein de l’industrie cinématographique américaine, le Code Hays perd peu à peu de son autorité durant les années 60, incapable de faire face à l’évolution progressive de moeurs qui se libèrent de plus en plus. Un certain nombre de films passent au travers des mailles du filet, mettant à mal la position de force de l’organisation décidaire jusque là, la MPAA (Motion Picture Association of America depuis 1945 et anciennement MPDDA). On citera les deux exemples significatifs que sont Le Prêteur sur Gage de Sidney Lumet (1964) et Blow Up de Michelangelo Antonioni (1966). Le premier se voit refuser l’approbation du Code pour cause d’une scène de sexe un peu trop explicite et quelques poitrines dénudées. Sur pression des producteurs, un second vote a lieu autorisant le film à trouver la voie des salles obscures. Dans le cas de Blow Up, financé par des fonds américains, la MGM décide bonnement et simplement de sortir le film sans modification malgré le refus de la MPAA et donc l’absence de Certificat d’Approbation.

Le Code Hays finit par disparaître définitivement en 1968 pour laisser place à une évolution comparable à celle des autres pays occidentaux : là où un censeur décidait seul de ce que le public verrait ou non succède un système de classement où le choix est laissé au spectateur, informé du contenu du film. Originellement (et jusqu’à 1970), on trouve les cotes suivantes :
- G pour General Audiences : tous publics admis
- M pour Mature Audiences : tous publics admis, avec accord parental
- R pour Restricted : les enfants de moins de 16 doivent être accompagnés d’une personne majeure
- X : interdit aux moins de 17 ans

Les balbutiements des premières années vont amener plusieurs chamboulements dans la classification et surtout une période de flottement permettant la production de films plus explicites en terme de violence ou de sexe qui seront distribués à plus ou moins large échelle et non plus réservés à un certain ghetto underground. On citera Bonnie and Clyde d’Arthur Penn en 1967, La Nuit des Morts-Vivants de George A. Romero en 1968 ou encore La Horde Sauvage de Sam Peckinpah en 1969. Si les années 60 avaient vu naître les premières revues pornographiques produites industriellement (et plus vendues sous le manteau), les années 70 voient l’explosion du circuit de distribution pornographique avec une infinité de salles pour adultes apparaissant de la côte Ouest à la côte Est des Etats-Unis. Certains films acquérant une notoriété dépassant même largement les circuits spécialisés, comme Derrière la Porte Verte, réalisé par les Frères Mitchell en 1972 et présenté au Festival de Cannes, ou Gorge Profonde et The Devil in Miss Jones, tout deux réalisés par Gerard Damiano. Ces trois films faisant partit des plus gros succès commerciaux de la décennie, tous genres confondus. L’ordre moral tant chéri par le Code Hays parait désormais bien loin.
(Lire la suite…)

Publié par Dissidenz le 01/07/2010 à 15:55

ALEXANDRE CHARLOT - Scénariste, réalisateur

Quand passent les cigognes (1957) de Mikhail Kalatozov.
Quand passent les cigognes“C’est une claque incroyable, le film date de 1957 et il est d’une modernité folle. Les plans et le montage sont magnifiques. Je pense que quand Jean-Jacques Annaud fait son Stalingrad il a vu et revu Quand passent les cigognes. C’est un vrai film de guerre et d’amour, c’est-à-dire que ça se finit mal. C’est quelque chose qu’on n’ose plus faire aujourd’hui. C’est un film magnifique.”

Synopsis : A Moscou, en 1941, Veronika et Boris s’aiment. Mais quand le pays rentre en guerre, le jeune homme s’engage et part pour le front russe. Veronika, sans nouvelles de son fiancé et confrontée aux avances du cousin de Boris, est de plus en plus seule et désemparée. Pourtant, elle attend et espère toujours le retour de celui qu’elle aime. Trouvera-t-elle la force de faire les bons choix et de survivre à la séparation ?

Plus d’informations sur Quand passent les cigognes

Alexandre CharlotAuteur emblématique des Guignols de l’info de 1996 à 2000, Alexandre Charlot, avec son complice Frank Magnier, s’est depuis consacré au grand écran en co-signant notamment les scénarios des plus grands succès français de ces dernières années : Astérix aux jeux olympiques et Bienvenue chez les Chtis mais aussi celui du plus modeste mais formidable Maléfique de Eric Valette, entre autres. Réalisateur de Imogène McCarthery sorti sur les écrans français cette année 2010, il prépare actuellement son second long métrage.

Publié par Dissidenz le 01/07/2010 à 15:53

De la contestation à l’action

L'extase des angesCinéaste incontournable de la nouvelle vague japonaise, Koji Wakamatsu s’est imposé par son rythme de tournage stakhanoviste, sa rigueur stylistique et son engagement total vis-à-vis des sujets qu’il traite. Avec le second coffret qui lui est consacré, 4 nouvelles perles noires (et pink) sont mises en avant, réalisées entre 1969 et 1972, dont le mélange singulier d’érotisme, de violence et de révolte surprend toujours près de 40 ans plus tard.
Tous prennent racine dans les mouvements contestataires de l’époque : LA SAISON DE LA TERREUR, huis-clos clinique, nous montre un révolutionnaire repenti placé sous surveillance et se complaisant dans l’oisiveté, RUNNING IN MADNES, DYING IN LOVE suit l’errance de deux amants, un jeune contestataire et sa belle-soeur après le meurtre accidentel de son frère par celle-ci, une passion charnelle mise en valeur par la caméra de Wakamatsu, filmant les corps au plus près de leurs ébats ainsi que les somptueux paysages de la province japonaise, bien loin de la jungle urbaine de ses autres films ; SEX JACK est quant à lui une critique acerbe de ces mouvements dits révolutionnaires mais se réfugiant dans de longs discours verbeux au lieu d’agir pour la cause qu’ils défendent tandis que L’EXTASE DES ANGES, un des films les plus fameux de son auteur, place son intrigue au coeur d’un groupuscule extrémiste n’ayant pas peur d’utiliser les armes pour faire passer leur message. Groupuscule qui va être mis à mal, jusqu’à l’implosion, par les tensions internes, dissensions et autres traîtrises, le tout appuyé par la bande-son free jazz et certaines séquences au montage à la limite de l’expérimental, mêlant couleurs et noir & blanc, entre rêve et réalité.
Enchainant les films à un rythme métronomique, Koji Wakamatsu n’oublie jamais de soigner leur esthétique, faisant preuve d’une maîtrise formelle sans pareille. De LA SAISON DE LA TERREUR à L’EXTASE DES ANGES, on ne peut que se réjouir de cette insolente constance.

Mathieu Col

Le coffret Koji Wakamatsu volume 2 (4 DVD) est disponible dès le 6 juillet dans tous les points de vente habituels et sur www.dissidenz.com.
Chacun des 4 films du coffret est également disponible à l’unité ici :
Acheter le DVD de LA SAISON DE LA TERREUR
Acheter le DVD de SEX JACK
Acheter le DVD de RUNNING IN MADNESS, DYING IN LOVE
Acheter le DVD de L’EXTASE DES ANGES
Les 4 films sont préfacés par Jean-Pierre Bouyxou, Gaspar Noé, Danielle Arbid et André S. Labarthe.

Egalement disponibles en DVD : le coffret Koji Wakamatsu volume 1 (4 DVD) et chacun des 4 DVD inclus dans le coffret : LES SECRETS DERRIERE LE MUR, LES ANGES VIOLES, QUAND L’EMBRYON PART BRACONNER, VA VA VIERGE POUR LA DEUXIEME FOIS.

Le coffret Koji Wakamatsu volume 3 (4 DVD) sortira le 2 novembre 2010 et contiendra les films VIOLENCE SANS RAISON, SHINJUKU MAD, NAKED BULLET et LA VIERGE VIOLENTE.

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