Publié par Dissidenz le 10/03/2010 à 19:33

Kitano, l’électron libre du cinéma nippon

Achille et la tortueQui aurait pu deviner il y a 25 ans que Beat Takeshi, comique télévisuel masochiste, adepte de déguisements farfelus, fin défenseur de l’humour tarte à la crème et spécialiste de l’auto-humiliation devant des millions de téléspectateurs japonais au sein d’émissions toutes plus régressives les unes que les autres, deviendrait une figure du 7ème art internationalement reconnue, et serait en 2010 le centre d’attention de prestigieuses institutions culturelles françaises telles que le Centre Pompidou et la Fondation Cartier ? Certainement pas le principal intéressé dont le parcours artistique, à ses débuts en tout cas, tient plus de la réaction en chaîne que d’une véritable ambition. Une imprévisibilité devenue la raison d’être même de ses films.

Avant que Nagisa Oshima ne lui donne sa chance en 1983 avec Furyo, les incartades de Kitano au cinéma se résument à de la figuration, son statut de comique l’empêchant véritablement de pouvoir s’épanouir ailleurs que dans les délires qu’il commet pour le petit écran. C’est avec son rôle de maton alcoolique et un peu sot, et poussé par Oshima, qu’il va prendre goût pour les personnages allant à l’encontre de ce que l’on attend de lui et démarrer une véritable carrière d’acteurs au travers de films pour la plupart inédits en France. 6 ans plus tard, Kitano se met dans la peau d’Oshima et passe pour la première fois derrière la caméra avec Violent Cop, polar sans concession qui laisse déjà transparaître la volonté du cinéaste nouvellement né de briser certaines conventions cinématographiques. Que ce soit le film de yakuza avec Sonatine et Aniki, Mon Frère, le film de sabre avec sa vision bien singulière de Zatoichi, le célèbre sabreur aveugle, ou la comédie avec Getting Any, Kitano n’a cessé de malmener non seulement l’aspect codifié de ces genres bien précis mais aussi l’attente que les spectateurs peuvent placer en lui. Comme il le dit lui-même, le pire qui pourrait lui arriver c’est reproduire encore et encore le même film et stagner dans son art. Pour éviter cela, Kitano réalisateur et Takeshi acteur est capable de prendre d’énormes risques, comme le prouvent ses trois derniers jets, Takeshi’s, Glory to the Filmmaker! et Achille et la Tortue, constitutifs d’une trilogie auto-réflexive sur la création et le statut d’artiste. Ego-trips insupportable pour certains (la majorité apparemment étant donné leur échec complet au Japon), génie incontestable pour d’autres, ils ne font que refléter l’état d’esprit d’un cinéaste qui se remet sans cesse en question. Avec Achille et la Tortue, Kitano semble avoir enfin trouvé les réponses qu’il cherchait et revient à un cinéma plus classique et apaisé. Après une courte séquence animée donnant tout son sens au titre, le film dresse le portrait cruel et touchant de Machisu, artiste raté à la recherche de l’oeuvre parfaite mais ne faisant que reproduire ce que d’autres, de Matisse à Pollock, ont fait avant lui. Se succèdent alors des saynètes allant crescendo dans l’absurde où Machisu est prêt à tout pour parvenir à ses fins, et si humour noir et mauvais goût sont souvent de mise, Achille et la Tortue est avant tout l’oeuvre la plus poétique de Kitano depuis Dolls, empreinte d’un optimisme assez rare chez lui pour être signalé.
Ces trois films peuvent être vus comme une étape transitoire ayant permis au cinéaste d’être en paix avec lui-même, en paix avec son art, et d’être plus libre que jamais quant à ses envies futures.

Takeshi Kitano voit ainsi son œuvre protéiforme exposée tout au long de deux évènements siamois : une rétrospective de sa carrière cinématographique et télévisuelle au Centre Pompidou du 11 mars au 26 juin, avec 40 films dont près de la moitié inédits chez nous, et une installation intitulée « Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre », visible du 11 mars au 12 septembre à la Fondation Cartier, où l’artiste met en avant, à 63 ans passés, son âme d’enfant par le biais de décors, peintures, vidéos et autres objets insolites. Une aubaine pour les fans et ceux qui ont toujours eu envie d’en savoir plus sur Kitano l’iconoclaste.

Mathieu Col

Lire la chronique de l’exposition Beat Takeshi Kitano - Gosse de peintre

Publié par Dissidenz le 10/03/2010 à 19:32

Beat Takeshi Kitano - Gosse de peintre

Gosse de peintreDans ses plus beaux moments, Sonatine nous donnait à voir ses yakuzas exilés en bord de mer se livrer à des jeux enfantins pour tromper l’ennui. C’est à ce genre de récréation que nous invite aujourd’hui l’exposition Beat Takeshi Kitano - Gosse de peintre qui se tiendra du 11 mars au 12 septembre à la Fondation Cartier. Présentateur télé et comique superstar au Japon, Takeshi Kitano est souvent perçu en occident comme atteint de schizophrénie. Comment l’auteur du superbement tragique et pudique Hana-Bi pourrait il être le responsable de ces shows débilitants à base de gags scatologiques et d’humiliations en tous genres ?

Invité à exposer à la Fondation Cartier, Kitano a semble-t-il décidé de ne pas y flatter les esprits chagrins. Conçue comme une invitation à pénétrer l’univers mental de son auteur (qui dès l’entrée s’y exhibe en statue exposant son cerveau), Gosse de peintre est avant toute chose la première exposition d’envergure des peintures de celui qui avait refusé toutes les invitations de musées jusqu’ici. On y retrouve bien sûr les peintures qui figuraient dans Hana-Bi, réalisées durant la convalescence de l’accident de scooter qui le laissât en partie paralysé en 1994, mais surtout une série de 24 toiles peintes durant les deux dernières années. Hommes et animaux s’y mêlent dans un chatoiement loufoque de couleurs et de formes avec, sous l’apparente naïveté, une science de la composition que ne renierait pas Kandinski. Ludiques, les toiles donnent le ton d’une exposition/installation placée sous le signe de l’interactivité et du jeu. Plans secrets des nouvelles machines de guerre de l’armée japonaise basées sur des animaux, machine à peindre « comme Monsieur Pollock », invitation à illustrer des cartes pour y exprimer ce que le spectateur perçoit à travers des sons, casse-tête de la tour de Hanoï qui dans sa version exposée demande 580 milliards d’années pour être résolu mais qui peut être aussi ici pratiqué dans une version allégée, l’exposition est une invitation ludique à partager les obsessions de l’auteur, son gout pour les sciences et sa nostalgie de l’enfance. Kitano s’y joue aussi des clichés sur la culture japonaise à travers un film spécialement réalisé pour l’exposition mais également de la façon dont il est lui-même perçu en occident à travers l’une des pièces maitresse de l’installation. Dans un espace fermé évoquant un cabinet de curiosité sous la forme des stands de rue japonais, des écrans projettent des extraits de ses fameuses émissions télévisées. Explosions de véhicules en tous genre, crocodile lâché sur un participant effrayé, toutes les idées qu’on se fait de son infamant travail télévisuel sont ici exposées sous le titre un brin provocant « Voici le vrai travail de Takeshi Kitano ». Pied-de-nez roublard à la critique ? Pas uniquement car c’est bien l’un des grands mérites de cette exposition exceptionnelle de mettre en perspective l’ensemble de la production de cet insaisissable personnage et d’en mettre en valeur la cohérence. Non, Takeshi Kitano n’est pas l’auteur d’une œuvre cinématographique noble et d’un production télévisuelle honteuse, son travail est un tout que nous ne pouvons que vous recommander chaudement de découvrir au plus vite à travers cette exposition réjouissante et fort bien conçue.

Francis Chérasse

Plus d’informations sur Gosse de peintre - Beat Takeshi Kitano à la Fondation Cartier

Lire la chronique de Achille et la tortue

Publié par Dissidenz le 10/03/2010 à 19:31

JACQUES MAILLOT - Réalisateur

Quand la bête hurle (1957) de André de Toth.
Quand la bête hurle“De Toth est une espèce de vieux routier d’Hollywood qui a oeuvré dans des genres divers, polar, western, film d’horreur, L’homme au masque de cire avec Vincent Price. Il a fait un film formidable, que j’ai découvert après avoir tourné Un singe sur le dos, qui s’appelle Monkey on My Back. C’est le témoignage d’un boxeur accro à la morphine. Il y a bien sûr un coté film de boxe mais on suit vraiment la vie du personnage. A un moment il se retrouve soldat dans le pacifique et il y a des scènes de guerre hallucinantes avec des snipers japonais qui sont perchés dans des palmiers et qui tirent sur les soldats américains sans qu’on les voit jamais. Les soldats tombent les uns après les autres, tués par ces tueurs invisibles, une scène formidable, sous la pluie. C’est un excellent film. Le personnage soigne ses blessures et est traité avec de la morphine qui le rend accro. Cela bousille complètement sa vie même si, happy end oblige, il s’en sort bien. C’est très moderne dans son approche, pas du tout moralisateur et avec une vraie empathie pour le personnage. C’est un film formidable, avec un coté très sec, et le comédien, Cameron Mitchell, est extraordinaire.”

Plus d’informations sur Quand la bête hurle

Jacques MaillotJacques Maillot est le réalisateur et scénariste de Nos vies heureuses, Corps inflammables, 75cl de prière ou Froid comme l’été entre autres. Il a également réalisé en 2008 Les liens du sang avec François Cluzet et Guillaume Canet. Son dernier film en date, réalisé pour la télévision, Un singe sur le dos avec Gilles Lellouche sera disponible en DVD le 7 avril. Il vient d’achever l’écriture de son prochain long métrage.

Plus d’informations sur Nos vies heureuses
Plus d’informations sur le DVD des moyens métrages de Jacques Maillot : Froid comme l’été, Corps inflammables et 75cl de prière

Publié par Dissidenz le 25/02/2010 à 19:04

Tout sur les femmes

Femmes femmesDeux comédiennes aujourd’hui âgées partagent un appartement parisien. Sur les murs s’étalent les photos de vedettes des années 30. L’une d’elle tient encore de petits rôles, l’autre fait de menus travaux. Et elles jouent. Elles rejouent leur gloire passée, rejouent leurs rôles, elles jouent leurs vies dont elles subliment les plus infimes péripéties.

Dès le générique invoquant les stars de l’âge d’or du cinéma de studio, Femmes femmes se place à l’échelle du mythe. Ecrit et réalisé par Paul Vecchiali et co-scénarisé par Noël Simsolo qui y tient aussi un rôle, Femmes femmes est assurément l’un des plus beaux et des plus singuliers enfants d’une génération, celle de la nouvelle vague, nourrie aux grands mythes cinématographiques hollywoodiens et à ceux de l’âge d’or des studios français. Transitions imaginatives, irruption de chansons (formidable travail musical de Roland Vincent), adresses caméra inattendues, Femmes femmes fait preuve d’une inventivité et d’une liberté formelle réjouissantes. Il en va de même des scènes et dialogues dont l’écriture fine et précise est magnifiée par l’interprétation prodigieuse des deux interprètes principales, Hélène Surgère et Sonia Saviange. Passant au sein d’une même scène par des registres violemment contrastés, elles sont tour à tour pathétiques ou drôles, émouvantes ou mutines, raffinées ou vulgaires, complexes et multiples. Portant leurs propres prénoms à l’écran, elles incarnent une certaine idée complète de la féminité.

Pour faire travailler Andromaque à sa partenaire, Hélène réveille chez elle le souvenir d’un enfant décédé et suscite alors une émotion dont on ne sait plus très bien si elle est sincère ou non pour le personnage ou même pour la comédienne. Loin de lui enlever de la force, ce brouillage rend la scène plus puissante encore. Le jeu et la vie entremêlés se confondent, dans et hors du film. Ce qui reste c’est l’émotion, et le spectateur, privé de ses repères habituels de distanciation, la reçoit frontalement. « A quoi faut il croire ? Qu’est ce qui est vrai là dedans ? » demande Hélène à Sonia qui vient de lui faire un grand numéro sur une poignée de billets trouvés dans la rue. Tout et rien serait on tenté de lui répondre. Tout est vrai et tout est jeu. The world is a stage, the stage is a world of entertainment chantait-on dans Tous en scène.

La présentation du film au festival de Venise fit une si forte impression sur Pier Paolo Pasolini qu’il fit rejouer une scène du film aux deux comédiennes l’année suivante dans Salo ou les 120 journées de Sodome. Aujourd’hui disponible pour la première fois en DVD, Femmes femmes y est présenté accompagné de nombreux suppléments : interviews de Paul Vecchiali, Noël Simsolo et Hélène Surgère ou analyse de la dernière séquence du film par Vecchiali, autant d’éléments faisant de cette sortie un évènement à la hauteur de l’importance de ce film à réhabiliter de toute urgence comme l’un des plus importants du cinéma français de l’époque.

Francis Chérasse

Plus d’informations sur Femmes femmes

Publié par Dissidenz le 25/02/2010 à 19:04

ANNE BENHAIEM - Réalisatrice

Vampyr (1932) de Carl Th. Dreyer.
Vampyr
“C’est un des films qui m’a le plus secouée, il me fait aussi beaucoup rire. Si je n’étais pas aussi paresseuse j’écrirais mon grand article sur le comique chez Dreyer et Bresson. Plastiquement le film est une merveille, il y a quelque chose dans la transparence de l’image, les gris, le gris transparent. Chaque plan est une invention dans ce film. Mais ce n’est pas maniéré, c’est toujours nécessaire. Il dissocie la caméra de ce qui est filmé, c’est quelque chose que j’aime particulièrement chez lui, quelque chose qui me fait battre le coeur. Il suit quelqu’un en train de marcher et tout d’un coup la caméra fait autre chose que la personne, elle bouge pour elle-même. Ca m’a marqué définitivement.”


Anne BenhaiemFormée à la FEMIS en section réalisation, Anne Benhaïem a écrit, réalisé et monté une dizaine de courts métrages (Solo tù, Théâtre des familles, Humphrey Bogart et la femme invisible) et co-écrit avec Sophie Fillières (Aïe, Un chat un chat) ou Marc Cholodenko (scénariste de Philippe Garrel). Nous relayons ici la souscription qu’elle lance pour la réalisation d’un long métrage, plus d’informations sur la page Facebook dédiée à ce Film à venir…

Publié par Dissidenz le 25/02/2010 à 19:03

L’école de la Camorra

L'école de la CamorraEn 2008 sortait Gomorra, film de Matteo Garrone adapté du livre éponyme de Roberto Saviano et couronné du Grand Prix du Jury du Festival de Cannes cette année là. On y découvrait l’étendue des activités sur laquelle agissait la Camorra, organisation mafieuse napolitaine dont les origines remontent à plusieurs siècles. A l’aide d’une mise en scène dénuée de toute spectacularisation, le film avait pour plus grand mérite de poser des images, et des visages, sur ce qui constituait depuis très longtemps une sorte d’imaginaire collectif pour qui n’est pas témoin direct. Et parmi ces visages marqués par la violence quotidienne, on pouvait voir ceux d’enfants et d’adolescents, livrés à eux-mêmes et recrutés par les gangs de la région. C’est à eux que s’intéresse L’école de la Camorra, réalisé plus de 10 ans auparavant par Nico Di Biase.

A vrai dire, il ne reste plus grand chose d’enfantin dans le comportement et la mentalité qui gouvernent leur nouvelle façon de vivre. Toute innocence s’est définitivement envolée au gré des différents trafics rythmant la vie de leur quartier. Qu’ils soient rentrés dans le système mafieux par envie, avec pour fantasme de commander et d’être respecté, ou par dépit, notamment à cause du bourrage de crâne des “grands frères” leur affirmant que l’école n’est là que pour aider les riches, tous finissent par raconter leurs crimes avec la même nonchalance. En se baladant librement, ou presque, au milieu de bâtiments aux allures de taudis et dans les ruelles animées de Naples et ses environs, la caméra recueille le témoignage d’une jeunesse contrainte de voler une voiture si elle veut aller voir la mer et dont les notions de bien et de mal deviennement progressivement de plus en plus floues. C’est presque avec le sourire que Franco, adolescent camorriste parmi tant d’autres, raconte qu’il a commencé par vendre de l’héroïne à 9 ans et qu’il organise actuellement une opération armée pour s’emparer d’un quartier de la ville.

A l’école de la Camorra, la prison est une sorte d’étape, le niveau supérieur de leur scolarité criminelle, où les diverses rencontres carcérales forment un apprentissage qui leur permettent d’en ressortir plus expérimentés et aguerris. Au détour d’une séquence, un lien se fait entre ces petits hommes qui jouent aux cartes avec liasses de billets en poche et les soldats italiens du 18ème siècle qui avaient l’habitude de se retrouver dans un tripôt pour le même type d’activités. L’infanterie de la Camorra, les premiers à tomber au combat, la plupart ne viveront d’ailleurs pas au delà de 40 ans. Ils s’appellent Nando, Franco ou Gianni, prennent des cours de cuisine pour s’en sortir ou rêvent de gravir les échelons pour devenir le nouveau boss. Ils ont aujourd’hui passé le relais à d’autres, victimes d’un recrutement toujours plus féroce pour lequel la seule alternative parentale est de cloîtrer ses enfants à la maison. Une dictature de la peur qui n’est certainement pas près de disparaître, comme nous le prouve de manière édifiante Nico di Biase avec ce documentaire.

Mathieu Col

Disponible en téléchargement exclusivement sur Dissidenz : cliquez ici

Publié par Dissidenz le 24/02/2010 à 18:00

Tous les coups de coeur de A à Z

Coup de Coeur

12h08 à l’est de Bucarest (2007) de Corneliu Porumboiu, par Bertrand Tavernier
2001 : L’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick, par Pip Chodorov
A bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, par Koji Wakamatsu
Aie (2000) de Sophie Fillières, par Christian Lambert
Apocalypto (2006) de Mel Gibson, par Alain Guiraudie
Appelez-moi Madame (1986) de Françoise Romand, par Marianne Lamour
Bad Lieutenant (1992) de Abel Ferrara, par Jean-Stéphane Sauvaire
Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino, par Cédric Anger
Chronique de Anna-Magdalena Bach (1961) de Jean Marie Straub, par Bruno Dumont
Depuis qu’Otar est parti(2003) de Julie Bertuccelli, par Sandrine Pillon
Desperate (1947) de Anthony Mann, par Raoul Ruiz
Duel au soleil (1943) de King Vidor, par Caroline Ducey
Fort Bravo (1953) de John Struges, par Bertrand Tavernier
Freaks (1932) de Tod Browning, par Jean Rollin
Gentille (2005) de Sophie Fillières, par Yann Coridian
Golden Eighties (1986) de Chantal Akerman, par Martine Marignac
Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (2000) de François Ozon, par Juliane Lorenz
Hardcore (1979) de Paul Schrader, par Fabrice Du Welz
Ice Storm (1997) de Ang Lee, par Baltasar Kormakur
Il était un père (1942) de Yasujiro Ozu, par Kiju Yoshida
Impaled (2006) de Larry Clark, par Cécile Babiole
Je t’aime je t’aime (1968) d’Alain Resnais, par Lisa Hérédia (alias Maria Luisa Garcia)
L’ange exterminateur (1962) de Luis Bunuel, par Aurelia Petit
L’argent (1983) de Robert Bresson, par Ursula Meier
L’armée des ombres (1969) de Jean Pierre Melville, par Jerome Prieur
L’Atalante (1933) de Jean Vigo, par Guy Maddin
L’aurore (1927) de F.W. Murnau, par Jean-Max Causse
L’homme invisible (1933) de James Whale, par Alain Cavalier
L’homme sans age (2007) de Francis Ford Coppola, par Patrick Mario Bernard
La Brigade du suicide (1947) de Anthony Mann, par Mark Rappaport
La chose d’un autre monde (1951) de Howard Hawks, par Luc Moullet
La Ligne rouge (1998) de Terrence Malick, par Erick Zonca
La nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton, par Joseph Morder
La passion de Jeanne d’Arc (1928) de Carl Th. Dreyer, par Fernando Solanas
La Rencontre (1996) de Alain Cavalier, par Stéphane Mercurio
La trilogie d’Apu (1955) de Satyajit Ray, par Damien Odoul
La vie est belle (1946) de Frank Capra, par Bill Plympton
La visite de la fanfare (2007) de Eran Kolirin, par Arta Dobroshi
La visite de la fanfare (2007) de Eran Kolirin, par Fabrizio Rongione
Le dernier des hommes (1924) de F.W.Murnau, par Emmanuelle Cuau
Le pianiste (2002) de Roman Polanski, par François Marquis
Le sacrifice (1986) de Andrei Tarkovski, par Hugo Santiago
Le sadique (1963) de James Landis, par Jean-Pierre Bouyxou
Le temps s’est arrêté (1959) de Ermanno Olmi, par Denis Freyd
Les bourreaux meurent aussi (1943) de Fritz Lang, par Nuno Sena
Les climats (2006) de Nuri Bilge Ceylan, par Harry Gruyaert
Les contes de la lune vague après la pluie (1953) de Kenji Mizoguchi, par Wasis Diop
Les damnés du coeur (1929) de Cecil B.DeMille, par Luc Moullet
Les hommes le dimanche (1930) de Curt et Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer et Fred Zinnemann, par Marie Modiano
Les lumières de la ville (1931) de Charles Chaplin, par Adelaïde Leroux
Les Oiseaux (1963) d’Alfred Hitchcock, par Jean-Claude Brisseau
Les tueurs de la lune de miel (1970) de Leonard Kastle, par Damien Odoul
Love (1969) de Ken Russell, par Lucile Hadzihalilovic
Michael (1924) de Carl Th. Dreyer, par Patrick Cardon
Moi, Pierre Rivière… (1976) de René Allio, par Gérard Mordillat
Pas d’orchidées pour Miss Blandish (1971) de Robert Aldrich, par Marie-Christine Questerbert
Passe ton bac d’abord (1979) de Maurice Pialat, par Jacques Maillot
Playtime (1967) de Jacques Tati, par José Luis Guerin
Profession Reporter (1975) de Michelangelo Antonioni, par Pierre Trividic
Requiem pour un massacre (1985) de Elem Klimov, par Jean Pierre Limosin
Shock Corridor (1963) de Samuel Fuller, par Luc Moullet
Sueurs Froides (1958) de Alfred Hitchcock, par Guy Maddin
The Big Lebowski (1998) de Joel et Ethan Coen, par Hany Tamba
Tropical Malady (2004) de Apichatpong Weerasethakul, par Garin Nugroho
Un conte de Noël (2008) de Arnaud Desplechin, par Mark Rappaport
Une jeunesse chinoise (2006) de Lou Ye, par Erick Zonca
Une part du ciel (2002) de Bénédicte Liénard, par Jacques Bidou
Vacances romaines (1953) de William Wyler, par Bruno Podalydès
Vampyr (1932) de Carl Th. Dreyer, par Anne Benhaïem
Versailles (2008) de Pierre Schöller, par Patrick Sobelman
Viridiana (1961) de Luis Bunuel, par Andre S.Labarthe
Vive l’amour (1994) de Tsai Ming-Liang, par Marianne Dumoulin

Publié par Dissidenz le 10/02/2010 à 17:45

L’histoire enluminée

La Chambre obscure
Au XIVème siècle, Aliénor, dépositaire du savoir médicinal de son père, se rend au chevet du Roi de France pour soigner le mal dont il souffre. Ayant réussi son entreprise, elle se voit offrir par le monarque la possibilité d’épouser l’homme de son choix. Elle jète son dévolu sur Bertrand qui la prend pour femme contre sa volonté. Sitôt marié, Bertrand quitte le foyer. Aliénor découvre bientôt qu’il a rejoint la République de Sienne et qu’il en aime une autre : Lisotta.

Adapté de l’un des 100 récits matriciels du Décameron de Boccace, La chambre obscure s’inscrit dans la tradition française d’un cinéma de l’histoire revisitée. La filiation revendiquée par la réalisatrice Marie-Christine Questerbert avec le Lancelot du lac de Bresson et le Perceval le Gallois de Rohmer a en effet du sens tant La chambre obscure semble en être une somme tant qu’un prolongement. Épure Bressonienne et gout Rohmerien d’une place prépondérante accordée au langage s’accordent pleinement et la représentation stylisée, revisitée, de l’époque est commune aux trois films. La modernité de cette vision du moyen-age est présente dans le récit d’origine où une subtile inversion des rapports amoureux entre l’homme et la femme – c’est elle qui chasse et ruse pour mettre l’homme dans son lit - en fait presque un pamphlet féministe avant l’heure en faisant du désir féminin le moteur de l’intrigue et en confiant, entre autres, à la femme le savoir médecin. Cette modernité thématique se retrouve dans les partis pris picturaux de la réalisatrice. Très inspirée par la peinture de l’époque, la réalisatrice en retrouve l’intensité. Les décors épurés, quasiment réduits à l’abstraction, sont soutenus par de franches couleurs, sublimées par le remarquable travail du chef opérateur Emmanuel Machuel - qui avait également travaillé sur le Van Gogh de Pialat ou… L’argent de Bresson. Les anachronismes discrets achèvent de donner au film une dimension atemporelle, quasi fantastique, alors même que l’on sait toujours où –quand- l’on est. Dans ce moyen-age revisité dont la relecture s’avère à plus d’un titre fascinante, les comédiens tiennent malgré tout la place centrale. A la froide virilité d’un excellent Melvil Poupaud répond la bouillonnante résolution de Caroline Ducey, dont le jeu tout en nuances confère au personnage toute sa complexité. Porté par ce séduisant couple secondé par des seconds rôles parfaitement choisis - Jacky Berroyer en Roi de France, Mathieu Demy, Sylvie Testud ou le remarquable Hughues Quester, frère de la réalisatrice - le film est un conte enchanteur et charnel, un objet à part, tout autant héritier d’une tradition cinématographique à laquelle il fait honneur que créateur d’un espace inédit.

Le film sera disponible en DVD le 23 février, avec des sous-titres optionnels en anglais, et en bonus, une préface de Hervé-Joubert Laurencin.

Francis Chérasse

Plus d’informations sur La chambre obscure

Publié par Dissidenz le 10/02/2010 à 17:45

Le choc des mondes

Petits Morceaux Choisis« Le corps est comparable à une phrase qui consiste à être désarticulé, pour que se recomposent à travers une série de signes sans fin ses contenus véritables »
C’est par cette citation d’Hans Bellmer, artiste majeur du mouvement surréaliste, que s’ouvre le film ; véritable note d’intention, tant sur le fond que sur la forme, d’un documentaire singulier dont la progression narrative basée sur l’association d’idées et d’images n’est pas la moindre de ses qualités.

Après s’être intéressé aux ravages du conflit serbo-croate (Les vivants et les morts de Sarajevo, 1993) et avoir disséqué les retombées des évènements du 11 septembre (New York année zéro, 2002), Radovan Tadic confronte Orient et Occident en faisant le choix de l’approche structuraliste chère à Roland Barthes. C’est par le biais de faits à priori sans relation que le réalisateur va progressivement tisser un réseau de pistes s’entrecroisant ou se chevauchant, et qui prennent racine dans des domaines aussi variés que surprenants. De l’espionnage soviétique post-guerre froide à la conception du Shinkansen, équivalent japonais de notre TGV national, et son profil aérodynamique basé sur le physique de l’ornithorynque, chacun y est traité sous plusieurs angle, psychanalytiques, théologique ou métaphysique, pour mieux en cerner toutes les facettes. Mais plutôt que de céder à l’abstraction la plus totale, c’est par une avalanche d’exemples concrets, souvent cocasses, toujours fascinants, que la réflexion prend forme. Évoquée à plusieurs reprises comme nécessaire à l’équilibre du monde, la dualité qui le régit (amour et haine, réalité et fantaisie, ombre et lumière) se voit ainsi explicitée à l’écran par une visite à Greenwich, là où le méridien trouve son origine.

Si ces « petits morceaux choisis » sont plus que délectables, c’est également grâce aux personnalités hors-normes qui les composent. En sus des incontournables spécialistes, médecins et psychanalystes, on retiendra notamment une maîtresse dominatrice et ses relations avec la gente masculine ou encore l’évocation de l’anthropophagie par un de ses aficionados les plus connus : Issei Sagawa, le “japonais cannibale” qui a défrayé la chronique au début des années 80 après avoir découpé, cuisiné et dévoré une étudiante néerlandaise de passage chez lui, à Paris. La “preuve d’amour ultime” comme il aime à le répéter.
Ainsi, d’intervenants en intervenants, de faits en images, d’analogies rocambolesques en démonstrations tirées, volontairement, par les cheveux, les propos s’imbriquent les uns dans les autres d’une manière étrangement cohérente, suivant une logique absurde propre au surréalisme. Et si aux multitudes de pistes lancées, Radovan Tadic n’apporte pas vraiment de réponses, c’est avant tout parce qu’il privilégie le cheminement à la finalité, un processus intellectuel des plus stimulants pour qui voudra bien jouer le jeu de ses énigmes à tiroir.

Mathieu Col

Plus d’informations sur Petits morceaux choisis

Publié par Dissidenz le 10/02/2010 à 17:45

CECILE BABIOLE - Artiste multimédia

Impaled (2006) de Larry Clark.
Impaled“Larry Clark a ce talent qui n’est qu’à lui de mettre les gens tellement à l’aise que ces très jeunes gens se découvrent avec toute leur gentillesse et leur naïveté désarmante. Il arrive à capter des choses que beaucoup de documentaristes n’arrivent pas obtenir. Je ne sais pas ce qu’il met en place comme dispositif pour arriver à ce résultat, il doit les mettre en condition, je ne sais pas comment il les amènent là, s’il triche, mais il arrive à obtenir une complicité qui fait que les gens oublient tout et se livrent. C’est un document sociologique sur l’histoire de la sexualité d’aujourd’hui chez les adolescents qui est assez unique et qui en dit long sur le formatage de la vie sexuelle des jeunes américains complètement conditionnés parce qu’ils voient sur le net. C’est fou ce qu’ils disent sur les canons physiques, les filles qui doivent être comme ci et comme ça, et la façon dont, elles, se conforment à ça. Ce n’est même pas spécialement machiste, tout le monde joue le jeu.”

Plus d’informations sur Destricted

Cecile BabioleDe la musique industrielle dans les années 80 (Nox) aux cultures électroniques et numériques aujourd’hui, le travail artistique de Cécile Babiole évolue de manière transversale, croisant les circuits de la musique et des arts visuels. Loin dʼune pluridisciplinarité de mise, c’est le passage d’un langage à un autre, la contamination d’un code par un autre, et une incessante relecture du rapport entre l’image et le son, qui sous-tend sa pratique. Qu’elles apparaissent dans l’espace public (rue, autobus) ou privé (galeries, salle de concert), ses dernières installations et performances (RPM, Shining Field, Doom, I’ll be your Mirror, Circulez y’a rien à voir, Reality Dub, Crumple Zone…) interrogent avec ironie nos systèmes de représentation et nos technologies. Elle a participé récemment au projet Polissons & Galipettes [Deconstructed].

Voir le site internet de Cécile Babiole

Plus d’informations sur Polissons & Galipettes [Deconstructed]

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