Qui aurait pu deviner il y a 25 ans que Beat Takeshi, comique télévisuel masochiste, adepte de déguisements farfelus, fin défenseur de l’humour tarte à la crème et spécialiste de l’auto-humiliation devant des millions de téléspectateurs japonais au sein d’émissions toutes plus régressives les unes que les autres, deviendrait une figure du 7ème art internationalement reconnue, et serait en 2010 le centre d’attention de prestigieuses institutions culturelles françaises telles que le Centre Pompidou et la Fondation Cartier ? Certainement pas le principal intéressé dont le parcours artistique, à ses débuts en tout cas, tient plus de la réaction en chaîne que d’une véritable ambition. Une imprévisibilité devenue la raison d’être même de ses films.
Avant que Nagisa Oshima ne lui donne sa chance en 1983 avec Furyo, les incartades de Kitano au cinéma se résument à de la figuration, son statut de comique l’empêchant véritablement de pouvoir s’épanouir ailleurs que dans les délires qu’il commet pour le petit écran. C’est avec son rôle de maton alcoolique et un peu sot, et poussé par Oshima, qu’il va prendre goût pour les personnages allant à l’encontre de ce que l’on attend de lui et démarrer une véritable carrière d’acteurs au travers de films pour la plupart inédits en France. 6 ans plus tard, Kitano se met dans la peau d’Oshima et passe pour la première fois derrière la caméra avec Violent Cop, polar sans concession qui laisse déjà transparaître la volonté du cinéaste nouvellement né de briser certaines conventions cinématographiques. Que ce soit le film de yakuza avec Sonatine et Aniki, Mon Frère, le film de sabre avec sa vision bien singulière de Zatoichi, le célèbre sabreur aveugle, ou la comédie avec Getting Any, Kitano n’a cessé de malmener non seulement l’aspect codifié de ces genres bien précis mais aussi l’attente que les spectateurs peuvent placer en lui. Comme il le dit lui-même, le pire qui pourrait lui arriver c’est reproduire encore et encore le même film et stagner dans son art. Pour éviter cela, Kitano réalisateur et Takeshi acteur est capable de prendre d’énormes risques, comme le prouvent ses trois derniers jets, Takeshi’s, Glory to the Filmmaker! et Achille et la Tortue, constitutifs d’une trilogie auto-réflexive sur la création et le statut d’artiste. Ego-trips insupportable pour certains (la majorité apparemment étant donné leur échec complet au Japon), génie incontestable pour d’autres, ils ne font que refléter l’état d’esprit d’un cinéaste qui se remet sans cesse en question. Avec Achille et la Tortue, Kitano semble avoir enfin trouvé les réponses qu’il cherchait et revient à un cinéma plus classique et apaisé. Après une courte séquence animée donnant tout son sens au titre, le film dresse le portrait cruel et touchant de Machisu, artiste raté à la recherche de l’oeuvre parfaite mais ne faisant que reproduire ce que d’autres, de Matisse à Pollock, ont fait avant lui. Se succèdent alors des saynètes allant crescendo dans l’absurde où Machisu est prêt à tout pour parvenir à ses fins, et si humour noir et mauvais goût sont souvent de mise, Achille et la Tortue est avant tout l’oeuvre la plus poétique de Kitano depuis Dolls, empreinte d’un optimisme assez rare chez lui pour être signalé.
Ces trois films peuvent être vus comme une étape transitoire ayant permis au cinéaste d’être en paix avec lui-même, en paix avec son art, et d’être plus libre que jamais quant à ses envies futures.
Takeshi Kitano voit ainsi son œuvre protéiforme exposée tout au long de deux évènements siamois : une rétrospective de sa carrière cinématographique et télévisuelle au Centre Pompidou du 11 mars au 26 juin, avec 40 films dont près de la moitié inédits chez nous, et une installation intitulée « Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre », visible du 11 mars au 12 septembre à la Fondation Cartier, où l’artiste met en avant, à 63 ans passés, son âme d’enfant par le biais de décors, peintures, vidéos et autres objets insolites. Une aubaine pour les fans et ceux qui ont toujours eu envie d’en savoir plus sur Kitano l’iconoclaste.
Mathieu Col
Lire la chronique de l’exposition Beat Takeshi Kitano - Gosse de peintre
Dans ses plus beaux moments, Sonatine nous donnait à voir ses yakuzas exilés en bord de mer se livrer à des jeux enfantins pour tromper l’ennui. C’est à ce genre de récréation que nous invite aujourd’hui l’exposition Beat Takeshi Kitano - Gosse de peintre qui se tiendra du 11 mars au 12 septembre à la Fondation Cartier. Présentateur télé et comique superstar au Japon, Takeshi Kitano est souvent perçu en occident comme atteint de schizophrénie. Comment l’auteur du superbement tragique et pudique Hana-Bi pourrait il être le responsable de ces shows débilitants à base de gags scatologiques et d’humiliations en tous genres ?
“De Toth est une espèce de vieux routier d’Hollywood qui a oeuvré dans des genres divers, polar, western, film d’horreur, L’homme au masque de cire avec Vincent Price. Il a fait un film formidable, que j’ai découvert après avoir tourné Un singe sur le dos, qui s’appelle Monkey on My Back. C’est le témoignage d’un boxeur accro à la morphine. Il y a bien sûr un coté film de boxe mais on suit vraiment la vie du personnage. A un moment il se retrouve soldat dans le pacifique et il y a des scènes de guerre hallucinantes avec des snipers japonais qui sont perchés dans des palmiers et qui tirent sur les soldats américains sans qu’on les voit jamais. Les soldats tombent les uns après les autres, tués par ces tueurs invisibles, une scène formidable, sous la pluie. C’est un excellent film. Le personnage soigne ses blessures et est traité avec de la morphine qui le rend accro. Cela bousille complètement sa vie même si, happy end oblige, il s’en sort bien. C’est très moderne dans son approche, pas du tout moralisateur et avec une vraie empathie pour le personnage. C’est un film formidable, avec un coté très sec, et le comédien, Cameron Mitchell, est extraordinaire.”
Jacques Maillot est le réalisateur et scénariste de Nos vies heureuses, Corps inflammables, 75cl de prière ou Froid comme l’été entre autres. Il a également réalisé en 2008 Les liens du sang avec François Cluzet et Guillaume Canet. Son dernier film en date, réalisé pour la télévision, Un singe sur le dos avec Gilles Lellouche sera disponible en DVD le 7 avril. Il vient d’achever l’écriture de son prochain long métrage.
Deux comédiennes aujourd’hui âgées partagent un appartement parisien. Sur les murs s’étalent les photos de vedettes des années 30. L’une d’elle tient encore de petits rôles, l’autre fait de menus travaux. Et elles jouent. Elles rejouent leur gloire passée, rejouent leurs rôles, elles jouent leurs vies dont elles subliment les plus infimes péripéties. 
Formée à la FEMIS en section réalisation, Anne Benhaïem a écrit, réalisé et monté une dizaine de courts métrages (Solo tù, Théâtre des familles, Humphrey Bogart et la femme invisible) et co-écrit avec Sophie Fillières (Aïe, Un chat un chat) ou Marc Cholodenko (scénariste de Philippe Garrel). Nous relayons ici la souscription qu’elle lance pour la réalisation d’un long métrage, plus d’informations sur la
En 2008 sortait Gomorra, film de Matteo Garrone adapté du livre éponyme de Roberto Saviano et couronné du Grand Prix du Jury du Festival de Cannes cette année là. On y découvrait l’étendue des activités sur laquelle agissait la Camorra, organisation mafieuse napolitaine dont les origines remontent à plusieurs siècles. A l’aide d’une mise en scène dénuée de toute spectacularisation, le film avait pour plus grand mérite de poser des images, et des visages, sur ce qui constituait depuis très longtemps une sorte d’imaginaire collectif pour qui n’est pas témoin direct. Et parmi ces visages marqués par la violence quotidienne, on pouvait voir ceux d’enfants et d’adolescents, livrés à eux-mêmes et recrutés par les gangs de la région. C’est à eux que s’intéresse L’école de la Camorra, réalisé plus de 10 ans auparavant par Nico Di Biase.

« Le corps est comparable à une phrase qui consiste à être désarticulé, pour que se recomposent à travers une série de signes sans fin ses contenus véritables »
“Larry Clark a ce talent qui n’est qu’à lui de mettre les gens tellement à l’aise que ces très jeunes gens se découvrent avec toute leur gentillesse et leur naïveté désarmante. Il arrive à capter des choses que beaucoup de documentaristes n’arrivent pas obtenir. Je ne sais pas ce qu’il met en place comme dispositif pour arriver à ce résultat, il doit les mettre en condition, je ne sais pas comment il les amènent là, s’il triche, mais il arrive à obtenir une complicité qui fait que les gens oublient tout et se livrent. C’est un document sociologique sur l’histoire de la sexualité d’aujourd’hui chez les adolescents qui est assez unique et qui en dit long sur le formatage de la vie sexuelle des jeunes américains complètement conditionnés parce qu’ils voient sur le net. C’est fou ce qu’ils disent sur les canons physiques, les filles qui doivent être comme ci et comme ça, et la façon dont, elles, se conforment à ça. Ce n’est même pas spécialement machiste, tout le monde joue le jeu.”
De la musique industrielle dans les années 80 (Nox) aux cultures électroniques et numériques aujourd’hui, le travail artistique de Cécile Babiole évolue de manière transversale, croisant les circuits de la musique et des arts visuels. Loin dʼune pluridisciplinarité de mise, c’est le passage d’un langage à un autre, la contamination d’un code par un autre, et une incessante relecture du rapport entre l’image et le son, qui sous-tend sa pratique. Qu’elles apparaissent dans l’espace public (rue, autobus) ou privé (galeries, salle de concert), ses dernières installations et performances (RPM, Shining Field, Doom, I’ll be your Mirror, Circulez y’a rien à voir, Reality Dub, Crumple Zone…) interrogent avec ironie nos systèmes de représentation et nos technologies. Elle a participé récemment au projet Polissons & Galipettes [Deconstructed].