Publié par Dissidenz le 14/09/2007 à 15:27

Tatouage (Irezumi, 1966) de Yasuzo Masumura

Irezumi

Tatouage n’est pas le film le plus connu de Yasuzo Masumura, mais l’un de ses plus emblématiques. Cinéaste atypique et précurseur, sous contrat avec le studio japonais Daiei, il étudie trois ans au Centro Sperimentale della Cinematografia de Rome. Lorsqu’il rentre au Japon en 1957, ses récits de désirs et de perversions affirmées ouvrent la voie à la Nouvelle Vague d’Oshima et Imamura. Mais il est encore un cinéaste du studio, qui dut parfois se satisfaire d’une économie de tournage dérisoire et apprit à la maîtriser à la perfection.
1966 est son année faste. Il réalise quatre films dont le célèbre Ange Rouge et le sulfureux Tatouage, adapté de deux nouvelles des années 10 de Junichiro Tanizaki, écrivain majeur ayant partagé la route d’Ozu et son goût de l’Occident. Masumura porte un diagnostic sur la société japonaise : écrasés par la pression idéologique de leurs gouvernements modernes, les japonais ont d’eux-mêmes sacrifié leurs désirs. Dans Tatouage, la jeune Otsuya est contrainte par des hommes sans scrupules à servir dans une maison de geisha. Comme sous l’influence de l’araignée qu’on lui a tatoué dans le dos, elle fait bientôt de ses clients les proies d’une vengeance d’autant plus dévastatrice qu’apparemment irrépréssible et sans calcul, systématique et animale. La terrible beauté du film provient d’un technicolor réduit au rouge et au noir des encres du tatoueur. Ou encore à son format, le cinémascope, qui ne vise pour une fois pas les panoramas grandioses, mais à capturer le corps allongé, lascif et vénéneux d’Ayako Wakao, avec qui Masumura a entretenu des rapports orageux, et tourné ses plus grands films.

Rétrospective à la Cinémathèque française du 22 août au 14 octobre.
Disponible en coffret chez Ciné Malta, accompagné de La Bête aveugle.
Egalement disponibles : La Femme de Seisaku et Passion.

Antoine Thirion.

Publié par Dissidenz le 14/09/2007 à 15:00

Expo Larry Clark à la MEP (Paris)


Larry Clark, Tulsa



La Maison Européenne de la Photographie présente du 10 octobre au 6 janvier une exposition consacrée aux photographies de Larry Clark prises de 1963 à 1971 à Tulsa, sa ville natale, dans laquelle il suit un groupe de jeunes marginaux accros au speed et à la marijuana.




Larry Clark est photographe de renom avant d’être cinéaste. Son travail fait partie des collections permanentes de nombreux musées dans le monde dont le Whitney Museum, le Guggenheim et le MOCA de Los Angeles. Au cinéma, il s’est fait connaître avec Kids, Bully, Ken Park, et plus récemment Wassup Rockers et le segment Impaled du programme controversé Destricted.

Plus d’informations : www.mep-fr.org

Publié par Dissidenz le 14/09/2007 à 14:23

Weegee, dans la collection Berinson, au Musée Maillol jusqu’au 15 octobre.

Exposition Weegee
Cet été, pour le spectateur français en quête d’un peu chaleur, Delirious était une destination possible. L’indépendant farouche Tom DiCillo y raconte la rencontre d’un paparazzi sans gloire (Steve Buscemi) et d’un jeune vagabond dont il fait son assistant (Michael Pitt). Pour lui expliquer le métier, il se contentait de lui ouvrir fièrement le coffre de sa voiture où ils avaient disposés tous les appareils et accessoires utiles à une chasse au scoop.

Photomobile

Un truc vieux comme le monde ? Plutôt vieux comme le photographe américain Weegee, né en Europe de l’Est en 1899 et mort à Manhattan en 1968, auquel le Musée Maillol offre une rétrospective depuis le 20 juin et jusqu’au 15 octobre à partir de tirages originaux (« vintages ») accumulés avec passion et patience par le collectionneur Hendrik Berinson. Weegee fit par deux fois son autoportrait : l’un en 1941 dans une chambre crasseuse rebaptisée « mon quartier général », l’autre l’année suivante, assis sur un tabouret devant le coffre ouvert d’un coupé équipé en photomobile. « Ma voiture est devenue mon domicile. (…) J’y mettais tout, un appareil de rechange, des boîtes d’ampoules pour le flash, des châssis porte-film déjà chargés, une machine à écrire, des bottes de pompier, des boîtes à cigares, du saucisson, du film infra-rouge pour photographier dans l’obscurité, des uniformes, déguisements, sous-vêtements, chaussettes et chaussures. J’avais la liberté de mes mouvements. Au lieu d’attendre que le crime vienne à moi, je pouvais aller le chercher. Je restais suspendu aux messages radio de la police. Mon appareil photo était toute ma vie, mon amour, mon unique sésame. »

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Publié par Dissidenz le 07/09/2007 à 15:45

Rock et Cinéma, un art de la transversale

Rock et cinema“Les cinéastes rock ça n’existe pas”, nous disait F.J. Ossang, à la sortie de la projection de Silencio, son nouveau court métrage tellurique présenté au dernier Festival Paris Ciné (lire l’interview). Alors que viennent de sortir sur nos écrans les deux films de Julien Temple : Joe Strummer : the future is unwritten, hagiographie magnifiquement documentée mais malheureusement sans surprise, et Glastonbury, consacré au mythique festival anglais (lire la chronique du film et l’interview de Julien Temple), F.J. Ossang, nous invite à nous interroger sur le « cinéma rock », si tant est qu’un tel concept existe.
« Bien sûr, tout mon cinéma s’est nourri de tout ce que j’ai aimé, et en premier lieu le rock, dit il, mais ça ne fait pas de moi un cinéaste rock, un qualificatif qui pour moi ne veut rien dire. A la limite, de par son montage, Eisenstein est un des cinéastes les plus proches du rock. Par ailleurs des cinéastes ont tenté de faire des films sur le rock, ou sur la vie des rockers, mais généralement ça a très peu avoir avec une démarche rock. » Alors qu’est ce qu’une démarche rock ? Qu’est ce qui définit « le rock » et comment celui-ci s’incarne-t-il au cinéma ?

Dès la reconnaissance médiatique du phénomène rock ‘n’ roll, Hollywood s’empare de ce mouvement et de l’immense intérêt qu’il suscite chez une jeunesse dont le pouvoir d’achat ne cesse de s’accroître dans l’après seconde guerre mondiale (Lire le compte rendu de l’exposition Rock’n’Roll à la Fondation Cartier). On monte de toutes pièces des projets qui permettent à la fois aux studios de capitaliser sur la célébrité naissante de nouvelles idoles, et aux artistes eux-mêmes de lancer définitivement leur carrière. De Little Richard ou Bill Haley à Elvis Presley, le passage devant la caméra est en effet considéré comme une étape obligée. Ces films construits non sans cynisme ne visent en réalité qu’à exploiter l’image des artistes et en livrent une figure nettement policée. De rock ‘n’ roll, ces films n’ont guère que leurs bandes originales et une imagerie « Happy days ». Les titres racoleurs Don’t Knock the Rock, Rock Pretty Baby, Let’s Rock ou encore Shake, Rattle and Rock et la présence des artistes à l’affiche suffisent à assurer le succès de ces films et donneront naissance aux “teenage movies”. L'équipée sauvageMais « l’esprit rock », c’est ailleurs qu’il faudra aller le chercher. On le trouvera finalement bien davantage dans des films qui ne traitent pas de la musique mais de la jeunesse elle-même : La Fureur de Vivre de Nicholas Ray avec James Dean et L’Equipée Sauvage de Lazlo Benedek avec Marlon Brando étalent ainsi aux yeux de l’Amérique et du monde le malaise d’une jeunesse en rupture avec les valeurs de ses aînés. Et si la facture très classique de ces films n’a en soit rien de rock ‘n’ roll, si aucun de ces deux films ne contient le moindre titre rock, on en est bien plus proche dans le propos. Les liens à venir entre rock ‘n’ roll et cinéma se tisseront à l’aune de cette dichotomie : d’un coté des produits d’exploitation misant tout sur une imagerie à des fins plus ou moins louables, de l’autre des œuvres qui tiennent davantage du manifeste contre culturel.

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Publié par Dissidenz le 07/09/2007 à 15:43

Glastonbury - Interview de Julien Temple

GlastonbryContacté pour venir filmer le festival quand ses organisateurs, le sachant menacé, pensait que cela pourrait en être la dernière édition, Julien Temple, en plus de capter le festival en cours, passe une annonce dans un journal pour recueillir les documents amateurs des spectateurs du festival au fil des ans. Ayant reçu environ 1500 heures de documents divers, il passera un an à monter son film, collage de ces images entremêlées à celles qu’il avait lui même tourné. Le résultat est cet étonnant voyage à travers le temps au cœur d’un des plus grand festival rock au monde, lieu de croisement des différentes familles de ce turbulent courant et grande messe contre culturelle.

C’est en 1970 que se tint la première édition du festival de Glastonbury, devant 1500 spectateurs venus pour une livre profiter du champ dans lequel Michael Eavis, un jeune fermier à l’activité en berne, fait jouer des groupes de rock et de folk. Au fil du temps le festival a acquis une aura internationale et est aujourd’hui le plus important et plus ancien festival rock au monde. Niché au cœur de la vallée d’Avalon, terre mythique de la légende arthurienne où aurait été caché le Saint Graal, Glastonbury, dont la destinée aura été marquée par le mouvement hippie, avait tout pour devenir cet éternel lieu d’indépendance et de spiritualité, malgré les attaques de plus en plus pressantes d’un monde avec lequel l’esprit qui l’anime ne pouvait qu’être en contradiction. Des premiers temps hippies il reste aujourd’hui un esprit contre culturel, un espace de mixité sociale absolue et de libération exutoire.

Julien Temple a vécu ces premiers temps, ce temps où on le tirait de son sommeil et de sa tente à l’aube pour qu’il écoute à ses pieds, en contrebas de la colline, le jeune inconnu qui montait sur scène seul avec sa guitare, David Bowie. Mêlant les images de l’édition 2002 captées avec une équipe de 12 caméras à celles, amateurs, qu’il avait collecté, Temple crée un tourbillonnant patchwork temporel mêlant les époques d’un plan à l’autre, jouant des textures du super 8 à la VHS, perdant sans cesse son spectateur à la recherche d’indicateurs pour naviguer d’un temps à l’autre. C’est moins la musique, dont les extraits tronqués sont souvent frustrants malgré la très belle set-list, que l’évolution d’une foule bigarrée, et à travers elle de la société, qui intéresse ici le cinéaste. Mais ce qui reste finalement, ce qu’on en retient une fois passé le temps à chercher ce qui change, c’est au contraire tout ce qui ne change pas, un certain esprit rock par moment ici fort bien capté.

Nous avons rencontré Julien Temple à l’occasion de la sortie du film en France.

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Publié par Dissidenz le 07/09/2007 à 15:43

Interview avec F.J. Ossang

F.J OssangOn compare souvent l’univers des premiers films de ce fils des années 80 à celui du Marc Caro du Bunker de la Dernière Rafale ou à celui du Lars Von Trier de Element Of Crime. En effet on peut retrouver dans L’affaire des Divisions Morituri (1984) et dans Le Trésor des Iles Chiennes (1990) les mêmes horizons post-apocalyptiques, les mêmes personnages de gladiateurs modernes habillés de manteaux Gestapo, et surtout une esthétique et une narration qui empruntent autant au cinéma muet de Murnau qu’à la Nouvelle Vague, voire à l’imaginaire littéraire surréaliste d’un Ballard ou d’un Burroughs.

Mais, à la différence de ces illustres collègues, Ossang n’a pas fait de la superposition de références un concept bluffant pour un ou deux films. Ossang fait ce cinéma parce qu’il ne peut faire autrement. Il est nourri de références cinématographiques qui l’obsèdent parfois et il les réinjecte avec une étonnante naïveté et franchise dans ses films. Pour exemple dans Docteur Chance (1997), les personnages se retrouvent de manière improbable au milieu du désert chilien devant un cinéma qui diffuse L’Aurore de Murnau. A la différence de Von Trier et Caro, Ossang n’a cessé en quelques trop rares films de faire le même cinéma alors que les deux autres réalisateurs empruntaient des voies plus « modernes », plus en adéquation avec les temps qui changent.

Le poète Ossang n’a cessé d’aimer la littérature, d’ailleurs il a sacrifié partiellement une carrière de cinéaste pour continuer à écrier des poèmes mais aussi des hommages aux écrivains qui l’ont marqué. Dernier travail en date WS BURROUGHS vs FORMULE MORT qui paraît ces jours ci. De la même façon, FJ Ossang est un des derniers grands punks dandys et il n’a cessé de jouer avec son groupe MKB (Messageros Killers Boys), Fraction Provisoire et désormais avec BMW (Baader Meinhof Wagen), un punk bruitiste, génialement glacial et généreux comme pouvait l’être l’Allemagne des années 70. Ce n’est pas un hasard si la musique est étroitement liée à sa filmographie : dans l’Affaire des Divisions Morituri, on retrouvait le mythique groupe Lucrate Milk au grand complet ; dans Docteur Chance, FJ Ossang s’est payé le luxe de faire jouer à Joe Strummer le rôle d’un certain Vince Taylor. Une telle authenticité ne pouvait que générer des déboires. FJ Ossang n’a pas tourné de long métrage depuis bientôt 10 ans. Espérons que son projet, La Succession Starkov, finira par sortir prochainement sur les écrans

Rencontre avec F.J. Ossang :

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Publié par Dissidenz le 07/09/2007 à 15:43

Rock ‘n’ Roll 39-59 à la Fondation Cartier du 22 juin au 28 octobre 2007

Rock'N'RollObjet de méfiance et d’attaques depuis toujours par la société puritaine et conservatrice, le rock’n’roll fait aujourd’hui son entrée au musée à travers la très belle exposition qui vient de s’ouvrir à la Fondation Cartier. Balayant les années capitales d’un mouvement musical et social qui allait changer l’Amérique et le monde, l’exposition brosse tout autant le portrait d’une poignée de musiciens géniaux que celui d’une société en proie à des mutations fondamentales. Des années 40, qui posèrent les bases musicales du mouvement, à la fin des années 50, l’âge d’or, c’est à un grand voyage dans l’Amérique que nous convie l’exposition.

Des premières salles où s’étalent les fétiches d’une imagerie au combien iconique – impressionnante collection de Juke Box d’époque, micros, guitares, tourne-disques, véritable studio d’enregistrement d’époque reconstitué, et même une Cadillac - à la grande fresque murale retraçant l’historique d’une société en plein bouleversement en y mêlant les turpitudes de la vie de certains de ses personnages les plus emblématiques, l’exposition Rock’n’Roll a le mérite de remettre en perspective le seul courant musical en le replaçant au cœur de l’Histoire. Histoire musicale d’abord où l’on voit explicitées les origines fondatrices du courant, du gospel au rythm and blues, mais surtout la grande histoire, celle qui vit débuter la lutte pour les droits civiques, celle de la prise de conscience et de la prise du pouvoir par la jeunesse qui allait mener aux idéaux et aux luttes des années 60 et 70.

L'exposition de la Fondation CartierDocuments rares et fascinants telles ces nombreuses affiches de concert d’époque ou cette incroyable série de photo du King Elvis réalisée en 56 par Alfred Wertheimer dont la plupart sont inédites, la documentation est pléthorique et impressionnante et à elle seule justifierai le voyage au cœur des années 50. Car au delà de l’importance capitale des bouleversements qu’allait engendrer ce courant musical, son imagerie allait elle aussi marquer à jamais l’imaginaire collectif occidental à travers ses canons esthétiques et le destin de ses figures les plus marquantes, de Body Holly à Elvis Presley, King au cœur de l’exposition et dont on « célèbre » cette année le trentième anniversaire de la mort.

Olivier Gonord.

Publié par Dissidenz le 07/09/2007 à 15:43

Sélection de DVD Rock et Cinéma

Petite sélection, forcément subjective, de films rock ‘n’ roll.

Graine de violence (1953) de Richard Brooks
Jeunesse en rébellion et Rock around the clock, pour se rendre compte que finalement en 50 ans les choses n’ont pas fondamentalement changées pour les jeunes issus de classes défavorisées.

La blonde et moi (1956) de Frank Tashlin
Le « cartoon live » de Tashlin avec la plantureuse Jane Mansfield propose un plateau rock ‘n’ roll de choix avec des performances de Gene Vincent, Little Richard, The Platters et Fats Domino entre autres.

Sympathy for the Devil (1968) de Jean Luc Godard
Montant en parallèle les images des Rolling Stones en séance d’enregistrement et des images reflétant les luttes politiques de l’époque, Godard saisi l’air de son temps et livre probablement la plus belle captation d’un groupe au travail.

Easy Rider
Easy Rider
(1969) de Dennis Hopper
Film phare du “Nouvel Hollywood” tourné sous influence, Easy Rider est une date dans l’histoire du cinéma américain et un hymne à la rock ‘n’ roll attitude.

More (1969) de Barbet Schroeder
Schroeder explore la face obscure des années hippies et Pink Floyd signe pour le film une partition anthologique, peut être bien leur meilleur disque.

Gimme Shelter (1971) des frères Mayles
Le fameux concert des Rolling Stones à Altamont, qui se termina tragiquement par la mort d’un spectateur battu par les Hell’s Angels qui assuraient la sécurité, et qui allait d’une certaine façon sonner la fin des années hippies.

Phantom of the Paradise (1974) de Brian de Palma
L’opéra rock de De Palma qui signe là une œuvre totale où la musique épouse toujours parfaitement les plans très travaillés du réalisateur.

The Rocky Horror Picture Show (1975) de Jim Sharman
Le film Glam par excellence, excessif, grotesque, méchamment culte.

The Rutles, All You Need Is Cash !!! (1978) de Eric Idle et Gary Weis
Parodie géniale des Beatles par un ancien Monty Python, jubilatoire pour qui connaît un minimum l’univers du quatuor de Liverpool.

Hair (1979) de Milos Forman
Le film de la génération hippie et sa bande son mythique n’ont étrangement guère pris de rides, une oeuvre dont le souffle libertaire et contestataire reste salutaire.
New York 1997
New York 1997 (1981) de John Carpenter
Oui, John Carpenter c’est aussi des bandes son faites à la maison au bontempi joué à un doigt et pas très rock ‘n’ roll, mais c’est avant tout le réalisateur d’un paquet de films traversé par un esprit contestataire directement hérité des années 70. Et Snake Plissken, héros de ce New York 1997 est probablement le personnage le plus rock ‘n’ roll de l’histoire du cinéma. Est ce d’ailleurs un hasard s’il est opposé ici, en incarnation d’une vieille école (I thought you were dead ne cesse-t-on de lui répéter), à Isaac Hayes, figure majeure de la soul music dans le rôle du leader des nouveaux hors la loi parqués dans ce New York transformé en prison ?

Spinal Tap (1983) de Rob Reiner
Faux documentaire hilarant qui suit les aventures d’un groupe de « métalleux » complètement crétins, Spinal Tap n’a pas usurpé son statut de film culte.

Stop Making Sense (1984) de Jonathan Demme
Les Talking Heads filmés en concert par Jonathan Demme, un modèle de captation live pour un groupe capital.

24 Hour Party People (2002) de Michael Winterbottom
Joy Division (incroyable incarnation de Ian Curtis !), les délirants Happy Mondays, le label Factory, l’Hacienda, c’est toute l’histoire du « Madchester » qui défile sous les yeux d’un spectateur charmé par l’inventivité formelle du film et son humour irresistible. Jubilatoire.

Metallica : Some Kind of Monster (2004) de Joe Berlinger
Musiciens sur-fortunés, les membres de Metallica n’en restent pas moins des hommes en proie au doute au moment de retourner en studio. Coachés par un psychologue censé les aider à gérer leurs problèmes d’égo, ils se sont prêtés au jeu du documentaire où on les suit à la trace et où n’est épargné au spectateur aucunes de leurs turpitudes. Un édifiant et souvent hilarant exercice de thérapie de groupe auquel on est presque parfois gêné d’assister !

Mister Lonely
DiG ! (2004) de Ondi Timoner
En suivant en parallèle le parcours de deux groupes, les Dandy Warhols et le Brian Jonestown Massacre, le réalisateur brosse un portrait assez décapant de l’industrie du disque et du leader génial des BJM, Anton Newcombe, que le refus de toute compromission et l’abus de substances illicites conduiront à un échec commercial alors que sa musique le destinait à un parcours digne des plus grands. Et tant pis si le film est particulièrement truqueur, le Brian Jonestown Massacre, tel que dépeint ici, incarne mieux que tout discours ce qu’est l’esprit rock ‘n’ roll.

Metal : a headbanger’s journey (2005) de Sam Dunn
Réalisé par un étudiant en anthropologie lui même fan de métal depuis sa plus tendre enfance, Metal : a headbanger’s journey, est un modèle de documentaire sur ce turbulent courant rock. S’intéressant tout autant à ce qui en fait une culture à part entière qu’aux multiples sous genres qui sont nés de ce mouvement, le documentaire, tout aussi pédagogique (dans le bon sens du terme) que fun, passionne de bout en bout et propose quelques moments d’anthologie telle l’intervention de Dee Snider sommé de venir s’expliquer sur les prétendus propos sado-masochiste d’un de ses titres devant une commision sénatoriale emmenée par l’épouse d’Al Gore qu’il renvoie brillament à sa propre perversité.

The Devil’s Rejects (2005) de Rob Zombie
Musicien leader du groupe White Zombie, Rob Zombie, après un premier film joyeusement foutraque, livre avec The Devil’s Rejects une véritable ode au cinéma des années 70. A travers l’histoire de ce trio de serial killers tentant d’échapper à la police, il réalise une véritable profession de foi pour un cinéma débarrassé du post-modernisme cynique qui vient trop souvent parasiter le genre qu’il aborde ici. Du cinéma rentre dedans, passionnément sincère, terriblement maîtrisé et follement rock ‘n’ roll, gorgé d’une sublime bande originale très ingénieusement utilisée. A réserver aux spectateurs avertis.

Publié par Dissidenz le 06/09/2007 à 11:57

Planète Interdite

Robby le robotForbidden Planet Ed. Collector

Réalisé en 1956 par Fred McLoed Wilcox, dont il est la seule œuvre notable, Planète interdite est à bien des égards une œuvre phare et l’un des plus importants jalons du cinéma de science fiction. Transposant La tempête de Shakespeare dans un cadre spatial et futuriste, le film emprunte tout autant à la psychanalyse freudienne et pose les bases fondamentales sur lesquelles viendront se construire nombre d’œuvres de science fiction à venir. Première incursion de la MGM dans la science fiction, premier film du genre à être réalisé en couleur et en cinémascope, Planète interdite bénéficia d’avancées technologiques inédites qui permirent la création du monstre et fut également le premier film à proposer une bande originale entièrement synthétique.

Toujours inédit en France, le film proposé dans son édition collector américaine sous titrée en français a bénéficié d’une restauration exceptionnelle qui lui restitue son éclat d’origine et est accompagné de deux autres films dans lesquels figure Robby le robot (Invisible Boy et un épisode de la série télévisée The Thin Man), figure emblématique du film qui fut l’objet d’un exercice promotionnel habile visant à entretenir le mystère sur la présence ou non d’un acteur sous sa carcasse (et dont vous retrouverez une reproduction miniature dans le coffret !). Proposant une foule de suppléments, de scènes coupées en modules documentaires, cette édition réservée aux cinéphiles munis de lecteurs multizones est un superbe écrin pour une œuvre capitale, définition parfaite du cinéma de science fiction classique : naïf et poétique, grandiose et délicieusement désuet.

Olivier Gonord.

Publié par Dissidenz le 03/09/2007 à 14:56

Naissance des pieuvres, de Céline Sciamma (2007)

Naissance des pieuvres
Premier film de Céline Sciamma, élève à la Fémis, Naissance des pieuvres est un coup de maître si l’on considère qu’il s’agit d’un projet de fin d’études d’une part, et si l’on en juge par les résultats prometteurs en salles du film d’autre part, sans parler d’une critique globalement très encourageante, renforcée par un excellent bouche-à-oreille.

L’histoire : Marie, 15 ans, voue une admiration trouble et soudaine pour Floriane, également 15 ans, depuis qu’elle a vu cette dernière se produire dans un spectacle de natation synchronisée inter-école. Marie parvient rapidement à approcher son héroïne, dont la beauté lascive et l’arrogance apparente masquent en réalité une solitude insoupçonnée et un terrible secret. S’ensuit une amitié passionnelle entre les deux adolescentes…

Si le scénario et les personnages pourraient se résumer à la formule : une ado timide + une ado délurée et exubérante = découverte de la sexualité chez deux personnages du même sexe, force est d’admettre que Naissance des pieuvres, en dépit d’un schéma un peu simpliste, est un film agréable à regarder : les deux comédiennes sont touchantes à souhait, l’environnement en natation synchronisée apporte une touche d’exotisme nostalgique (comment ne pas penser à Esther Williams) et induit une sensualité implacable (douches, vestiaires, maillots de bain, piscine…), bien appuyée par l’attitude racoleuse de Floriane. Et cerise sur le gâteau : la bande originale, signée Para One (alias Jean-Baptiste de Laubier, également élève à la Fémis), nous plonge dans une mélancolie électronique et aquatique dont il est difficile de s’extraire.
Bref, Naissance des pieuvres est de ces films qui vous trottent dans la tête après visionnage, avec amusement ou agacement, mais quoi qu’il en soit, la musicalité du film persiste et signe, au rythme des chorégraphies et des égarements de ses principales interprètes, a fortiori seules au monde…

Au final, on en ressort tout de même avec un arrière-goût de package publicitaire trop bien ficelé, que vient confirmer la bande-annonce dont la bande-son est entièrement empruntée à l’excellentissime Vitalic, à moins que le film ne soit, sincèrement et naturellement, tout simplement dans l’air du temps, comme on dit. Soit.

Prenons le film dans ce cas pour ce qu’il est : un film de fin d’études sincère et personnel. Un coup d’essai et un coup de maître sur un plan plus pragmatique qu’artistique.
Car, dans le même genre, on se souviendra plus volontiers de Fucking Amal de Lukas Moodysson, film hyperréaliste et tour à tour drôle et cruel, sur une adolescence paumée dans une banlieue suédoise, la cruauté venant ici de la pression exercée par un environnement social des plus présents, du regard de l’autre en somme, et des réalités implacables de la vie en société.

Autre référence du genre, où l’onirique l’emportera radicalement sur le naturalisme tout en étant inspiré de faits réels : Heavenly Creatures (Créatures célestes) de Peter Jackson, avec Melanie Lynskey et Kate Winslet, révélée au cinéma grâce à ce film.

Le réalisateur du Seigneur des Anneaux illustre ici sa capacité à traduire visuellement et avec virtuosité un univers onirique aussi foisonnant que troublant, fruit de la relation à la fois symbiotique et schizophrénique de deux adolescentes que tout sépare pourtant : la timide et la délurée exubérante, oui. Mais plus précisément : l’adolescente mal dans sa peau étouffée par une autorité familiale (trop) possessive, et l’adolescente délurée richissime livrée à elle-même et à une opulence désincarnée.
Le point commun de ces deux films majeurs, à la forme exceptionnelle, est un constat de fond fondamental : la découverte de l’autre et de soi-même ne saurait faire abstraction de l’environnement dans lequel l’on vit.
En cela, Naissance des pieuvres est un conte plus qu’un récit. Un fantasme plus qu’une réalité. Et la natation synchronisée un enrobage plus qu’une réflexion par rapport à la féminité et à la performance physique (pourquoi Floriane pratique-t-elle ce sport ? Certes, ce n’est pas le propos du film mais la réponse aurait été intéressante pour approfondir la psychologie du personnage -comme le fait Ursula Meier dans Des épaules solides- et dépasser ainsi une certaine complaisance). A voir (et à écouter) pour la forme donc. Pour le fond, voir absolument Fucking Amal et Heavenly Creatures.

Françoise Duru.

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