Publié par Dissidenz le 14/09/2007 à 15:27

Tatouage (Irezumi, 1966) de Yasuzo Masumura

Irezumi

Tatouage n’est pas le film le plus connu de Yasuzo Masumura, mais l’un de ses plus emblématiques. Cinéaste atypique et précurseur, sous contrat avec le studio japonais Daiei, il étudie trois ans au Centro Sperimentale della Cinematografia de Rome. Lorsqu’il rentre au Japon en 1957, ses récits de désirs et de perversions affirmées ouvrent la voie à la Nouvelle Vague d’Oshima et Imamura. Mais il est encore un cinéaste du studio, qui dut parfois se satisfaire d’une économie de tournage dérisoire et apprit à la maîtriser à la perfection.
1966 est son année faste. Il réalise quatre films dont le célèbre Ange Rouge et le sulfureux Tatouage, adapté de deux nouvelles des années 10 de Junichiro Tanizaki, écrivain majeur ayant partagé la route d’Ozu et son goût de l’Occident. Masumura porte un diagnostic sur la société japonaise : écrasés par la pression idéologique de leurs gouvernements modernes, les japonais ont d’eux-mêmes sacrifié leurs désirs. Dans Tatouage, la jeune Otsuya est contrainte par des hommes sans scrupules à servir dans une maison de geisha. Comme sous l’influence de l’araignée qu’on lui a tatoué dans le dos, elle fait bientôt de ses clients les proies d’une vengeance d’autant plus dévastatrice qu’apparemment irrépréssible et sans calcul, systématique et animale. La terrible beauté du film provient d’un technicolor réduit au rouge et au noir des encres du tatoueur. Ou encore à son format, le cinémascope, qui ne vise pour une fois pas les panoramas grandioses, mais à capturer le corps allongé, lascif et vénéneux d’Ayako Wakao, avec qui Masumura a entretenu des rapports orageux, et tourné ses plus grands films.

Rétrospective à la Cinémathèque française du 22 août au 14 octobre.
Disponible en coffret chez Ciné Malta, accompagné de La Bête aveugle.
Egalement disponibles : La Femme de Seisaku et Passion.

Antoine Thirion.

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