Au fur et à mesure que Les Climats seront vus, et revus, le caractère méthodique et draconien de Nuri Bilge Ceylan deviendra légendaire. Le film succède aux déjà très remarqués Kasaba, Nuages de Mai et Uzak, et met en scène le cinéaste et sa femme dans le drame d’une séparation. Ceylan s’y montre le digne héritier d’Antonioni : rien ne remédiera à cette rupture. Chaque sentiment voulant renouer avec ce souvenir amoureux n’en est que plus violent, absurde, irrationnel, presque grotesque. C’est pourquoi il ne manque qu’une saison dans ces Climats, le printemps où les choses peuvent à nouveau éclore. Au lieu de quoi, Isa se montre cruel et blessant envers chaque femme qu’il rencontre, tandis que sa compagne Bahar se fige et disparaît dans la neige blanche d’un hiver turc.
Précis, méticuleux : ces adjectifs ne concernent pas moins le metteur en scène que l’image. Elle fit la renommée du film lorsqu’il fut présenté à Cannes en 2006, où il a obtenu le prix de la critique internationale. Ceylan a exploité au maximum la netteté aberrante des technologies numériques, qui rendent ici visibles le moindre cheveu, le moindre pore de la peau des visages. Cette netteté parle d’elle-même. Aussi l’éditeur, Pyramide Vidéo, n’insiste pas sur celle-ci davantage que par un making-of, pour interroger à l’inverse le mixeur son, Olivier Do Huu, sur la précision du son. On y apprend que presque tout a été fabriqué, ce qui finit par nous convaincre que ces Climats n’ont définitivement rien de naturaliste.
Bastien Hader



