Publié par Dissidenz le 27/11/2007 à 18:13

Bienvenue sur Dissidenz !

Paranoid ParkBienvenue sur Dissidenz, le premier site internet de vente et de contenu bilingue français/anglais dédié au cinéma d’auteur et aux arts en général.

Sur Dissidenz, côté “vente”, vous trouverez, dans la rubrique BOUTIQUE, des films disponibles en DVD et/ou en téléchargement légal (”VOD” ou Vidéo à la Demande) sur PC comme sur MAC mais également, au fil de l’eau, une sélection de CD et de livres. Bon à savoir : 80% des films proposés en vidéo à la demande sur Dissidenz (près d’une centaine à l’ouverture) le sont à titre exclusif : vous ne pouvez trouver ces films nulle part ailleurs !

Et côté “contenu”, vous trouverez des informations sur près de 1500 films disponibles à la vente sur le site (biographie du réalisateur, liste artistique, liste technique, notes de production), mais également notre sélection de vidéos gratuites (interviews, débats, rencontres, reportages filmés). Vous trouverez par ailleurs des articles, chroniques et dossiers dans la partie BLOG DU SITE avec des rubriques régulièrement mises à jour telles que « Le coup de cœur de », rubrique dans laquelle un intervenant issu de la filière artistique s’exprime sur un film qui l’a marqué ou qu’il a simplement apprécié –l’occasion également de faire un « instantané » de l’interlocuteur pour en savoir plus sur son parcours et ses projets en cours et à venir. Dans cette édition par exemple, vous pourrez lire le coup de cœur de Juliane Lorenz, monteuse des films de Fassbinder et présidente de la Fondation qui porte son nom. Pour certains films enfin, vous trouverez des blogs dédiés, c’est-à-dire des sites internet construits sous la forme de journaux ou de carnets de bord, animés par des intervenants directs ou indirects sur les films concernés (réalisateur, acteur, producteur, universitaire, spécialiste etc.).

Retrouvez également dans cette édition un dossier exclusif consacré au Fait Divers, à l’occasion de la sortie des films Paranoid Park de Gus Van Sant et Moi Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère de René Allio.
Et, dès la semaine prochaine, découvrez le coup de cœur de Jacques Bidou, producteur des films de Patrizio Guzman, Rithy Panh ou encore Raoul Peck, et de nouvelles chroniques.
Pour être tenu au courant de tous les nouveaux coups de cœur et dossiers rédactionnels, n’oubliez pas de vous inscrire à la newsletter de Dissidenz !
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Publié par Dissidenz le 27/11/2007 à 17:33

JULIANE LORENZ - Monteuse

Gouttes d’eau sur pierre brûlantes (2000) de François Ozon
Gouttes d’eau sur pierres brulantes“Je suis vraiment une maniaque de cinéma. Mon réalisateur favori est Renoir. Tous les Renoir : je peux difficilement en distinguer un seul. J’ai une grande affection pour le cinéma français, de la Nouvelle Vague, d’avant, et d’aujourd’hui. J’aime énormément François Ozon, et pas seulement parce qu’il adore Fassbinder. Avec Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, il a osé faire quelque chose de nouveau. Du Fassbinder réinventé. Rainer disait toujours qu’on ne peut pas faire un remake, une copie. Il est seulement possible d’inventer quelque chose de personnel. Ozon m’a raconté qu’il avait découvert Fassbinder par une pièce de théâtre qui lui rendait hommage, et qu’il avait ensuite vu des films mais que peu étaient disponibles. Il en a vu la majorité au fil des rééditions, découvrant Fassbinder comme Fassbinder avait découvert Douglas Sirk.”

Propos recueillis le 10 octobre 2007 par Bastien Hader

Lire l’interview

Publié par Dissidenz le 27/11/2007 à 17:32

Juliane Lorenz

Juliane Lorenz

Pourriez-vous nous reparler de votre rencontre avec Fassbinder ?
J’avais dix-neuf ans, j’étais étudiante en Sciences Politiques et pour gagner un peu d’argent, je travaillais comme assistante dans une salle de montage du studio Bavaria à Munich. Quelqu’un m’a conseillée de travailler avec Fassbinder, que j’ai rencontré par hasard. J’ai été son assistante en 1976 sur Roulette chinoise, la monteuse son de La femme du chef de gare, la monteuse de Despair, etc. A l’époque, le nouveau cinéma allemand était déjà bien installé et Fassbinder était célèbre et puissant, il avait déjà fait vingt-sept films. Il m’a engagé, m’a aimé et donné beaucoup de force. Il voyait dans la jeunesse une énergie. Ensemble, on a fait Le Mariage de Maria Braun, La Troisième génération, puis Berlin Alexanderplatz

Dix jours avant le tournage, alors que nous étions en vacances, il m’a annoncé qu’il ne verrait le montage qu’une fois prêt. Qu’il ne prendrait qu’une prise ou deux de chaque scène et que le montage devait être fait le lendemain soir. Tout cela pendant deux cent cinquante quatre jours. A la fin du tournage, le film était entièrement monté. Son scénario était très exact, il l’écrivait depuis deux ans. L’ambiance était très professionnelle et l’équipe se connaissait déjà bien, puisque le seul nouveau dans l’équipe était Xaver Schwarzenberger, le chef opérateur. Quant à moi, je n’avais que 21 ou 22 ans mais j’avais déjà fait sept films auparavant. Fassbinder ne prenait pas beaucoup de prises parce qu’il pouvait se reposer sur les acteurs, à condition que ceux-ci soient eux-mêmes prêts. A l’époque nous n’avions pas de téléphones portables, d’ordinateurs, nous ne pouvions pas être perturbés. Et il n’y eut que très peu d’interviews sur le tournage.

(Lire la suite…)

Publié par Dissidenz le 08/11/2007 à 13:20

Rencontres Internationales de Cinéma à Paris

Rencontres Internationales de Cinéma à Paris


Du 27 novembre au 4 décembre 2007
Cinémas Reflet Médicis et L’Arlequin

Le Forum des images hors les murs organise la 13e édition des Rencontres internationales de cinéma à Paris, du 27 novembre au 4 décembre, au Reflet Médicis et à l’Arlequin. Après trois années passées sous le ciel d’été, le festival reprend ses quartiers d’hiver. Depuis sa création en 1995, le festival est le rendez-vous du cinéma indépendant contemporain. Une occasion pour le public de découvrir des films inédits et de voir le travail de cinéastes talentueux.

Au programme, quatre temps forts :
- Hommage à Todd Haynes
- Coup de cœur à Lech Kowalski
- Coup de projecteur sur le cinéma roumain
- Une compétition internationale de longs métrages.

Les films de la compétition :

* Art of negative thinking (the), Bǻrd BREIEN, Norvège
* Battle For Haditha, Nick BROOMFIELD, Royaume-Uni, Jordanie
* Buddha collapsed out of shame, Hana MAKHMALBAF, Iran, France
* Capitaine Achab, Philippe RAMOS, France, Suède
* Cochochi, Laura Amelia GUZMÁN, Israel CÁRDENAS, Mexique
* Homme qui marche (l’), Aurélia GEORGES, France
* Mère (la), Antoine CATTIN, Pavel KOSTOMAROV, Suisse, France, Russie
* Nos vies privées, Denis CÔTÉ, Canada
* Useless, Jia ZHANG-KE, Chine
* Visite de la fanfare (la), Eran KOLIRIN, Israël, France
* With the girl of black soil, Soo-il JEON, Corée du Sud, France
* Wolfsbergen, Nanouk LEOPOLD, Pays-Bas, Belgique

Plus d’informations ici.

Publié par Dissidenz le 07/11/2007 à 20:19

Coffret Danièle Huillet et Jean-Marie Straub

huilletstraub.jpg
Si les Editions Montparnasse mènent à bien leur programme, l’intégralité du cinéma de Straub & Huillet sera disponible en DVD dans deux ans en quatre coffrets. Saluons pour l’heure la sortie du premier, qui regroupe cinq films allemands : leurs deux premiers films tirés de récits d’Heinrich Boll, Machorka Muff en 62 et Non Réconciliés en 64-65, et trois réalisations en relation avec le compositeur Arnold Schoenberg, Introduction à la « Musique d’accompagnement pour un film » (72), Moïse et Aaron (74) et Du jour au lendemain (96). Il est naturel de commencer par là : par l’Allemagne qui fut la première patrie d’adoption du couple, par le couple qui permet d’emblée le jeu de la dialectique, par l’horreur du nazisme qui à défaut d’être encore bien dans toute les têtes forme depuis l’origine le noyau divisé de leur cinéma, et par la musique à laquelle les Straub auront donné une place capitale, celle de l’invisible retournant la surface des images. On en reparle lors de la sortie d’une « période italienne » prévue prochainement.

Bastien Hader

Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:15

Le Fait-divers au cinéma

Sunset Boulevard

Depuis toujours, le fait-divers exerce sur la population une fascination toute particulière. De la multiplication récente des émission de télé consacrées au affaires criminelles, amorcée suite au succès du Faites entrer l’accusé de France Télévision, aux ventes conséquentes de journaux comme Le petit détective malgré (grâce à ?) des titres racoleurs et des extrapolations abusives, l’intérêt ne décroît pas pour ces instantanés d’horreur ordinaire. De tous temps les auteurs de fictions se sont inspirés d’évènements réels, de manchettes de faits-divers, à partir desquels ils pouvaient, avec plus ou moins de fidélité, approcher le quotidien de leur public, leur parler de leur vie.

Inspiré d’un fait réel.

Si l’on cherche forcément à comprendre ce qui se cache derrière le fait-divers, ce qui en fait la spécificité c’est la sécheresse de son intitulé et l’éventail de possibilités qu’il ouvre. Ce qui intéresse dans le fait-divers au delà de l’instant fatidique, bien plus que l’après, l’enquête, le procès, c’est le dérèglement du quotidien ordinaire (ou le quotidien fondamentalement déréglé) : l’avant qui produit l’acte. A ce titre, le traitement de l’affaire Jean Claude Romand (qui assassinat femme, enfants et parents après avoir vécu durant des années une vie de mensonges), est assez symptomatique de ce que peuvent être les enjeux qui se posent aux auteurs qui s’attaquent à l’adaptation cinématographique d’un fait-divers. Comment reconstruire les circonstances d’un tel drame ? Si la conclusion en est connue, tout le reste est affaire de regard. Et de L’adversaire de Nicole Garcia à L’emploi du temps de Laurent Cantet en passant par les nombreux documentaires qui ont traité le sujet, ce sont des tableaux aussi divers que divergents qui sont peints. L’emploi du tempsL’issue est connue, le personnage reste une énigme, le fait-divers est la partie solide d’une réalité entièrement malléable. Il est ainsi un support idéal de fiction pour les auteurs. Un instant, un acte, trop énorme pour avoir été inventé, sur lequel ils pourront projeter ce qu’ils désirent. De quelques lignes relevées dans un journal, Claude Chabrol aura ainsi pu dans La cérémonie traiter mieux que jamais de l’un de ses sujets de prédilections, la « petite bourgeoisie provinciale», et réaliser un des films les plus pertinents sur la « lutte des classes » ordinaire. René Allio a tout compris quand il adapte pour le cinéma Moi Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère d’après les écrits du meurtrier et les recherches de Michel Foucault. En confiant les rôles des protagonistes principaux du drame à des habitants de la région sans aucune expérience d’acteur, il donne à ses personnages une épaisseur supplémentaire. Et en décidant de confier les rôles de gendarmes et de magistrats à des comédiens professionnels, il affirme d’un geste fort une vérité évidente : le fait-divers est par nature un instant figé, il ne connaît aucune autre temporalité que celle de l’acte criminel, il s’arrête là où commence sa judiciarisation (Lire la chronique de Moi Pierre Rivière…).

« Un jeune scénariste retrouvé mort dans la piscine d’une ancienne star du cinéma muet. »

Mais le traitement du fait-divers par le cinéma de fiction n’est pas que la réappropriation par les auteurs de faits réels, il est aussi une façon à part d’aborder le cinéma policier. Ainsi le Boulevard du crépuscule de Billy Wilder qui à l’origine devait s’ouvrir sur une scène durant laquelle des cadavres racontaient leur mort sur les tables de la morgue, fut modifié après des projections-test pour débuter par le rassemblement, autour du cadavre flottant de William Holden, de journalistes et policier venus constater sa mort. L’aspect fantastique était évacué et le film pouvait épouser la forme plus percutante du fait-divers le plus trivial, forcément donc plus accessible et frappant. Le cinéma a aussi su saisir les enjeux du fait-divers de manière plus transversale, de La vérité de Clouzot à l’Autopsie d’un meurtre de PremingerSunset Boulevard, le prétoire est souvent le lieu où s’écrit rétrospectivement le parcours de l’assassin, de ses motivations aux circonstances du drame que le procès permettra d’éclaircir. Ce qui fait la spécificité du fait-divers comme objet, c’est qu’il est à la fois le point de départ et l’aboutissement du récit. Le film d’Otto Preminger est ainsi une parfaite illustration des problématiques liées au traitement de l’affaire criminelle sous l’angle du fait divers. Un militaire est accusé du meurtre de l’homme qui a violé sa femme. Durant tout le temps du film qui sera celui du procès, Preminger, adaptant ici un roman à succès, démontre l’incapacité de la justice à saisir la vérité sur les causes et les circonstances exactes du meurtre. Un jugement sera prononcé, dont une ironique pirouette finale soulignera l’absurdité. Ne restera au bout du compte que l’élément objectif, point de départ et point final, le fait-divers : un homme en a tué un autre.

On l’a vu, le fait-divers nourrit la création des auteurs car il procède d’un mécanisme forcément fascinant : la reconstruction de l’événement. Et nul doute que le fait-divers sera longtemps encore pour le public l’objet d’un intérêt tout particulier en ce qu’il est la projection extrême de leur quotidien, et l’objet d’infinies spéculations. Le cinéma ne cessera donc pas d’exploiter les mécanismes d’une information spectaculaire dont la forme même influe sur la teneur, et suscitera à n’en pas douter la naissance de nombreux chefs d’œuvre.

A lire également : Le fait-divers chez Gus Van Sant.

Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:15

Fait divers à la une - Gus Van Sant

A l’occasion de la sortie du nouveau film de Gus Van Sant, Paranoid Park, sur les écrans le 17 octobre, retour sur l’importance du fait divers chez le grand cinéaste américain.

Elephant

Dans le New Hampshire, une présentatrice aux dents longues charme un lycéen afin de lui faire commettre à sa place le meurtre d’un mari qu’elle juge être un frein pour sa carrière. Le balayeur d’une université de Boston s’avère un génie des mathématiques, un basketteur du Bronx vise le prix Pulitzer. Une jeune femme en cavale est assassinée dans la douche d’un motel. Deux garçons se perdent dans le désert californien et s’entretuent ; deux autres, armés, ouvrent le feu sur leurs camarades du lycée de Columbine. Un célèbre chanteur à l’allure de bûcheron se suicide dans le cabanon de son jardin en banlieue de Seattle ; un collégien provoque accidentellement la mort d’un gardien de sécurité dont la police trouve ensuite le corps en deux morceaux, tranché par un train sur les rails qui longent le Paranoid Park où se retrouvent les skateurs de Portland.
Extraits de la filmographie de Gus Van Sant, ces résumés morbides ou insolites pourraient tout aussi bien figurer dans une colonne de journal. Le cinéaste américain s’est toujours plus ou moins appuyé sur des faits divers, même si les exemples ci-dessus proviennent de sources très diverses : de scénarios écrits par Henry Buck (Prête à tout), Matt Damon et Ben (Will Hunting) ou Casey Affleck (Gerry), d’un roman (Paranoid Park, de Blake Nelson), d’un film (Psychose d’Hitchcock) ou de la réalité (la tuerie de Columbine dans Elephant, la mort de Kurt Cobain dans Last Days).

Fabrique de l’évènement

C’est que le fait divers en lui-même ne préjuge en rien de l’authenticité d’un événement. Il peut être rectifié, démenti, élucidé ; les journaux peuvent bien relayer un mensonge ou créer une histoire de toutes pièces. Qu’il provienne d’un roman ou d’un journal est secondaire. Le fait divers est d’abord d’une catégorie de l’information, un type de récit bref qui rend des individus quelconques captifs d’un destin insignifiant. Cette petite structure narrative a parfois pu être élevée au rang littéraire (lire les Nouvelles en trois lignes que le journaliste et critique d’art Félix Fénéon a publié au tournant du dix-neuvième et du vingtième siècle).

Le fait divers est chez Van Sant davantage qu’une simple source d’inspiration, c’est une forme To Die Foravec laquelle son cinéma entretient des affinités profondes. Prête à tout, par exemple, liait l’ambition dévorante d’une présentatrice météo (Nicole Kidman) et la progression d’une rumeur qui se propage dans son entourage, puis dans les journaux, menant à sa condamnation : celle d’être à l’origine de la mort d’un mari trop possessif et casanier (Matt Dillon). Au cœur du système hollywoodien, Gus Van Sant s’intéresse comme Fritz Lang aux mécanismes des médias, et se sert du fait divers pour figurer un bruit qui enfle, une rumeur qui prend corps, le pouvoir de l’information qui fabrique d’elle-même l’évènement.

Mort sans causes

Le cas d’Elephant est différent : Gus Van Sant se tient à l’écart des médias, comme les amis de Blake dans Last Days qui fuient la maison avant que les journalistes n’arrivent pour propager la nouvelle de la mort du chanteur inspiré de Kurt Cobain. Le fait divers de Columbine, Van Sant le raconte depuis l’intérieur. Mais en ralentissant les circulations des lycéens, en montrant combien ils restent sourds aux multiples signaux, notamment sonores, qui nous avertissent du massacre, il inscrit dès le départ le dénouement du drame, comme dans un journal : en deux ou trois phrases, un quidam court vers sa mort. Mais cette fatalité n’a pas de signification précise, elle épuise d’emblée la recherche du sens. Van Sant ne cherche jamais à expliquer les causes du drame, mais plutôt à les suspendre afin d’en montrer l’absurdité. S’il montre les tueurs jouer aux jeux vidéos avant d’exécuter leur plan, ce n’est pas pour dire qu’ils ont subi une influence néfaste, mais pour mettre sur le même plan les couloirs du jeu et ceux du lycée, comme des espaces irréels où circulent les mêmes affects. Van Sant ne fuit pas les médias en eux-mêmes, mais la causalité que ceux-ci veulent à tout prix trouver afin d’expliquer un événement.

Paranoid ParkBien que tiré d’un roman, Paranoid Park poursuit dans cette voie. Un adolescent commet malgré lui un crime. Au lycée, il est entendu par des inspecteurs, mais c’est le même masque d’incompréhension qu’il arbore partout ; peut-être n’a-t-il d’ailleurs pas encore réalisé sa responsabilité dans l’affaire. Y-a-t-il encore une faute quand la mort est absurde et involontaire ? Le problème de Gus Van Sant n’est de toute façon pas là, il consiste plutôt à ouvrir la bulle où flotte la jeunesse américains vers le monde extérieur. La mort déclenche moins la culpabilité que cette ouverture vers le dehors, vers toutes sortes de dehors : la mort du policier aussi bien que la guerre en Irak. Manière d’excéder le simple fait divers, d’excéder aussi le cinéma des années 90 qui faisait souvent de la télévision une machine vicieuse qui propulse vers la gloire tout en piégeant celui qui y met les pieds. A l’écart de la télévision, le monde crée par Gus Van Sant est d’autant plus inquiétant qu’il n’a désormais plus de limites.

Antoine Thirion

Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:14

« Moi Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… » (1976) de René Allio

Moi, Pierre Rivière

Le 03 juin 1835, Pierre Rivière, un jeune paysan normand, assassine à coups de serpe sa mère, sa sœur et son frère. Après plusieurs semaines d’errance il se laisse arrêter sans résistance et, durant le temps qui le sépare de son procès, il rédige un imposant mémoire dans lequel il raconte sa vie et celle de ses proches et détaille les circonstances qui l’ont conduit à commettre l’acte qu’il qualifie lui-même d’odieux. Considéré d’abord comme un simple d’esprit par ses proches et les représentants de l’Etat qui l’examinent, Pierre Rivière brouille les repères par la clarté de son propos et la cohérence de pensée exprimée dans ce document troublant.

L’affaire Pierre Rivière aura fait grand bruit. Durant le procès, les thèses les plus contradictoires se seront affrontées, montrant les limites d’une psychiatrie balbutiante et d’une justice incapable de savoir comme appréhender un tel individu. Sain d’esprit ou malade mental irresponsable de ses actes, Pierre Rivière aura posé les limites des rapports justice-psychiatrie et suscité une littérature pléthorique. C’est en travaillant sur des documents de psychiatrie et de médecine légale, « ce quotidien de la criminalité grande ou petite », que Michel Foucault découvrit les écrits de Pierre Rivière. A partir de ce cas exceptionnel à plus d’un titre, Foucault publia un ouvrage collectif « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… » qui allait servir de base à la rédaction du scénario du film de René Allio. Co-écrit avec Pascal Bonitzer et Serge Toubiana, le film a retrace le parcours de Pierre Rivière , du début de son récit à son incarcération en mêlant témoignages de ses proches dans une forme touchant presque au reportage, et interprétation des scènes clés du mémoire. Incarnés par des comédiens non professionnels qui furent recrutés sur les lieux du tournage par l’équipe de René Allio (les débutants Nicolas Philibert et Gérard Mordillat), les protagonistes du drame, et en premier lieu Pierre Rivière, se voient ainsi rendre une certaine part de vérité. Pas de tics de jeu, pas de technique d’acteur, les interprètes non professionnels apportent leur présence et leur diction, certes moins esthétiques que celle de comédiens professionnels mais probablement bien plus naturelle et plus apte à nous replonger au cœur de ce dix-neuvième siècle rural. Le film ne s’encombre pas pour autant d’une volonté trop pesante de reconstitution, si celle-ci est soignée, elle n’est pas pour autant l’objet du film. C’est autant le parcours mental de Pierre Rivière, le cheminement intime qui l’a conduit à prendre la résolution de commettre l’irréparable, qui est au cœur du récit que la façon dont la justice ne saura pas comment traiter le cas de cet assassin hors norme. Derrière le fait-divers atroce se cache un individu complexe et une réalité dépassant de loin l’intitulé aussi frappant que réducteur résumant l’acte.

Tissant sous nos yeux la toile d’un drame extraordinaire perpétué par un individu hors du commun, René Allio dresse un constat accablant sur les rapport entre justice et psychiatrie, constat plus que jamais d’actualité alors que se repose aujourd’hui le problème du sort à réserver aux criminels dont la justice et la médecine ne savent que faire.

Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:14

Soldier of Orange (1977) de Paul Verhoeven

Soldier Of Orange

Six amis, étudiants issus de milieux aisés, traversent la seconde guerre mondiale dans la Hollande occupée. Séparés par leurs choix face à la guerre contre l’Allemagne, ils se retrouveront au gré de leurs parcours chaotiques.

Paul Verhoeven le dit lui même, ses films américains l’ont catalogué en tant que réalisateur de films de science fiction à effets spéciaux, et si Robocop, Total Recall, Starship Troopers et Hollow Man peuvent en effet rentrer dans cette catégorie, cette appellation semblera réductrice a quiconque les aura regardés avec un tant soit peu de recul. Souvent caricaturée par la presse, son œuvre, et plus particulièrement ses premiers films aux Pays-Bas, nous inciterait pourtant davantage à en vanter la subtilité et l’intelligence que le goût pour une violence prétendument excessive et gratuite.

En choisissant de ne s’attacher qu’au sort de ses protagonistes principaux, le film dépeint une guerre perçue entièrement à hauteur d’homme et contribue par ce parti pris à nous en restituer toute la dimension intime. Mêlant avec beaucoup d’habileté la grande histoire à celle de ses personnages, Paul Verhoeven multiplie les ruptures de ton en combinant des éléments de comédie, de drame, de romance, des péripéties de film d’espionnage, dans le cadre catalyseur du film de guerre, dans une forme de cinéma total, trans-genres. Et si le film s’attache essentiellement aux parcours singuliers d’une poignée d’individus, il n’en oublie pas pour autant de développer une réelle dimension épique et de restituer toute l’ampleur d’un conflit ayant embrasé l’Europe entière. Soldier Of OrangeLes protagonistes représentent un large éventail des positions adoptées par les contemporains de la guerre, et, de la collaboration sans réserve à la résistance la plus engagée, nul n’est épargné ou glorifié dans une salutaire absence totale de manichéisme. Par sa mise en scène aussi ambitieuse qu’entièrement dédiée à la sublimation des enjeux d’un scénario brillant, Paul Verhoeven signait avec Soldier Of Orange l’œuvre la plus aboutie de sa première partie de carrière et un modèle de film de guerre. Car Verhoeven a bien compris que filmer la guerre ce n’est pas filmer des cartes ou des mouvements de troupes, c’est saisir son impact sur les individus, ici lâches ou héros ordinaires, plus souvent poussés par les circonstances que par de réelles positions morales. Une œuvre capitale, portée par un Rutger Hauer alors au sommet de sa beauté animale.

Paul Verhoeven signera en 2006 son retour cinématographique aux Pays Bas avec le magnifique Black Book qui a lui aussi pour cadre la Hollande occupée (sortie en DVD le 14 novembre 2007).

Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:14

Ne touchez pas la hache (2007) de Jacques Rivette

Ne touchez pas la hache

Pour adapter La Duchesse de Langeais, Jacques Rivette et ses scénaristes Pascal Bonitzer et Christine Laurent ont été chercher l’un des titres initiaux du roman de Balzac : « Ne touchez pas la hache ». Ces mots, qu’auraient prononcé le gardien de Westminster pour mettre en garde un visiteur curieux de l’arme qui avait servi à décapiter Charles 1er, servaient chez Balzac à dresser un constat politique. A l’époque de la Restauration, l’aristocratie ayant fui les quartiers populaires tout en confisquant le pouvoir se met le peuple à dos plutôt que de le gouverner justement ; il suffisait alors « d’un coup de hache pour trancher le fil de sa vie agonisante. »

Il reste quelque chose de ce constat dans le film de Rivette : le choix d’une actrice de tête et d’un acteur de corps, Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu. L’une est aussi vaporeuse et éthérée que l’autre est brutal et sanguin. Tous deux sont étonnants dans les rôles d’une aristocrate fatale et d’un général bonapartiste qui, comprenant le jeu pervers auquel elle l’invite, cherche à reprendre le dessus, jusqu’à ce que la mort finisse par séparer un couple qui n’a jamais vraiment existé. C’est en réalité le roman qui a été choisi en fonction des comédiens.
En bonus, Depardieu s’étonne de ne pas avoir été soumis à la méthode habituelle de Rivette, l’improvisation, mais d’avoir dû respecter un scénario très écrit. C’est que la fidélité au texte de Balzac n’a pas été moins grande que le respect de l’identité des comédiens. On a rarement vu en France une incarnation si parfaite de la littérature et de l’histoire.

Bastien Hader

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