Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:14

« Moi Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… » (1976) de René Allio

Moi, Pierre Rivière

Le 03 juin 1835, Pierre Rivière, un jeune paysan normand, assassine à coups de serpe sa mère, sa sœur et son frère. Après plusieurs semaines d’errance il se laisse arrêter sans résistance et, durant le temps qui le sépare de son procès, il rédige un imposant mémoire dans lequel il raconte sa vie et celle de ses proches et détaille les circonstances qui l’ont conduit à commettre l’acte qu’il qualifie lui-même d’odieux. Considéré d’abord comme un simple d’esprit par ses proches et les représentants de l’Etat qui l’examinent, Pierre Rivière brouille les repères par la clarté de son propos et la cohérence de pensée exprimée dans ce document troublant.

L’affaire Pierre Rivière aura fait grand bruit. Durant le procès, les thèses les plus contradictoires se seront affrontées, montrant les limites d’une psychiatrie balbutiante et d’une justice incapable de savoir comme appréhender un tel individu. Sain d’esprit ou malade mental irresponsable de ses actes, Pierre Rivière aura posé les limites des rapports justice-psychiatrie et suscité une littérature pléthorique. C’est en travaillant sur des documents de psychiatrie et de médecine légale, « ce quotidien de la criminalité grande ou petite », que Michel Foucault découvrit les écrits de Pierre Rivière. A partir de ce cas exceptionnel à plus d’un titre, Foucault publia un ouvrage collectif « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… » qui allait servir de base à la rédaction du scénario du film de René Allio. Co-écrit avec Pascal Bonitzer et Serge Toubiana, le film a retrace le parcours de Pierre Rivière , du début de son récit à son incarcération en mêlant témoignages de ses proches dans une forme touchant presque au reportage, et interprétation des scènes clés du mémoire. Incarnés par des comédiens non professionnels qui furent recrutés sur les lieux du tournage par l’équipe de René Allio (les débutants Nicolas Philibert et Gérard Mordillat), les protagonistes du drame, et en premier lieu Pierre Rivière, se voient ainsi rendre une certaine part de vérité. Pas de tics de jeu, pas de technique d’acteur, les interprètes non professionnels apportent leur présence et leur diction, certes moins esthétiques que celle de comédiens professionnels mais probablement bien plus naturelle et plus apte à nous replonger au cœur de ce dix-neuvième siècle rural. Le film ne s’encombre pas pour autant d’une volonté trop pesante de reconstitution, si celle-ci est soignée, elle n’est pas pour autant l’objet du film. C’est autant le parcours mental de Pierre Rivière, le cheminement intime qui l’a conduit à prendre la résolution de commettre l’irréparable, qui est au cœur du récit que la façon dont la justice ne saura pas comment traiter le cas de cet assassin hors norme. Derrière le fait-divers atroce se cache un individu complexe et une réalité dépassant de loin l’intitulé aussi frappant que réducteur résumant l’acte.

Tissant sous nos yeux la toile d’un drame extraordinaire perpétué par un individu hors du commun, René Allio dresse un constat accablant sur les rapport entre justice et psychiatrie, constat plus que jamais d’actualité alors que se repose aujourd’hui le problème du sort à réserver aux criminels dont la justice et la médecine ne savent que faire.

Aucun Commentaire »

Pas de commentaires.

S'abonner au flux RSS .

Laisser un commentaire