Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:13

ALAIN CAVALIER - Réalisateur / Filmeur

L’homme invisible
L’homme Invisible (1933) de James Whale
Le film important de ma vie c’est le premier que j’ai vu, ce film c’est L’homme invisible de James Whale que j’ai vu quand j’avais 7 ou 8 ans et qui m’a énormément frappé parce qu’il a rejoint des rêves que j’avais, qui revenaient régulièrement, où j’étais invisible. Je voyais sans être vu et j’en tirais un plaisir assez énorme. Et tout d’un coup, j’ai vu, j’ai pensé que ça pouvait aussi se passer réellement ! Et des dizaines d’années après j’ai fait un film autobiographique qui s’appelle Ce répondeur ne prend pas de message et je suis rentré dans le champ, je me suis dit, c’est impossible qu’on me voit, et sans penser à L’homme invisible, je suis allé chez le pharmacien, j’ai acheté une bande Velpeau et je m’en suis entouré la tête. Alors je ne suis pas devenu invisible, on voyait mes bras, mon corps, on entendait ma voix, c’était déjà très compromis, mais on ne voyait pas les traits de mon visage. J’étais content. Après c’est développé chez moi un sentiment très fort, je pense que si j’étais invisible je pourrais faire des films absolument somptueux, me glisser, et je pense que ce qu’on présente au cinéma, dans les salles, par rapport à ce que j’aurais pu filmer si j’étais invisible, est totalement misérable. C’est à dire que c’est un milliardième de l’activité humaine. Se glisser dans des milieux, des personnes, je l’ai fait après mais en en connaissant les limites, je parle à quelqu’un qui me parle à moi, je ne surprends pas quelque chose. Et puis j’ai toujours eu envie d’être invisible, j’aurais rêvé de ne pas signer mes films, de vivre très anonymement, dans un coin, non pas que je sois quelqu’un de célèbre mais je suis marqué par ma profession, je suis marqué par les films que j’ai fait. Ce film recouvre énormément de choses de ma vie et de mon travail cinématographique. C’est une matrice pour moi, c’est un creuset. Et je ne l’ai jamais revu… Je n’ai pas voulu le revoir. Parce qu’un jour je suis allé voir la maison de mon grand-père qui a enchanté mon enfance et elle était habitée par quelqu’un d’autre, elle avait été transformée, et cela recouvert mon souvenir ancien. Je veux rêver L’homme invisible jusqu’à la fin de ma vie.

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