Publié par Dissidenz le 06/11/2007 à 15:14

Soldier of Orange (1977) de Paul Verhoeven

Soldier Of Orange

Six amis, étudiants issus de milieux aisés, traversent la seconde guerre mondiale dans la Hollande occupée. Séparés par leurs choix face à la guerre contre l’Allemagne, ils se retrouveront au gré de leurs parcours chaotiques.

Paul Verhoeven le dit lui même, ses films américains l’ont catalogué en tant que réalisateur de films de science fiction à effets spéciaux, et si Robocop, Total Recall, Starship Troopers et Hollow Man peuvent en effet rentrer dans cette catégorie, cette appellation semblera réductrice a quiconque les aura regardés avec un tant soit peu de recul. Souvent caricaturée par la presse, son œuvre, et plus particulièrement ses premiers films aux Pays-Bas, nous inciterait pourtant davantage à en vanter la subtilité et l’intelligence que le goût pour une violence prétendument excessive et gratuite.

En choisissant de ne s’attacher qu’au sort de ses protagonistes principaux, le film dépeint une guerre perçue entièrement à hauteur d’homme et contribue par ce parti pris à nous en restituer toute la dimension intime. Mêlant avec beaucoup d’habileté la grande histoire à celle de ses personnages, Paul Verhoeven multiplie les ruptures de ton en combinant des éléments de comédie, de drame, de romance, des péripéties de film d’espionnage, dans le cadre catalyseur du film de guerre, dans une forme de cinéma total, trans-genres. Et si le film s’attache essentiellement aux parcours singuliers d’une poignée d’individus, il n’en oublie pas pour autant de développer une réelle dimension épique et de restituer toute l’ampleur d’un conflit ayant embrasé l’Europe entière. Soldier Of OrangeLes protagonistes représentent un large éventail des positions adoptées par les contemporains de la guerre, et, de la collaboration sans réserve à la résistance la plus engagée, nul n’est épargné ou glorifié dans une salutaire absence totale de manichéisme. Par sa mise en scène aussi ambitieuse qu’entièrement dédiée à la sublimation des enjeux d’un scénario brillant, Paul Verhoeven signait avec Soldier Of Orange l’œuvre la plus aboutie de sa première partie de carrière et un modèle de film de guerre. Car Verhoeven a bien compris que filmer la guerre ce n’est pas filmer des cartes ou des mouvements de troupes, c’est saisir son impact sur les individus, ici lâches ou héros ordinaires, plus souvent poussés par les circonstances que par de réelles positions morales. Une œuvre capitale, portée par un Rutger Hauer alors au sommet de sa beauté animale.

Paul Verhoeven signera en 2006 son retour cinématographique aux Pays Bas avec le magnifique Black Book qui a lui aussi pour cadre la Hollande occupée (sortie en DVD le 14 novembre 2007).

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