Publié par Dissidenz le 12/12/2007 à 18:45

Volem rien foutre al pais (2006) de Pierre Carles

Volem rien foutre

Dans Volem rien foutre al pais, deuxième volet de ses films consacrés au travail, Pierre Carles fait du Pierre Carles, accompagné comme pour Attention danger travail ! de Christophe Coello et Stéphane Goxe. Pendant près de deux heures, on court d’expériences en expériences, depuis la construction pour quelques euros d’une maison de paille entièrement recyclable à celle d’un moteur bricolé à l’eau de pluie, en passant par Barcelone où les militants de Dinero Gratis revendiquent l’argent gratuit. Chaque fin de séquence tient le spectateur en haleine, dans l’attente de savoir de quoi la prochaine sera faite.

Les réalisateurs ont su dénicher des projets collectifs de personnes refusant d’être salariées. Il ne s’agit pas de filmer des farfelus – même s’il y en a quelques-uns -, mais bien de faire suite aux débats qui avaient accompagné la parution de Attention danger travail ! Sorti en 2003, ce documentaire présentait des « déserteurs du marché du travail ». Des voix s’étaient élevées pour dire que cela n’apportait aucune réponse sociale au problème posé par ces « chômeurs heureux » (ainsi qu’ils se définissent). De quoi détonner, en effet, à l’heure où l’on parle de « travailler plus pour gagner plus ». Dans Volem, les cinéastes partent à la rencontre de ceux qui ont « un sursaut d’imagination pour résister » en choisissant « une autre voie, celle de l’autonomie, de l’activité choisie et des pratiques solidaires… ». Plutôt que de se laisser vivre du RMI, ils ont décidé de prendre leur distance avec la société de consommation. On peut voir un groupe de copains qui a tout fait pour ne plus dépendre des centrales nucléaires d’EDF en installant des éoliennes et des panneaux solaires, mais aussi en consommant moins.

Le documentaire a le mérite de susciter des réflexions en laissant aux personnes interrogées le temps de s’exprimer dans de longues séquences. Comment ne pas garder en mémoire le monologue hallucinant d’un paysan qui roule au moteur à eau, cassant la croûte sur une botte de paille, et qui explique sans vergogne que « le marché capitaliste n’a que 2850 ans » ! Les trois réalisateurs n’ont pas choisi de laisser l’humour de côté.
Volem pourrait donner l’impression d’un patchwork dont il n’y aurait rien de précis à tirer. Au contraire. Il ne s’agit pas d’un cinéma idéologique, mais d’un cinéma d’idées par la mise en avant d’expériences originales. En faisant le choix de ne pas déplier une seule thèse tout au long du documentaire, Volem laisse au téléspectateur la liberté de penser par lui-même. Comme pour les précédents films, la sortie de Volem s’est accompagnée de nombreux débats grâce notamment aux salles de cinéma d’art et d’essais. Et c’est bien ce que les réalisateurs, par le montage, cherchent à provoquer. Ils travaillent aujourd’hui à la sortie d’un troisième volet qui rendra compte de ces multiples controverses à travers la France.

Gildas Grimault

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