Publié par Dissidenz le 27/12/2007 à 13:29

Entretien avec Fernando Solanas - Réalisateur

La dignité du peuple

Comment êtes vous venu au cinéma ?
J’ai commencé d’abord dans la musique, et j’étais fasciné par le cinéma, j’y voyais la grande œuvre d’art du siècle qui rassemble tous les langages artistiques, l’art dramatique, la musique, la littérature, au service d’un grand art plastique puisque le cinéma est un art visuel. Avec toujours une grande inclination pour la peinture, j’ai étudié le théâtre puisqu’il n’y avait pas d’école de cinéma et j’en suis venu naturellement à faire de petits court-métrages.

Votre parcours dans la musique a-t-il influencé votre façon d’aborder le cinéma ?
Tout à fait, je dois beaucoup à mes études musicales, cela m’a donné la possibilité de systématiser une conception structurelle du cinéma. La composition musicale m’a servi beaucoup, en plus je sens le cinéma dans des rythmes musicaux, j’incorpore la musique dès que je commence à travailler parfois avant même le tournage je sais déjà quels sont les thèmes différents dont j’aurai besoin durant le film, c’est un vrai support en terme de rythme.

Vos projets ?
Je viens de finir Argentina Latente qui fait suite à Mémoire d’un saccage et La dignité du peuple et j’ai presque fini le tournage du quatrième film que j’arriverai, si j’ai de la chance, à finir pour août ou septembre : Les hommes qui sont seuls et attendent. Ce sont des essais, des témoignages mais avec l’utilisation d’éléments de fiction, ce quatrième film sera entièrement de la fiction. J’ai aussi en projet un cinquième film sur des ressources du pays dont les citoyens même ignorent l’existence. Au fur et a mesure que j’ai commencé à voyager et à tourner, un sujet m’amenait à un autre sujet, un autre thème, à découvrir des choses extraordinaires. Les cinq films sont la synthèse de tout ça, il y a des choses dans Argentina Latente que j’ai tourné en 2002 ou 2003, dans La dignité du peuple aussi. Ce sont des choses que j’avais tournées et gardées pour ces films là. Dans les films de cinéma documentaire on ne répète pas les choses. Vous partez à la recherche de fraises, mais si vous trouvez de belles bananes vous en faites la récolte !

Comment vos films ont ils été accueillis en Argentine ?
Très bien par tous ceux qui sont d’accord avec ce regard, détestés par la presse de droite, passés sous silence, méprisés. Je suis en Argentine un personnage public et je pense être plutôt apprécié par une majorité de la population mais il y a une minorité de gens qui me détestent parce que je continue à dénoncer des choses. Ce sont des films qui ont été déclarés d’intérêt éducatif par le gouvernement ce qui veut dire que les enseignants peuvent emmener leurs étudiants voir mes films durant les horaires de classe, Mémoire d’un saccage a été vu par plus de 50.000 étudiants du secondaire.

Quel est l’état de la production cinématographique en Argentine ?
Il y a une moyenne de 60 films par an et entre 20 et 30% sont des premier ou second films des réalisateurs. Il y a 7.000 étudiants en cinéma, toutes les universités ont des cours de cinéma, il y a aussi des écoles de cinéma privées et publiques.

A propos de Fernando Solanas
Fernando Ezequiel Solanas est né le 16 février 1936 à Olivos, dans la province de Buenos Aires. Il fait des études de piano, de composition musicale et de lettres avant d’entrer à l’École nationale d’art dramatique de Buenos Aires, où il suit des cours d’interprétation et de mise en scène. Il débute au cinéma comme assistant-réalisateur et tourne en parallèle des courts métrages comme Seguir andando en 1962. En 1966, il co-fonde le groupe indépendant de production et de diffusion de films « Cine Liberación » qui se consacre à la lutte contre la désinformation. En son sein, il entreprend la réalisation de son premier long métrage documentaire L’heure des brasiers tourné clandestinement en 16 mm, sans son synchrone, qui voit le jour au terme de plus de deux années de travail. Le film est salué lors de sa sortie non seulement pour sa liberté formelle, mais aussi pour son impact social et politique. Solanas va ainsi donner naissance à un cinéma engagé et profondément original, nourri à la fois par l’imaginaire historique et contemporain de l’Argentine, mais aussi par ses espoirs et ses déceptions personnelles. Avec l’idée que le film devait continuer à être tourné les années suivantes, en y ajoutant de nouveaux chapitres, il n’aura de cesse par la suite de critiquer le pouvoir et d’inciter à la résistance, comme dans Les Fils de Fierro, poème épique réalisé en 1972. Il doit s’exiler en 1976 après le coup d’État militaire mais, de Paris, continue son travail et réalise Tangos, l’exil de Gardel qui lui vaut le Grand prix spécial du jury au Festival de Venise en 1985. Puis il réalise Le Sud pour lequel il reçoit le Prix de la mise en scène à Cannes en 1988, Le Voyage en 1992 et Le Nuage en 1998, hommages à son pays, avant de revenir à une critique plus radicale des arcanes du pouvoir dans son dernier travail, Mémoire d’un saccage fresque politique d’une implacable clarté sur la crise argentine, faisant suite aux chapitres initiés avec L’heure des brasiers. Lors de la présentation de “Mémoire d’un saccage” au Festival de Berlin 2004, Fernando Solanas a reçu un Ours d’or d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre.

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