Publié par Dissidenz le 13/12/2007 à 8:00

2 films de Pierre Carles enfin en DVD !

VolemEnfin disponibles en DVD : La sociologie est un sport de combat et Volem rien foutre al païs (lire notre chronique) de Pierre Carles, journaliste et documentariste sans concession qui s’est fait de nombreux ennemis en dénonçant les connivences entre la politique et les médias (Pas vu pas pris, Enfin pris, également disponibles en DVD). En s’auto-produisant, Pierre Carles parvient néanmoins à conserver une totale liberté de création et à continuer de nous présenter, dans les salles art et essai et les réseaux de diffusion alternatifs, sa vision à la fois dramatique et drôlatique d’une société sclérosée jour après jour par les modèles dominants.
A découvrir absolument, pour ceux qui ne connaîtraient pas ces films, et à diffuser largement, pour les autres, afin que circule et se fasse entendre une parole libre et impertinente combattant les médias avec leurs propres armes.
Et la semaine prochaine, ne manquez pas notre dossier sur l’ascension sociale, ses figures au cinéma et sa traduction dans le temps et les sociétés.

Publié par Dissidenz le 12/12/2007 à 18:49

ALAIN GUIRAUDIE - Réalisateur

Apocalypto (2006) de Mel Gibson

Apocalypto “Je le trouve fabuleux ce film. Pour le coup c’est quand même un grand film sur le droit des peuples à disposer d’eux même. Quand je vois Kouchner, Bernard-Henri Lévy, le droit d’ingérence qui revient, je trouve que c’est intéressant de réaffirmer ça. Dans Apocalypto il y a beaucoup ça. Un coté « ok, c’était pas cool leur société aux mayas » mais ce plan final avec les conquistadors, je me suis dit « ah ouais, d’accord c’était chiant avant mais là ça va être pire ». Il renoue avec Cecil B. DeMille, c’est un film où on est tenu de A à Z, j’ai trouvé que c’était un film extrêmement éprouvant et je n’avais pas vu ça au cinéma depuis super longtemps. Il y a un truc super balèze que je n’aurais jamais osé faire, mais ça c’est les américains, ils ne se posent pas de problèmes, il y a une grande liberté finalement là dedans, il refait le coup de l’éclipse de soleil, il se permet tout, je me serais dit « ça a déjà été fait, et puis on va encore prendre ces pauvres mayas pour des abrutis, et puis ça tombe quand même vachement bien cette éclipse de soleil, le scénariste s’emmerde pas ». Je trouve ça vraiment jubilatoire. On fait du cinéma, on est le roi du pétrole quand on fait un film et je me demande pourquoi je ne m’accorde pas plus ce droit. Tout est permis, autant y aller à fond. Je suis vachement admiratif devant ça.”

Lire l’interview

Publié par Dissidenz le 12/12/2007 à 18:48

Entretien avec Alain Guiraudie

Du Soleil pour les Gueux

Comment avez vous débuté votre carrière ?
C’est quelque chose qui me taraudait pas mal. Après le BAC je songeais à présenter le concours de l’IDHEC, puis, sentant que je n’avais pas le niveau, déjà en culture générale et plus encore en culture cinéphilique, tout ça me paraissait très loin, socialement et géographiquement. Ca a traîné, j’avais envie de raconter des histoires alors j’ai fait ce qui était le plus à ma portée immédiate, j’ai écrit des romans, non publiés, très mauvais d’ailleurs. J’avais toujours des envies de cinéma alors je me suis dit que j’allais écrire quelque chose, sans me mettre la pression, c’était pas du théâtre, pas de la nouvelle, c’était pas non plus vraiment un scénario, et j’ai quand même envoyé ça à un producteur de cinéma qui s’était installé à Toulouse, qui s’appelle Guy Cavagnac, qui a trouvé ça bien. Il ne l’a pas produit mais il m’a encouragé du coup à trouver du pognon pour le faire, j’ai cherché de l’argent et j’ai eu le groupe de recherche et d’essai cinématographique qui m’a filé 35.000 balles à l’époque. J’ai tout appris avec ça, je me suis mis à chercher une équipe et j’ai tourné pendant mes congés d’été, j’étais veilleur de nuit à l’époque. Ca a pas du tout marché mais ça m’a donné envie d’en faire un second. Après j’en ai fait un second, mais j’en ai abandonné, il y a toujours un projet abandonné pour un projet réussi, c’est quand même assez compliqué, et puis j’ai fait un troisième court-métrage, puis je suis passé au moyen.
Mon premier n’a été pris dans aucun festival, le second non plus mais j’étais assez tenace et puis j’aimais ça. Mais je faisais ça pendant mes congés, c’était pas mon travail, je n’étais même pas intermittent, j’ai travaillé dans tout autre chose. Le troisième court métrage a été pris à Pantin et c’est tout… Et c’est après que ça a commencé à marcher. J’avais quand même un long métrage écrit depuis 1990, juste après mon premier court, je l’avais écrit à partir d’un roman que j’avais écrit 10 ans plus tôt, et je faisais un peu des courts métrages par défaut parce que je n’arrivais pas à trouver les moyens de faire plus long. Et puis un beau jour, je commençais à bien gagner m a vie, j’étais à la régie sur des téléfilms, j’avais du pognon, je me suis dit que se serait pas mal d’écrire un truc qui, dans une économie de court-métrage, me permettrait d’étirer le propos. Je ne pensais pas faire un film de 55 minutes à l’époque, je me disais que j’allais faire un film de 30-35 minutes, quelque chose qui dépasserait le quart d’heure et sur lequel je pourrais prendre mon temps, dans une économie minimale. Et j’ai donc écrit Du soleil pour les gueux. Là je dois une fière chandelle à Thomas Ordonneau qui a décidé de le distribuer avant même que le film ne passe dans les festivals ou autre. Le film a été pris à Pantin et à Belfort. J’avais déjà mis en place la logistique et l’intendance pour Du soleil pour les gueux et j’ai eu le CNC, donc un gros financement, pour faire Ce vieux rêve qui bouge. Pour ne pas abandonner Du soleil pour les gueux j’ai repoussé Ce vieux rêve à l’année d’après, et là il y a eu une bonne conjonction pour moi puisque Du soleil est sorti en mars 2001 et tout de suite après Ce vieux rêve était à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Donc un petit buzz s’est créé et à la fin de l’année et on a eu les moyens de mettre en place un premier long métrage.

Qu’est ce qui vous a donné envie de faire du cinéma, quelles sont vos références ?

Ca part des westerns, Ford, Hathaway, Walsh, les grands espaces évidemment, mais aussi Costa Gavras, ça a été quelqu’un d’important quand j’étais ado, Bunuel pour sa part surréaliste et son traitement des choses sociales, Costa Gavras pour ses dénonciations des saloperies qui se faisaient dans le monde. Rohmer aussi, mais j’avais 25 ans, Bresson même chose. Et puis j’aime bien dire aussi que les références ne sont pas que cinématographiques, je me suis aussi beaucoup nourri à la bande dessinée à Brecht, Shakespeare, Molière, la tragédie grecque dont je ne peux pas nier l’influence. J’aime aussi citer Glauber Rocha, la première fois que je l’ai vu Le diable blond et le Dieu noir ça m’avait bien scotché. Moretti, La messe est finie ça a été quand même pour moi un sacré truc, les premiers films de Almodovar que j’ai vu pareil, et encore comme beaucoup de français je l’ai découvert avec Femmes au bord de la crise de nerf puis j’ai remonté le fil grâce à des rétrospectives. Kaurismaki, La fille aux allumettes. En ce qui concerne le cinéma français… Même Jean Renoir c’est venu un peu plus tard, je crois que quand je voyais adolescent La grande illusion ça me passait au dessus de la tête alors que c’est quand même un film super abordable, je ne parle même pas de La règle du jeu. Pialat j’ai découvert ça avec Police mais la portée de Pialat je ne m’en suis rendu compte qu’avec Van Gogh. En fait j’ai beaucoup plus été bercé par le cinéma grand public, mais j’étais déjà dans le ciné-club du lycée Foch à Rodez, c’était géré pas les étudiants, on regardait du Bunuel.

Les bergers, les chasseurs, comment s’est forgée l’univers mythologique de vos films ? Reconnaissez vous cette appellation ?
Oui, il y a cette tentative là. Il y a déjà mon envie de rester fidèle aux rêves d’enfant tout en parlant de ses angoisses d’adulte et de ses préoccupations. Oui il y aurait une mythologie qui se situerait entre Tintin et Œdipe, et les contes de Grimm et Perrault. Je les ai redécouvert vers 25 ans et je les relit régulièrement depuis. J’ai eu la tentation à un moment du naturalisme, l’envie de parler de ma propre vie et de la façon dont elle s’inscrivait dans le monde d’aujourd’hui mais il s’agit aussi de tendre à quelque chose d’universel. J’ai quand même envie fondamentalement de parler de moi et de moi dans le monde, mais ma petite vie à moi est somme toute très banale, elle ne présente même, je pense, aucun intérêt. Je me suis aussi beaucoup construit contre des choses que je voyais. J’ai commencé dans les années 90 et je m’acharnais à combattre une « sale tendance du cinéma français ». Ma note d’intention de Du soleil pour les gueux allait dans ce sens là, je trouvais qu’on perdait souvent de vue les classes populaires dans le cinéma français, la campagne aussi, les films se situaient dans 3 ou 4 arrondissements parisiens et étaient très confinés entre quatre murs, même Paris, je ne le retrouvais jamais filmé tel que je le voyais, à part peut être chez Carax, y’a quand même de l’air dans Paris, des perspectives. Et puis si le cinéma n’est pas là pour sublimer le réel, pourquoi c’est là ? Il y avait quand même l’envie d’élever notre pauvre condition à autre chose, une autre dimension, quelque chose de plus grand, de peut être aussi plus tragique. Et effectivement, parler de moi en espèce de Raskolnikoff en collants roses qui court sur le Larzac c’est vrai que ça avait plus de gueule. Le cinéma ça part du réel, mais en même temps c’est pas le réel, c’est pas le rêve non plus, il s’agit de définir un territoire commun à tout le monde, alors ça peut passer par de la démagogie mais il y a d’autres voies.

Accepteriez vous de tourner le scénario d’un autre, un gros projet qu’on vous apporterait clé en main ?

Oui. Je viens d’ailleurs de réaliser un téléfilm pour France 3 que j’ai accepté sans même avoir lu le scénario. J’étais très demandeur de réaliser un truc que je n’aurais pas écrit et en jouant le jeu du scénario. Bon, j’ai un peu réorienté l’écriture à un moment parce qu’il me semblait que techniquement cela ne tenait pas la route. Je ne pense pas non plus avoir accepté quelque chose de honteux, l’histoire que j’avais à raconter ne me déplaisait pas mais ça m’intéressait de passer par de la mise en scène que je n’aurais pas anticipée avant. Et même de rester dans une petite forme télévisuelle. Je l’ai accepté aussi parce que je savais qu’on ne m’imposerait pas un casting. Mais même avec un casting imposé je ne dis pas que je refuserai. Je me suis assez détendu par rapport à l’idée de la mise en scène et du métier de réalisateur, je pense qu’on peut effectivement à partir d’un scénario très banal, peut être même vulgaire, bon il faut s’en débarrasser, mais je pense qu’il y a moyen de faire quelque chose de bien. Il faut juste avoir une marge de manœuvre.

Quels sont vos projets ?
Je prép are un nouveau film dont j’ai écrit le scénario.

Vous écrivez seul ?
Généralement j’apporte une bonne base seul, pas quelque chose de totalement abouti mais quelque chose qui se tient et je retravaille avec quelqu’un. Pas quelqu’un qui écrit au sens propre du terme mais quelqu’un qui intervient davantage sur la structure, qui me renvoie des choses, que je peux interroger et avec qui il y a un vrai échange. A l’échelle du long j’ai besoin de ça. Je suis en recherche de financement. Je retravaillerai le scénario, jusqu’au moment du tournage je retravaille toujours mais je pense lancer la préparation début juillet.

Les dialogues de vos films sont très écrits, laissez vous une marge de manœuvre aux comédiens ?

Non il n’y a pas de part d’improvisation. Sur le prochain je suis revenu délibérément à une langue beaucoup plus actuelle, plus parlée, de manière à ce que les comédiens puissent être un peu plus tranquilles avec ça. Je n’en suis plus à l’espèce de langue super châtiée de Voici venu le temps, faut se lever le matin pour placer des phrases comme ça, mais ça s’adapte vachement à mon époque des années 90 où j’étais dans un forme de réaction face à cette veine du cinéma français qui faisait mal parler les gens. Des « putain » « tu fais chier » à tout bout de champ ça restitue rien, juste la vulgarité, ce n’est pas ce réalisme là qui m’intéresse. Je voulais revenir à une langue super châtiée que j’ai commencée avec La force des choses qui a continué avec Du soleil pour les gueux, Ce vieux rêve qui bouge y’a un peu un coté Madame de Lafayette chez les prolos. Pour le prochain mon idée serait de dégager quelque chose d’assez poétique dans la vulgarité du quotidien, je ne sais pas comment ça va se terminer cette affaire mais j’ai cette envie de ne pas nécessairement aller chercher de beaux décors mais de les prendre tels qu’ils sont et de voir si il y a moyen d’en extirper quelque chose de beau, essayer de voir comment on peut magnifier tout ça. Mais je ne dis pas que ne reviendrai pas vers les bandits et la langue très châtiée. J’ai aussi un projet sur les Cathares que j’ai un peu laissé en stand-by en apprenant que Jean Pierre Denis avait un projet similaire.

Il y avait déjà une approche de cet univers médiéval dans Voici venu le temps.
Oui, et on peut aussi en avoir une lecture post-nucléaire. Voici venu le temps c’est d’abord je pense une tentative de refaire le monde au cinéma en constatant qu’on a beau essayer de refaire le monde, finalement on ne fait jamais que reproduire ce qui s’est fait. Donc j’ai joué beaucoup avec, en essayant de remodeler les cliché, de réinventer les rapports entre les personnages. Chez les Cathares ce qui m’intéresse beaucoup c’est que je peux réunir déjà l’aspect « les méchants contre les gentils », les méchants qui ne sont pas si méchants que ça, les gentils qui ne sont pas si gentils que ça non plus, il y a aussi le coté politique, c’est quand même la fin d’un monde, d’un art de vivre, qui a été combattu par l’inquisition, je m’intéresse beaucoup, pas tant à la croisade mais à la fin, aux derniers Cathares, quand ils se sont barrés en Catalogne parce qu’ils étaient pourchassés par l’inquisition, ce coté fin d’un monde, fin d’une société, je pense en plus qu’il y a vraiment eu une utopie cathare. Et puis pour le coup c’est les bergers…

Publié par Dissidenz le 12/12/2007 à 18:45

Volem rien foutre al pais (2006) de Pierre Carles

Volem rien foutre

Dans Volem rien foutre al pais, deuxième volet de ses films consacrés au travail, Pierre Carles fait du Pierre Carles, accompagné comme pour Attention danger travail ! de Christophe Coello et Stéphane Goxe. Pendant près de deux heures, on court d’expériences en expériences, depuis la construction pour quelques euros d’une maison de paille entièrement recyclable à celle d’un moteur bricolé à l’eau de pluie, en passant par Barcelone où les militants de Dinero Gratis revendiquent l’argent gratuit. Chaque fin de séquence tient le spectateur en haleine, dans l’attente de savoir de quoi la prochaine sera faite.

Les réalisateurs ont su dénicher des projets collectifs de personnes refusant d’être salariées. Il ne s’agit pas de filmer des farfelus – même s’il y en a quelques-uns -, mais bien de faire suite aux débats qui avaient accompagné la parution de Attention danger travail ! Sorti en 2003, ce documentaire présentait des « déserteurs du marché du travail ». Des voix s’étaient élevées pour dire que cela n’apportait aucune réponse sociale au problème posé par ces « chômeurs heureux » (ainsi qu’ils se définissent). De quoi détonner, en effet, à l’heure où l’on parle de « travailler plus pour gagner plus ». Dans Volem, les cinéastes partent à la rencontre de ceux qui ont « un sursaut d’imagination pour résister » en choisissant « une autre voie, celle de l’autonomie, de l’activité choisie et des pratiques solidaires… ». Plutôt que de se laisser vivre du RMI, ils ont décidé de prendre leur distance avec la société de consommation. On peut voir un groupe de copains qui a tout fait pour ne plus dépendre des centrales nucléaires d’EDF en installant des éoliennes et des panneaux solaires, mais aussi en consommant moins.

Le documentaire a le mérite de susciter des réflexions en laissant aux personnes interrogées le temps de s’exprimer dans de longues séquences. Comment ne pas garder en mémoire le monologue hallucinant d’un paysan qui roule au moteur à eau, cassant la croûte sur une botte de paille, et qui explique sans vergogne que « le marché capitaliste n’a que 2850 ans » ! Les trois réalisateurs n’ont pas choisi de laisser l’humour de côté.
Volem pourrait donner l’impression d’un patchwork dont il n’y aurait rien de précis à tirer. Au contraire. Il ne s’agit pas d’un cinéma idéologique, mais d’un cinéma d’idées par la mise en avant d’expériences originales. En faisant le choix de ne pas déplier une seule thèse tout au long du documentaire, Volem laisse au téléspectateur la liberté de penser par lui-même. Comme pour les précédents films, la sortie de Volem s’est accompagnée de nombreux débats grâce notamment aux salles de cinéma d’art et d’essais. Et c’est bien ce que les réalisateurs, par le montage, cherchent à provoquer. Ils travaillent aujourd’hui à la sortie d’un troisième volet qui rendra compte de ces multiples controverses à travers la France.

Gildas Grimault

Publié par Dissidenz le 05/12/2007 à 19:40

Rue Santa Fe (2007) de Carmen Castillo

Calle Santa FeEn salles cette semaine RUE SANTA FE, documentaire de la Chilienne Carmen Castillo, exilée en France, qui revient au pays, dans la rue où elle et son mari, Miguel Enriquez, un des membres fondateurs du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), ont vécu dans la clandestinité une année durant. Il y laissera la vie suite à un assaut donné par les militaires de Pinochet tandis que sa compagne, alors enceinte, perdra son bébé.
Un film sur la résistance, ses valeurs, ses idéaux, mais également ses divisions et ses limites affectives et émotionnelles. Carmen Castillo nous emmène dans un véritable parcours du combattant où amis, proches, voisins, anciens camarades, résistants d’hier mais aussi d’aujourd’hui livrent leur vécu et s’interrogent sur l’avenir que tous ces combats, tous ces morts, ont permis de façonner.

Lire la chronique

Publié par Dissidenz le 05/12/2007 à 19:40

Rue Santa Fe (2007) de Carmen Castillo

France-Chili, 2007
Durée : 2h40
Distribution : Ad Vitam
Sortie le 5 décembre 2007

Rue Santa Fe

Une voix grave et rauque vous accueille, qui n’est pas celle de Jeanne Moreau mais de Carmen Castillo : la réalisatrice et militante chilienne retrace longuement la manière dont en 1973 elle fut expulsée du pays par la dictature de Pinochet après l’assassinat, au seuil de leur maison rue Santa Fe, de son compagnon Miguel Enriquez, leader du mouvement révolutionnaire MIR. Cette voix vous cueille et ne vous lâche plus : Rue Santa Fe est le récit de son retour au pays. Récit à la première personne où la réalisatrice occupe également le cadre, arpente son ancien quartier à la recherche des voisins qui l’ont aidée, des souvenirs d’anciens enfants et de commerçants vieillissants, de familles privées de leur descendance et des anciens compagnons révolutionnaires cherchant comment poursuivre la lutte : ceux-là même qu’on pouvait voir dans les reportages des télévisions étrangères venues couvrir l’ordre sanglant de la junta de Pinochet, et dont Rue Santa Fe intègre de longs extraits. On peut ainsi lire dans le titre du film un aveu de modestie : ce film est l’occasion de réinvestir un quartier, de décrire un voisinage, l’ambition de la réalisatrice étant de racheter la maison où elle vécut et plus largement de raviver une mémoire que toute dictature veut asservir. Mais le projet laisse également paraître sa respiration monumentale. Ce quartier est comme la nation toute entière, et l’histoire très médiatisée de Castillo et Enriquez un moyen de brancher la petite histoire sur la grande.

L’émotion était palpable, le soir du mardi 4 décembre, dans la salle du Latina où avait lieu l’avant-première parisienne du film. Si palpable que les questions à la réalisatrice furent rares –après 2h40, les spectateurs avaient besoin de souffler. Rue Santa Fe fait partie de cette tradition documentaire où priment le point de vue et l’énonciation personnelle. Une telle tradition réclame que l’intime et le collectif se soutiennent constamment, comme dans un édifice fragile : les images sont tantôt portées par la tragédie familiale, tantôt par le récit d’un peuple. Les qualités s’échangent : quand la première acquiert une valeur politique, la seconde s’enrichit de détails concrets. C’est la réussite du film et sa limite : tout est affaire de rééquilibrages subtils.
Castillo doit sans cesse tempérer chacune de ses intentions –en premier lieu celle de vouloir faire de son ancienne maison un monument à la mémoire de son compagnon défunt, mais la jeunesse a moins besoin de mausolées que d’armes et d’idées. La mémoire vacille encore, quand on pourrait désirer au contraire que le cinéma, art puissant, parvienne à se dresser contre un dictateur mort avant d’avoir payé. C’était en son temps toute l’ambition de Syberberg dans le monumental Hitler, un film d’Allemagne. L’humanisme fait parfois oublier que, comme chez Straub, comme dans S21 la machine de mort khmère rouge de Rithy Panh, la vérité s’accomode mal des réconciliations.

Antoine Thirion

Publié par Dissidenz le 05/12/2007 à 19:40

JACQUES BIDOU - Producteur

Une part du ciel (2002) de Bénédicte Liénard

Une Part du Ciel“Difficile de ne pas vous parler de ce film qui était à Cannes en 2001 et qui est un film absolument formidable sur les problèmes de la dignité des femmes, un portrait croisé entre une femme incarcérée et une femme dirigeante syndicale. Les deux sont dans deux formes d’aliénation et d’atteinte à leur dignité, les deux portraits se croisent, se rencontrent et c’est vraiment un film remarquable, avec Séverine Caneele qui avait remporté le prix d’interprétation quelques années auparavant à Cannes pour le rôle qu’elle avait eu dans le film de Bruno Dumont L’humanité. Donc un grand coup de coeur, pas uniquement cinématographique mais aussi professionnel, nous avons vécu une magnifique aventure avec Bénédicte Liénard et avec toute cette équipe de comédiens et de non-professionnels puisqu’il y avait dans le film des femmes réellement incarcérées qui ont joué des rôles absolument majeurs et qui ont été remarquables, c’est donc aussi une belle histoire professionnelle, un beau souvenir.”

Lire l’interview

Publié par Dissidenz le 05/12/2007 à 19:39

Entretien avec Jacques Bidou - Producteur

Tinpis Run

Comment êtes vous venu au cinéma ?
Je suis entré dans le cinéma par une porte qui s’appelle la passion des films, et par une école. Je suis très formation initiale, j’ai fait une école qui s’appelle l’INSAS. J’étais en réalisation et quand j’ai vu les films de Renoir ou d’autres grands maîtres, j’ai pensé qu’il valait mieux faire un médiocre producteur qu’un très mauvais réalisateur. Je suis donc devenu producteur, beaucoup plus tard d’ailleurs.

Qu’est ce qui motive vos choix de production ?
J’ai commencé à produire en 1987, il y a vingt ans, et mes choix ont été d’aller vers des terrains où il y avait des urgences, véritablement des urgences, donc plutôt vers des pays en développement, plutôt des premiers films, et toujours des regards de l’intérieur, des cinéastes issus des pays qui m’ intéressaient. J’ai d’abord produit beaucoup de documentaires parce que c’était très important pour moi de plonger dans toute une série de réalités, puis à partir de 1990-1992 j’ai commencé à produire de la fiction, tout ça ça fait une centaine de films, une trentaine de longs métrages de cinéma et le reste des films pour Arte ou des chaînes de ce type, Channel 4 ou des chaînes allemandes.

En vingt ans de production comment avez vous vu évoluer les choses ?
La tendance lourde est toujours la même, c’est à dire la déréglementation de tous les systèmes fait qu’il y a aujourd’hui une course à l’audience, une compétition vers les très larges publics et une assez grande difficulté à faire vivre les œuvres singulières. Une évolution qui est donc pour nous préoccupante.

Vous avez également eu une expérience de comédien ?
J’ai effectivement joué le rôle de Vincent dans le film d’Otar Iosseliani, le rôle principal dans le film Lundi matin. Ca a été une rencontre d’escalier puisque je croise Otar Iosseliani chaque jour dans l’escalier, il m’a un jour demandé de remplir cette fonction, il aime travailler avec des non-professionnels, pour moi ça a été une expérience absolument merveilleuse, rien à dire, après ce que je donne à l’écran c’est une autre histoire mais en tant que producteur, cette expérience a été un moment tout à fait formidable et ça m’a appris des choses par un autre biais d’être sur un film dans ce rôle.

Quelle est votre actualité ?
D’abord de continuer notre politique éditoriale en DVD, donc nous sortons de nouveau quatre titres : Tinpis Run, premier film de l’histoire du cinéma papou qui est un vieil écho de notre ligne éditoriale des années 90, le film Cahiers de Médellin magnifique documentaire de Catalina Villar, le film Les gens des baraques de Robert Bosis films sur l’immigration portugaise, un film vraiment très fort, et puis Femmes du Hezbollah qui est tout à fait d’actualité.

Quels sont vos projets ?
Nous avons cinq longs métrages en chantier, un long métrage en Palestine dont le tournage est dans un mois, premier long métrage d’une jeune femme, un premier long métrage argentin qui se tourne fin septembre, le prochain film de Tsai Ming Liang qui se tourne en février prochain, un grand film avec Raoul Peck ayant pour sujet la jeunesse de Marx et enfin le prochain film d’Agusti Villaronga qui s’appelle Barbares d’occident, grand cinéaste espagnol qui avait réalisé entre autres El mar ou Aro Tolbukhin.

Publié par Dissidenz le 05/12/2007 à 19:38

Haruki Yukimura & Nana-Chan (2006) de Xavier Brillat

Nana-Chan

Ne pas sous-titrer, c’est un choix. C’est celui qu’a fait Xavier Brillat, co-réalisateur de Dancing avec Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, pour son moyen-métrage Haruki Yukimura et Nana-Chan, en VOD sur Dissidenz et en bonus du DVD de Destricted après être passé dans plusieurs festivals dont le très précieux Festival International du Documentaire de Marseille (FIDM). Inutile d’apporter les précisions supplémentaires que le réalisateur refuse au spectateur – de toutes manières, de l’aveu même de Brillat, rien ne se dit ici que de très commun, indications du maître de shibari à son modèle, classique direction d’acteur et mots décontractés de l’artiste aux équipes venues le filmer (Brillat d’un côté, les photographes d’un magazine de bondage de l’autre). On entre donc dans le film de Brillat sans références de secours, comme tout étranger au Japon : fasciné par l’art, par les traditions que dévoilent peu à peu ses gestes et ses codes, tout un monde bien vivant et dont pourtant nous ne connaissons rien, ou si peu.

Ne pas sous-titrer, ce n’est pourtant pas continuer à véhiculer l’image d’un Japon étrange, incompréhensible et saugrenu, mais au contraire entrer résolument dans une culture par ce qu’elle offre de plus concret et de plus immédiat : des gestes, des bruits, des intonations. C’était déjà la prescription de Roland Barthes dans L’Empire des Signes, son célèbre essai sur le Japon : l’Orient se découvre dans ses signes et ses bruissements, à tâtons, à l’aveugle. On entre ici au Japon par le frémissement des arbres fluorescents qui cernent la maison, par le grincement des cordes que M. Haruki noue serrées autour du corps de Nana-chan – shibari étant le nom de cette pratique indistinctement artistique et érotique -, par l’air concentré du maître et par les masques de plaisir et d’effort mêlés de son modèle. Brillat filme avant tout le travail de la performance : une toile se tisse en direct, un tableau est composé qu’un plan montrera au final. Les figures se font et se défont, rien ne dure jamais très longtemps, l’inconfort est temporaire, l’attention se concentre dans les nœuds, les plis et les liens. Ces liens qui attachent le spectateur à l’objet de son désir : distance élastique instaurée par le dispositif de Brillat, et qui permet de saisir brièvement mais pleinement quelques fragments du Japon.

Antoine Thirion

Publié par Dissidenz le 04/12/2007 à 13:46

1 DVD offert avec votre premier achat !


Pour votre premier achat sur Dissidenz, nous vous offrons un DVD au choix parmi les suivants dans la limite des stocks disponibles : L’enfant de Jean-Pierre et Luc Dardenne, Little Senegal de Rachid Bouchareb ou Paradise Lost / Paradise Lost 2 de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky.

Pour cela, il vous suffit lors de votre achat sur le site de cocher la case “Joindre un message-cadeau” tout en bas du formulaire au moment où vous renseignez vos adresses de facturation/livraison et de mentionner dans le champ du message-cadeau ainsi déployé le code “1ERE FOIS” suivi du titre du DVD qui vous intéresse en premier choix et du titre du DVD qui vous intéresse en second choix.
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A vous de jouer !

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