Publié par Dissidenz le 31/01/2008 à 14:45

HARRY GRUYAERT - Photographe

Les Climats (2006) de Nuri Bilge Ceylan.
Les climats
“Il est tellement curieux que Nuri Bilge et Ebru Ceylan, son épouse, soient parvenus à faire ensemble ce film très dur sur le non-dit, le mensonge, l’incommunicable, la brutalité dans un couple. D’évidence, Ceylan a très bien vu Antonioni, et en particulier Le Désert Rouge. Antonioni était d’ailleurs à l’époque avec Monica Vitti, ce qui n’était pas moins casse-gueule. Comme Antonioni, Ceylan est très conscient du paysage ou du brouillard, très attentif aux hésitations qui constituent la plus grande partie du jeu des acteurs. Par exemple la femme qui frappe à la porte de la chambre d’hôtel de son ex-époux, en pleine nuit, et qui s’apprête à repartir parce qu’il tarde à se lever. On la voit s’enfoncer dans l’obscurité du couloir quand il ouvre la porte, puis revenir vers lui. On voit beaucoup de ce genre de séquences chez Antonioni. Et il y a encore tant d’autres détails antonioniens dans la mise en scène ou la photo, par exemple la manière de commencer les séquences au ras-du-sol, de découper le plan avec la lumière, les cadrages sublimes ou les plans très rapprochés sur les cheveux qui jouent dans un même cadre avec la netteté et le flou : notamment dans la scène du cauchemar sur la plage, chose qu’on retrouve encore dans Le Désert Rouge avec la séquence du rêve, la petite fille et le bateau. C’est un film extrêmement précis sur les sentiments amoureux, autant que sur la vie en Turquie.”

Propos recueillis le 27/01/2008 à Paris par Bastien Hader

Photographe né en 1941, originaire d’Anvers en Belgique, Harry Gruyaert rentre à Magnum Photos en 1981 et en devient membre à part entière en 1986.
De 1959 à 1962, il étudie à l’école de photo et de cinéma de Bruxelles, puis part à Paris en tant que photographe freelance de mode et de publicité, tout en travaillant comme directeur de la photographie pour la télévision flamande. C’est entre autres pour son travail sur la couleur que H.G. est connu : la couleur de différents continents qu’il vient chercher au cours de nombreux voyages, d’Egypte en Corée du Sud et en Inde ; ses photos du Maroc lui ont valu en 1976 le prix Kodak.
1972 est une année importante : celle où il couvre les Jeux Olympiques de Munich, celle où il vit également à Londres et photographie les formes indistinctes et les couleurs saturées que retransmet une télé défaillante, à une cadence comparable à celle d’un reporter face à un scoop. Les TV Shots, esthétiquement proches du travail qu’à la même époque Nam June Paik effectuait en vidéo, valent à son auteur une reconnaissance durable. Le résultat, encore exposé cette année à New York, viennent de faire l’objet d’un livre aux prestigieuses éditions Steidl.
Outre l’exposition Rivages que lui consacre jusqu’au 16 février 2008 la galerie du Bon Marché à Paris, il a exposé cette année aux côtés d’autres photographes de l’agence Magnum dans L’Image d’après, exposition organisée à la Cinémathèque française, pour laquelle il a réalisé un montage où ses images côtoient celles de Michelangelo Antonioni, l’une de ses grandes références.

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