Publié par Dissidenz le 28/02/2008 à 11:42

Cinéma du réel - 30ème festival international du film documentaire

Cinéma du Réel

Depuis 1978, le festival international de films documentaires Cinéma du Réel est un rendez-vous international de référence, où public et professionnels découvrent films d’auteurs confirmés ou films de nouveaux talents, l’histoire du cinéma documentaire comme les propositions contemporaines. Sur les écrans du Centre Pompidou, mais aussi du Centre Wallonie-Bruxelles, du cinéma MK2 Beaubourg, de l’Hotel de Ville de Paris et de plusieurs salles de la région Ile-de- France, le festival programme une centaine de films dans ses différentes sections.

Compétition internationale
28 films en avant-première française, des rencontres et débats avec les cinéastes.
Voir la sélection

Sélection française
12 films inédits, des rencontres et débats avec les cinéastes.
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Rétrospectives et programmes spéciaux

Americana
Sélection de films où l’engagement et les exigences des mouvements (contre la guerre au Vietnam, pour un pouvoir noir, pour changer la vie) se traduisent en élans de cinéma, en inventions de récits, en réinvention du documentaire et de la fiction. Ce programme comprend un hommage à Shirley Clarke et un hommage à Jim McBride.

En Asie du Sud Est
De Kuala Lumpur à Manille, de Bangkok à Jakarta, le documentaire donne des images et des sons à des histoires longtemps enfouies. En témoignent les travaux de quelques cinéastes, dont : Garin Nugroho, Amir Muhammad, Raya Martin. Hommage à Lav Diaz, grand poète philippin du cinéma, auteur de films puissants où documentaire et fiction se fondent dans l’expérience lyrique.

Images / Prison : visions intérieures
Dans plusieurs pays européens, le cinéma, et le documentaire en particulier, sont au centre d’ateliers de réalisation, de projection et d’écriture institués dans les institutions pénitentiaires. Le festival propose une sélection de ces films. Il s’agit de comprendre ce qu’ils mettent en mouvement chez ceux qui les font et auprès des spectateurs qui, “dehors”, les regardent.

Figures du tourisme : pour une histoire de la “vue”
La mise en spectacle d’une partie du monde par l’autre ne date ni du numérique ni de la miniaturisation de la “prise de vue”. Des débuts du cinéma à aujourd’hui se joue l’histoire du “jamais vu” “et du “déjà vu”. Le tourisme contemporain, avide “d’authentique” ou de “découverte”, est au centre de nombreux films chargés du rêve d’impossibles “premières fois”. Les cinéastes s’emparent des images touristiques, les scrutent et les recomposent. Touriste devenu personnage et image touristique devenue matériau critique guident un programme qui mêle documentaires et fictions, des origines à aujourd’hui, films et vidéos d’artistes plasticiens… pour un questionnement de la “vue” contemporaine.
En collaboration avec le MNAM (Collections Cinéma et Nouveaux Medias), avec la participation du MK2 Beaubourg et de l’ACRIF.

Journée professionnelle
“Une télévision publique sans publicité : mythe ou réalité ?”, “Haute définition, Sound Design… vers un réel virtuel ?”

Théâtre du Réel

Dans la ligne du premier “Théâtre” tenté en 2005 avec Frederick Wiseman, cinéma et spectacle vivant se rencontrent autour d’un “réel” commun. Ce sera, cette fois, une certaine idée du voyage, celle de Vivianne Perelmuter et François Christophe, cinéastes perdus dans le rêve de Christophe Colomb, entre documentaires et fiction, d’île en île. Séquences de repérages, textes et sons tracent l’itinéraire d’un projet.

Séances spéciales
Première française de la version restaurée du grand documentaire de Bernardo Bertolucci « La Via del petrolio » (1967), avec le soutien de ENI et Cineteca Nazionale (Italie).
« Staub » (Poussière), le nouveau long métrage de Hartmut Bitompsky, essai sur la poussière qui nous entoure, nous cerne, « le plus petit élément possible du visible, essai sur le cinéma et sur des pratiques contemporaines peu connues.
Projection-lecture : autour du film de « Comment s’en sortir sans sortir », récital télévisuel de Ghérasim Luca, réalisé par Raoul Sangla, les comédiens du Théâtre du Radeau lisent des textes du grand poète – avec le soutien de la librairie José Corti
etc

Hors les murs
De nombreuses salles d’Île de France et plusieurs centres culturels reprennent et complètent les programmes de Cinéma du Réel 2008. Pour en savoir le détail, consulter le programme sur ce site, ou dans la brochure-programme du festival.

Tous les détails sur le site du festival

Publié par Dissidenz le 28/02/2008 à 11:29

JOHN JOHN (2007) de Brillante Mendoza

John JohnFoster Child, réintitulé John John pour sa sortie française, fut en 2007 l’une des grandes découvertes de la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes. Découverte, car le cinquième film de Brillante Mendoza provient d’une région du monde, les Philippines, d’où nous arrivent encore peu de films même s’ils intéressent de plus en plus les festivals ; la Berlinale vient d’ailleurs de programmer le sixième long-métrage du réalisateur, Tirador. Découverte qui en rappela à vrai dire une autre : celle de Keane, projeté quelques années plus tôt à la Quinzaine, qui décrit de manière très réaliste le parcours d’un père dont l’enfant a été enlevé. C’est la même angoisse de la perte qui traverse l’américain Keane et le philippin John John, la même manière ici et là d’emboiter le pas d’un héros dans de longs plans de pure déambulation.

John John raconte néanmoins une toute autre histoire : celle de Thelma, une femme qui élève des orphelins dans l’attente de leur adoption, et de John John, l’enfant qu’elle s’apprête à livrer à un couple américain dans la suite d’un luxueux hôtel de Manille. Comme souvent, le film tire sa force d’une précision quasi documentaire. On peut y voir, via le problème de l’adoption, les conséquences humaines du déséquilibre Nord-Sud. On peut encore admirer la manière dont Brillante Mendoza filme très simplement les allées et venues de ses personnages, depuis le bidonville où ils vivent jusqu’à l’hotel où ils se séparent, nous laissant découvrir une ville, la façon dont les habitants se l’approprient où au contraire se trouvent écartés des lieux d’argent et de pouvoir. Très beau film dont on peut espérer qu’il rencontrera un public et trouvera une diffusion hors de France, premier pays après les Philippines a l’avoir distribué en salles.

Bastien Hader

Publié par Dissidenz le 28/02/2008 à 11:29

NUNO SENA - Co-directeur du festival IndieLisboa

Les bourreaux meurent aussi (1943) de Fritz Lang.
Les bourreaux meurent aussi


“Je suis un langien convaincu. Mon film de chevet est Les Bourreaux meurent aussi. Je l’ai vu pour la première fois à 15 ans à la Cinémathèque et je le revois régulièrement. J’ai peut-être un intérêt particulier pour la figure du mal au cinéma, et le film la traite de la plus belle manière qui soit. C’est un film qui réunit tout ce que j’aime dans le cinéma de Fritz Lang, peut-être le sommet de son art : il en condense les thèmes, montre la face très calculatrice, très perfectionniste du cinéaste en même temps que sa virulence. Je suis un peu un fils de la Cinémathèque, et si mon travail consiste aujourd’hui surtout à voir du cinéma moderne, je reste très attaché au cinéma classique et à Hollywood.”


Lire l’interview

Les bourreaux meurent aussi en DVD

Publié par Dissidenz le 28/02/2008 à 11:28

Entretien avec Nuno Sena, co-directeur du festival IndieLisboa

IndieLisboa

En cinq ans, IndieLisboa est devenu l’un des festivals portugais majeurs par une sélection audacieuse, l’invitation d’auteurs incontournables, et la double mission d’élargir l’offre cinématographique au Portugal et de porter des cinéastes du pays dont on commence tout juste à percevoir l’excellence et la richesse, de Joao Pedro Rodrigues (O Fantasma, Odete) à Miguel Gomes (La Gueule que tu mérites). Rencontré lors du festival de Berlin, Nuno Sena, co-directeur du festival avec Miguel Valverde et Rui Pereira, nous explique la naissance, l’évolution et les projets d’IndieLisboa. Premier entretien d’une série visant à présenter les grands festivals indépendants, la manière dont un projet risqué parvient à rencontrer un public et dont il parvient à surmonter les difficultés financières, à l’heure où les festivals français sont menacés, comme les salles, par l’annonce de baisses de crédit des DRAC (Directions Régionales des Affaires Culturelles).

Comment IndieLisboa est-il né ?
Le festival a été crée il y a cinq ans. A l’époque je travaillais à la Cinémathèque portugaise. J’avais besoin de commencer un nouveau projet. Les deux autres co-fondateurs d’IndieLisboa, Miguel Valverde et Rui Pereira, concevaient des programmes thématiques et des rétrospectives sur certains auteurs, dans une salle qui était plus ou moins la seule salle indépendante de Lisbonne. C’était un très beau projet mais ils ont manqué d’argent pour le poursuivre. C’est ainsi que nous en sommes arrivés à l’idée d’un nouveau festival de cinéma, projet plus facile à mettre en place en termes de financement : nous avons vite trouvé plusieurs partenaires, publics et privés. Dès le départ, il s’est agi de continuer le travail de cette salle indépendante. Montrer des films nouveaux qui ne passaient pas au Portugal, parce qu’aucun distributeur ne le faisait, et parce qu’il n’y avait qu’un seul festival généraliste à Lisbonne. Donc nous n’avions pas la chance de voir les films de Hou Hsiao-hsien, de Hong Sang-soo. Tous les metteurs en scène importants dans le cinéma contemporain étaient étrangement absents de la distribution portugaise. Aucun film de Johnnie To n’avait été distribué en salles, pas seulement à Lisbonne mais dans tout le pays. On a commencé le festival sur une seule salle et on a commencé à grandir dès la seconde édition puisque nous sommes dorénavant sur trois cinémas et sept écrans. Cela marche très bien, il y a incontestablement un public qui s’attache et qui vient au festival en raison du manque de visibilité de certains metteurs en scène qui ne trouve pas de public, non pas parce que les films sont difficiles en eux-mêmes mais à cause d’un blocage dans le système de distribution au Portugal. Il n’y a que quatre ou cinq sociétés de distribution, et la seule que ces films concernait, celle de Paulo Branco, avait d’immenses difficultés à les distribuer.
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Publié par Dissidenz le 21/02/2008 à 16:32

Entretien avec Koji Wakamatsu

United Red Army

Un temps yakuza, Koji Wakamatsu devient cinéaste après avoir purgé une peine de prison. Il réalise d’abord des films érotiques, puis, dès la création de sa propre maison de production en 1965, des oeuvres ultra militantes, exhortant la jeunesse à se lever contre l’oppression, comme L’Extase des anges ou Quand l’embryon part braconner.

Koji Wakamatsu était cette année au Festival de Berlin où était présenté son nouveau film, United Red Army, ainsi qu’une sélection de ses œuvres les plus connues. United Red Army évoque les évènements d’Asama, au cours desquels deux factions de l’Armée Rouge se sont rejointes dans les montagnes où elles effectuaient des entraînements militaires : le groupe s’est décimé sous l’impulsion de leurs leaders qui les poussaient à une auto-critique qu’ils pratiquaient insuffisamment à leurs yeux. Une poignée d’entre eux a survécu et s’est barricadé dans une maison d’Asama, prenant une femme en otage. Au terme de dix jours de siège de la police, ils en ont été délogés par la force.

Avez-vous des souvenirs particuliers, ici à Berlin ?
J’ai eu un film en 1966 à la Berlinale. Ce n’est pas à cause de cela, mais à cette époque des gens, ici aussi bien qu’au Japon, m’ont dit que j’étais une honte nationale.

Vous n’êtes pas venu depuis 1966 ?
Tout à fait. Et je crains encore ce qu’on pourra bien dire de mon nouveau film

Les réactions peuvent-elles être les mêmes qu’il y a quarante ans ?

C’est bien sûr totalement différent, les gens ont l’air d’apprécier sincèrement mes films.
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Publié par Dissidenz le 21/02/2008 à 15:43

KOJI WAKAMATSU - Réalisateur

Pierrot le fou (1965) de Jean-Luc Godard.
Pierrot le Fou
“La première fois que j’ai vu un film de Jean-Luc Godard, j’ai beaucoup appris sur la façon de faire des films. Mais j’ai surtout appris qu’il faut faire les films le plus librement possible. Pierrot le fou, par exemple, a changé ma façon de faire du cinéma.”
“Depuis mon premier film, je me suis toujours dit : je vais travailler davantage le scénario, et, chaque fois, je m’aperçois que j’ai encore une possibilité de plus d’improviser, de tout créer au tournage, c’est-à-dire sans appliquer le cinéma à quelque chose. J’ai l’impression que Demy ou Bresson, lorsqu’ils tournent un film, ont une idée du monde qu’ils cherchent à appliquer au cinéma, ou, ce qui revient au même, une idée du cinéma qu’ils appliquent au monde. Le cinéma et le monde sont des moules pour des matières, alors que dans Pierrot il n’y a ni monde ni matière”. (Jean-Luc Godard, Cahiers du cinéma n°171, octobre 1965)

Un temps yakuza, Koji Wakamatsu devient cinéaste après avoir purgé une peine de prison. Il réalise d’abord des films érotiques, puis, dès la création de sa propre maison de production en 1965, des oeuvres ultra militantes, exhortant la jeunesse à se lever contre l’oppression, comme L’Extase des anges ou Quand l’embryon part braconner.
Cliquer ici pour lire son interview.

Au sujet de Pierrot le fou : lors d’une réception, Ferdinand retrouve Marianne, une ancienne maîtresse qui le surnomme Pierrot. Après avoir passé la nuit ensemble, ils sont obligés de fuir car un cadavre se trouve dans leur chambre. Poursuivis par des gangsters, ils échouent au bord de la mer mais Marianne s’ennuie et trompe Pierrot…
Cliquer ici pour voir la fiche du DVD

Publié par Dissidenz le 21/02/2008 à 1:53

L’Etat du Monde

L'Etat du MondeA l’origine de L’Etat du monde, présenté l’année dernière à la Quinzaine des Réalisateurs et sorti ce mercredi en France, une commande de la Fondation Gulbenkian (Lisbonne) à six réalisateurs parmi les plus innovants du cinéma contemporain : Pedro Costa (En avant jeunesse), Apichatpong Weerasethakul (Tropical Malady), Chantal Akerman, Wang Bing (A l’ouest des rails), et également Vicente Ferraz (Soy Cuba, O Mamute Siberiano qui décortique la création et la diffusion du film Soy Cuba de Kalatozov) et Aysiha Abraham (artiste qui s’illustre plus particulièrement dans le cinéma expérimental et les installations vidéo).

La proposition est un peu intimidante, il faut préciser qu’elle fait suite à une programmation du même nom organisée par la fondation lisboète. Chacun des cinéastes, dans des courts-métrages long de quinze à minutes, n’a heureusement pas cherché à établir en si peu de temps un diagnostic global, mais à rouvrir, dans le présent, une porte sur le passé. C’est un deuil dans Luminous People du Thaïlandais Weerasethakul, le spectre des expulsions ordonnées par le Ministère de l’Intérieur dans Tarrafal de Costa, le souvenir primitif des totems dans les gigantesques images digitales flottant dans L’air de Shanghaï chez Akerman, ou la mémoire des tortures des opposants au régime de Mao dans Brutally Factory de Wang Bing.
Le film comporte assez de beautés pour susciter aussi bien l’intérêt des habitués que la curiosité de ceux qui n’y ont encore jamais jeté un œil. Chaque film fonctionne comme une machine autonome, avec ses propres outils (DV, HD, Super 8 ou 35mm), sa propre vitesse, son propre rapport aux genres. Tarrafal de Costa évoque parfois John Ford, parfois Jacques Tourneur : mais il est surtout l’occasion pour Costa de poursuivre le travail colossal et léger ayant abouti à En Avant Jeunesse (lire chronique de la semaine dernière) dans un récit où la parole est rendue à des immigrés cap-verdiens expulsés du Portugal –on comprend peu à peu que ces voix viennent d’outre-tombe. Luminous People est, comme toujours chez Weerasethakul, l’occasion d’un tournage hors des villes, d’une croisière sur un fleuve où sont répandues les cendres d’un père ; moment de béatitude tourné en super 8 muet, comme un film de famille qu’on aurait aucun regret à avoir réalisé trop tard. Contraste total avec le film de Wang Bing : sa petite caméra habituelle pénètre dans une usine désaffectée et monumentale dont l’usure fait surgir sans médiation les fantômes étudiants de la Révolution Culturelle. Disparité précieuse : si la plupart des cinéastes réunis ici n’a pas cherché à scénariser de situations économiques ou sociales, chacun s’est attelé à lui trouver un rythme, une marche, une forme singulière afin que le documentaire ne tire pas sa force de ses sujets mais de ses images.

Bastien Hader

Publié par Dissidenz le 19/02/2008 à 14:54

Journées du DVD & des éditions indépendantes

Journées du DVD

Cinémas hors circuits : journées du DVD et des éditions indépendantes
samedi 1er mars : de 14h à 22h
dimanche 2 mars : de 15h à 20h
Point Ephémère 200 quai de Valmy 75010 Paris

1er salon dédié aux éditeurs de DVD indépendants, mais aussi aux livres et aux revues, Cinémas hors circuits accueillera plus de soixante éditeurs sur un week-end, à Paris.

Retrouvez et découvrez des films rares, des inédits, des classiques… Rencontrez ceux et celles qui ressuscitent les oeuvres du patrimoine, éditent les films contemporains d’ici et d’ailleurs… Partagez avec eux votre passion du cinéma !

L’entrée est libre

Parallèlement aux stands, participez à des discussions, des présentations de films et d’auteurs, des projections. Sur la péniche l’Antipode, amarrée quai de Loire, à 5mn à pied, une soirée exceptionnelle avec Le chat qui fume (projections de films surréalistes inédits suivi du documentaire Llik your Idols sur le cinéma de la transgression de Angélique Bosio, clotûre avec l’inénarrable film culte Forbidden Zone).

Tout le programme sur le site de la manifestation Cinemashorscircuits.com

Publié par Dissidenz le 15/02/2008 à 16:52

Patti Smith, Land 250 à la Fondation Cartier

Land 250

La Fondation Cartier présente Land 250, une grande exposition personnelle de l’artiste et musicienne américaine Patti Smith, dédiée aux multiples facettes de sa production artistique. Réunissant des oeuvres réalisées entre 1967 et 2007, elle permet de découvrir l’univers lyrique, spirituel et poétique de l’artiste. La voix vibrante de Patti Smith dominera l’ensemble des installations, créées spécialement pour l’exposition et présentant une sélection de photographies, de dessins et de films.

Si le nom de Patti Smith évoque avant tout l’égérie de la scène punk-rock new-yorkaise, l’artiste explore également les arts visuels et la poésie depuis la fin des années 1960. L’exposition à la Fondation Cartier couvre les différentes facettes de sa création. C’est en 1967 que Patti Smith commence à prendre des photographies qu’elle utilise dans des collages. En 1995, elle revient à la photographie avec un vieil appareil Polaroid Land 250. « L’immédiateté du procédé photographique m’a procuré un sentiment de libération, en comparaison avec le processus long et compliqué du dessin, de la musique ou de la poésie. » Pour l’essentiel, Patti Smith photographie des sujets chargés de sens à ses yeux : les pantoufles de Robert Mapplethorpe, le lit de Virginia Woolf, la machine à écrire d’Hermann Hesse et les couverts d’Arthur Rimbaud. D’autres polaroïds constituent un enregistrement visuel de ses nombreux voyages.

L’exposition présente par ailleurs une sélection de ses dessins, dont plusieurs sont prêtés par de prestigieuses institutions, tels le MoMA et le Centre Pompidou, ou encore par des collections privées. Tout à la fois intenses et subtils, ces dessins témoignent d’un sens du trait calligraphique et sont entremêlés de textes et de poésie. Ils incarnent le côté solitaire de l’artiste. En parallèle, son intérêt pour les collaborations artistiques s’exprime dans les films réalisés par Robert Frank, Robert Mapplethorpe et Jem Cohen ainsi que dans la performance sonore de The Coral Sea avec Kevin Shields. Un court métrage sera spécialement tourné par Patti Smith sur commande de la Fondation Cartier.

Enfin, l’exposition présentera des objets chers à l’artiste et provenant de ses archives personnelles, parmi lesquels des manuscrits originaux, une photographie prise par Constantin Brancusi ou encore une pierre recueillie au bord de la rivière où Virginia Woolf mit fin à ses jours.

Inspirations

Patti Smith trouve son inspiration dans de nombreuses figures clés de la culture française, parmi lesquelles Arthur Rimbaud, Nicole Stéphane, Jean Genet, Antonin Artaud et René Daumal. Paris résonne également à travers ses oeuvres, notamment dans les dessins exécutés à Montparnasse, quartier où elle résida lors de son premier séjour parisien en 1969, ou bien encore à travers les récentes photographies prises dans le jardin de la Fondation Cartier tout proche.

Un projet global

Reflétant la multitude de domaines artistiques explorés par Patti Smith, l’exposition se veut un projet global et ne se limite pas aux seules salles d’exposition. Ainsi, la Fondation Cartier donne carte blanche à Patti Smith pour la programmation des Soirées Nomades, durant lesquelles elle chantera seule ou accompagnée de son groupe et se prêtera à des lectures informelles de poésie. La librairie de la Fondation Cartier deviendra pour un temps la bibliothèque personnelle de l’artiste. Ses choix de livres, de disques, de films et d’objets permettront aux visiteurs de pénétrer la richesse de son univers.

BIOGRAPHIE

Née à Chicago, Patti Smith grandit dans le New Jersey. Adolescente non-conformiste passionnée de Rimbaud, elle part pour New York en 1967 et y rencontre le photographe Robert Mapplethorpe. En 1969, le couple s’installe au Chelsea Hotel et se lie d’amitié avec des artistes et écrivains tels que Sam Shepard, Brice Marden, Allen Ginsberg et William Burroughs. S’absorbant dans la poésie et dans la scène, Patti Smith recherche passionnément une synthèse entre improvisation, politique et rock’n’roll. Elle sort un premier titre Hey Joe / Piss Factory en 1974, et contribue avec le groupe Television à créer un mouvement proto-punk, sur la scène du légendaire CBGB. En 1975, son premier album Horses, célèbre pour sa pochette – un portrait emblématique de la chanteuse par Robert Mapplethorpe – connaît un succès mondial et reçoit en France le Grand Prix du disque Charles Cros (1975).

Victime d’un grave accident en 1977, Patti Smith entre dans une longue convalescence, durant laquelle elle se plonge dans l’écriture poétique et publie Babel. L’année suivante, ses dessins sont exposés pour la première fois à New York à la Robert Miller Gallery. C’est aussi l’année de la sortie de l’album Easter, avec l’extraordinaire Because the Night, chanson co-écrite avec Bruce Springsteen.

En 1979, elle quitte New York pour Détroit dans le Michigan et épouse le musicien Fred Sonic Smith du groupe MC5. Ils ont deux enfants et enregistrent l’album Dream of Life, avec notamment l’hymne People Have the Power. En 1995, après la mort brutale de son mari, Patti Smith se réinstalle à New York avec ses enfants et reprend sa vie publique. En 2005, elle reçoit en France les Insignes de Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres. En 2007, elle est intronisée au Rock’n’Roll Hall of Fame de Cleveland, l’hommage le plus prestigieux accordé aux musiciens de notre temps.

FONDATION CARTIER pour l’art contemporain
261, boulevard Raspail 75014 Paris
Tél. 01 42 18 56 50 / Fax 01 42 18 56 52
fondation.cartier.com
L’exposition est ouverte tous les jours, sauf le lundi, de 11h à 20h.
Nocturne le mardi jusqu’à 22h.

Publié par Dissidenz le 13/02/2008 à 18:09

En avant jeunesse !

En avant jeunesseQu’on l’entende dans sa version originale portugaise (Juventude Em Marcha), en version anglaise (Colossal Youth) ou en version française (En avant jeunesse), le sentiment est le même. Le nouveau film de Pedro Costa est un monument édifié sur des bases nouvelles –et le titre anglais, en référence au monument de la pop qu’est le premier album des Anglais de Young Marble Giants, dit bien que ce jeune colosse vise aussi bien la détermination d’un manifeste que le cisèlement d’une chanson pop.

Depuis Casa de Lava en 1994, Pedro Costa tourne ses films dans les bidonvilles lisboètes de Fontainhas à Lisbonne, et avec ses habitants, en grande partie des immigrés cap-verdiens. Depuis Dans la Chambre de Vanda, il n’y tourne plus qu’avec le plus simple équipement, une caméra DV et quelques réflecteurs pour sculpter la lumière naturelle, afin de ne plus disposer une machinerie classique encombrante et déplacée entre lui et ses personnages (des non-acteurs issus du quartier). Le premier personnage fut une jeune femme toxicomane, Vanda ; puis les maîtres du cinéaste, Danièle Huillet et Jean-Marie Straub en montage au Fresnoy – Studio des arts contemporains à Tourcoing, dans le documentaire Où Gît votre sourire enfoui ? Même dispositif qu’il s’agisse d’une fiction ou d’un documentaire – une différence obsolète qui chez Costa s’est totalement résorbée.
On comprendra qu’importe avant tout la rencontre avec un homme ou une femme, et la bonne hauteur à trouver face à eux. La monumentalité d’En Avant Jeunesse – ne serait-ce que sa durée : 350 heures de rushes initiaux en un montage de 2h34 – est avant tout liée à la stature quasi mythologique de Ventura, son personnage, venu du Cap-Vert en 1972 et installé depuis à Fontainhas, roi que l’entame du film envoie tout de suite en exil : sa femme Clotilde le met à la porte et jette ses affaires par la fenêtre. Après ce divorce, En Avant Jeunesse devient fiction de la communauté : les proches que visite Ventura sont tous ses fils, comme Vanda, qui revient ici, est sa fille.
Lors d’une séquence, Ventura visite les salles cossues de la Fondation Gulbenkian, et lorsque son regard se fige d’un côté de la pièce, impossible de dire s’il contemple le Rubens ou le mur sur lequel il est accroché – murs que l’ancien ouvrier avait construit. C’est la même impression devant un film de Costa : visant aussi bien le beau que le nécessaire, cherchant à fabriquer l’image adéquate à la grandeur de ce prolétariat.

Bastien Hader

P.S. : La semaine prochaine sort L’état du Monde, film constitué de six courts-métrages commandé par la Fondation Gulbenkian, où l’on retrouve Costa aux côtés du thaïlandais Apichtpong Weerasethakul, de Chantal Akerman ou encore Wang Bing (A L’Ouest des Rails). Tarrafal est le plus beau : quinze minutes de sourde terreur empruntant à Ford aussi bien qu’à Tourneur, une histoire d’immigration et d’expulsion dans laquelle le diable, bien réel, est le ministre de l’Intérieur.

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