Foster Child, réintitulé John John pour sa sortie française, fut en 2007 l’une des grandes découvertes de la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes. Découverte, car le cinquième film de Brillante Mendoza provient d’une région du monde, les Philippines, d’où nous arrivent encore peu de films même s’ils intéressent de plus en plus les festivals ; la Berlinale vient d’ailleurs de programmer le sixième long-métrage du réalisateur, Tirador. Découverte qui en rappela à vrai dire une autre : celle de Keane, projeté quelques années plus tôt à la Quinzaine, qui décrit de manière très réaliste le parcours d’un père dont l’enfant a été enlevé. C’est la même angoisse de la perte qui traverse l’américain Keane et le philippin John John, la même manière ici et là d’emboiter le pas d’un héros dans de longs plans de pure déambulation.
John John raconte néanmoins une toute autre histoire : celle de Thelma, une femme qui élève des orphelins dans l’attente de leur adoption, et de John John, l’enfant qu’elle s’apprête à livrer à un couple américain dans la suite d’un luxueux hôtel de Manille. Comme souvent, le film tire sa force d’une précision quasi documentaire. On peut y voir, via le problème de l’adoption, les conséquences humaines du déséquilibre Nord-Sud. On peut encore admirer la manière dont Brillante Mendoza filme très simplement les allées et venues de ses personnages, depuis le bidonville où ils vivent jusqu’à l’hotel où ils se séparent, nous laissant découvrir une ville, la façon dont les habitants se l’approprient où au contraire se trouvent écartés des lieux d’argent et de pouvoir. Très beau film dont on peut espérer qu’il rencontrera un public et trouvera une diffusion hors de France, premier pays après les Philippines a l’avoir distribué en salles.
Bastien Hader