Le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC/VAL) expose depuis le 28 février une installation de Mark Wallinger, State Britain. Né en 1959, l’artiste anglais s’est fait connaître au début des années 1990 à la gallerie Charles Saatchi à Londres comme l’un des Young British Artists, aux côtés de Damien Hirst, Tracy Emin ou Rachel Whiteread, avec des travaux traitant des luttes sociales, du nationalisme, de la royauté ou de la religion, en peinture ou au travers d’installations, de sculptures ou de vidéos. Il a été le représentant du pavillon britannique à la Biennale de Venise en 2001 et a gagné en 2007 le prestigieux Turner Prize attribué chaque année par la Tate Gallery à un artiste emblématique de moins de cinquante ans, pour State Britain justement.
Imposante, l’œuvre est la reconstitution d’une accumulation de documents – bannières, photographies, peintures, articles, jouets – disposés en face de la Maison du Parlement à Londres par l’activiste Brian Haw, qui entendait ainsi protester contre la participation anglaise à la guerre d’Irak en confrontant les parlementaires aux images de leurs méfaits. En 2005, une loi interdisant de telles manifestations devant les lieux de pouvoir condamna l’initiative de Haw et l’assemblage fut démantelé. Avec l’aide de quinze assistants, six mois de travail et un budget de 90000 livres, Wallinger l’a reconstitué et installé dans l’enceinte de la Tate Modern, afin que l’œuvre sorte du périmètre défini par la loi nettoyant les abords de la Maison du Parlement, et soit surtout préservée par sa nouvelle légitimité d’art. Originellement longue de 40 mètres, State Britain s’est adaptée aux dimensions du MAC/VAL où l’affichage s’étale sur trois rangées et occupe une salle entière.
Il s’agit bien sûr d’un violent réquisitoire contre l’intervention anglo-américaine en Irak : un panneau à l’entrée avertit les visiteurs de la monstruosité de certaines images, des poupées disloquées ou lacérées font écho au sort d’enfants mutilés : « unbearable », clignote quelque part sur une pancarte. Mais l’œuvre a un impact tout aussi évident sur le monde de l’art, puisque le geste de Wallinger s’inscrit dans la perspective des ready-mades de Marcel Duchamp, des objets trouvés et faits art par la signature d’un artiste. Mais il ne s’agit pas d’une roue retournée ou d’un urinoir : la gratuité qui faisait la force du geste de Duchamp (retourner une roue de vélo, signer un urinoir) saurait difficilement se reconduire telle quelle à l’heure où l’essentiel de l’art contemporain s’inscrit dans la perspective du ready-made. Le décret d’art sert ici moins à faire entrer au musée un régime d’objets qui en étaient interdits qu’à préserver ce que le pouvoir a décidé de condamner au dehors. Le musée n’est plus ce lieu que le pouvoir contraint à la propreté et au bon goût : c’est peut-être que les villes sont aujourd’hui devenues des musées.
State Britain n’est pas sans rappeller Redacted, le grand film que Brian de Palma vient de réaliser sur l’Irak en recopiant en grande partie des images tirées d’Internet. C’est le même problème : les images atroces mais vraies de la guerre sont disponibles sur tous les réseaux mais éloignées des lieux de pouvoir, qu’il s’agisse de la place publique ou des cinémas. C’est aussi le même geste : artiste et cinéaste avouent simultanément la modestie d’un retard, celui que l’art soit aujourd’hui dépassé dans la représentation de la vérité par les médias alternatifs, et l’affirmation d’un pouvoir justement né du ready-made : un décret d’art, mais dans lequel l’esthétique ne se séparerait pas du politique.
Bastien Hader
MAC/VAL, Musée d’art contemporain du Val-de-Marne
Place de la Libération
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Le MAC/VAL est ouvert de 12h à 19h tous les jours de la semaine sauf le lundi.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h. Clôture des caisses 30 minutes avant la fermeture du musée. Fermeture les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.