Julia est une quadragénaire à la dérive n’assumant pas son alcoolisme. Son emploi perdu, elle s’allie à une mère qui veut arracher son propre fils des mains du grand père à qui il a été confié. Partie pour n’en tirer qu’une rançon, Julia retrouve au contact de l’enfant un sens à son existence.
On avait laissé Erick Zonca en compagnie du Petit voleur il y a déjà huit ans après l’avalanche de récompenses, amplement méritée, reçue par La Vie rêvée des anges. On le retrouve aujourd’hui pour la sortie en salles de Julia, qu’il a porté durant de nombreuses années et pour lequel il a refusé de nombreux projets en France et sur le continent américain. Julia convoque bien sûr le fantôme de Cassavetes, de Gloria à Meurtre d’un bookmaker chinois, mais la trame, loin du remake, tient de l’hommage, direct et assumé, à un cinéma américain lui même largement nourri de la nouvelle vague française. A contre pied de ce que l’on attendrait d’un réalisateur attiré à priori par les problématiques sociales, le film de Zonca se plonge dans les grands espaces et s’étourdit des couleurs flamboyantes de la magnifique photographie de Yorick Le Saux, collaborateur habituel de François Ozon, dans les cadres millimétrés d’une caméra à l’épaule, au plus près des émotions de ses personnages.
Pour parvenir à incarner cette héroïne et lui donner la part d’humanité nécessaire pour nous la faire aimer alors même que ses actes la rendent odieuse, il fallait une comédienne d’exception capable de rendre palpable la fragilité et les fêlures du personnage. Portant le film entièrement sur ses épaules, Tilda Swinton est aussi forte que fragile, aussi séductrice dans l’euphorie d’une fête trop arrosée que défaite quand le jour se lève à l’arrière d’une voiture où elle a finit la nuit. La comédienne britannique récemment oscarisée pour son rôle dans Michael Clayton de Tony Gilroy tient ici brillamment ce rôle difficile et exigeant, et offre au personnage l’élégance et l’érotisme diffus d’une silhouette dégingandée, quand son corps vacille sous les effets de l’alcool. Superbe portrait de femme, Julia est néanmoins avant tout un thriller, un vrai. Zonca brouille les repères du spectateur entre film de portrait, thriller diablement efficace, et récit d’un retour à la vie. A l’heure où nombre de jeunes cinéastes français partent réaliser pour Hollywood des films qu’ils ne pourraient jamais faire en France, Erick Zonca fait le même voyage pour y réaliser un film entièrement français (production, chefs de postes de l’équipe technique) et se réapproprier, au delà du simple tourisme cinématographique, l’imaginaire cinématographique mondial.
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