Chronique de Anna-Magdalena Bach (1968) de Danièle Huillet et Jean Marie Straub.
“Il y a une trentaine de plans dans le film, pas plus, en une heure et demie. C’est un des plus beaux films sur la musique et la plus belle mise en scène qu’on ait fait sur la musique. C’est fait avec une sobriété incroyable, des mouvements d’appareil très simples où le réalisateur disparaît dans son sujet. La grandeur d’un cinéaste c’est de disparaître, sans vanité, d’être à son propos. C’est un très grand film de cinéma. Disparaître sous le jour du presque rien, ça n’a l’air de rien mais ça laisse une impression immense. Je viens d’aller voir les huit heures de Shoah de Lanzmann au cinéma ce week end, c’est pareil. On se fait chier pendant, parce qu’il y a des longueurs, mais c’est terrible. Il y a forcément de l’ennui à fabriquer à l’intérieur de la joie, on ne peut pas faire un cinéma tout le temps au top. Les plus grands films que j’ai vu, je m’y suis toujours emmerdé mais j’en parle avec une joie immense. Le cinéma pour moi est une fabrique du souvenir. Pour les gens c’est souvent un spectacle. Le film de Straub n’est pas spectaculaire, le Lanzmann non plus, mais ils laissent une impression profonde, durable, qui nourrit énormément. Des expériences qu’on connaît aussi avec la littérature : on a parfois du mal à avancer mais cela fabrique de la mémoire”.
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