Publié par Dissidenz le 02/04/2008 à 16:59

Land 250, Patti Smith à la Fondation Cartier

Land 250, Patti Smith à la Fondation Cartier

On connaît essentiellement Patti Smith à travers sa carrière de musicienne emblématique de la scène new-yorkaise des années 70 et une poignée d’hymnes rock à la dimension planétaire (Gloria, Because the night co-écrite avec Bruce Springsteen, People have the power…). L’exposition qui s’ouvre à la fondation Cartier permet de reconsidérer dans la globalité de ses moyens d’expression une œuvre que l’artiste elle même considère comme totale.

Née à Chicago, Patti Smith part très tôt s’installer à New York où elle rencontre Robert Mapplethorpe dont elle partage la vie et avec qui elle noue des liens avec des écrivains comme Allen Ginsberg ou William Burroughs. Passionnée depuis son adolescence par la poésie et particulièrement par Arthur Rimbaud, ses premières prestations scéniques sont des lectures mises en musique. Parallèlement, elle commence à prendre des photographies et c’est à ses cotés que Robert Mapplethorpe débutera sa carrière de photographe. En 1975 la sortie de son premier album Horses frappe, au dela de ses qualités musicales, par sa pochette, une photo de l’artiste prise par Robert Mapplethorpe dont l’esthétique androgyne frappe toute une génération. En 1978, un an après un accident qui la privera de scène durant une longue période, ses dessins sont pour la première fois exposés à la Robert Miller Gallery de New York.

L’exposition qui s’ouvre à la Fondation Cartier jusqu’au 22 juin 2008, retrace le parcours artistique d’une personnalité hors du commun pour qui la chanson n’a jamais été qu’un moyen comme un autre d’exprimer une créativité nourrie par un imaginaire fortement marqué par la culture européenne. Les centaines de photographies exposées résument les quarante années de pratique de l’artiste, ses voyages, ses émotions, et sont autant de portes ouvertes sur l’univers culturel et référentiel qui irrigue son œuvre. Peu de portraits, peu de composition, le travail photographique de Patti Smith est essentiellement impressionniste, un travail de captation de l’instant, d’une fabrique de souvenirs, celui des lieux qu’elle a visité, des gens qui ont compté pour elle, celui surtout des figures qui nourrissent sa création : le lit de Virginia Woolf, la machine à écrire de Hermann Hesse, la tombe ou les couverts de Arthur Rimbaud. Cette approche se retrouve dans l’exposition de fétiches, d’objets-reliques des auteurs qui nourrissent sa créativité : des manuscrits originaux, une pierre ramassée au bord de la rivière où Virginia Woolf se noya, les mules du pape Benoit XV. On retrouve à différents moments cet attrait pour l’imagerie catholique : ici une installation autour de la cène, là, à coté des mules, un Christ et une couronne d’épines, partout des photographies de sculptures religieuses. De cet art impressionniste de la photographie on trouve la trace dans son travail de peintre et de dessinatrice. Travail d’esquisses, proche de l’art calligraphique, le plus souvent accompagné, cerné, de mots, de phrases qui donnent leur sens aux traits en même temps qu’ils s’en nourrissent. Il en est ainsi de l’ensemble de l’œuvre de l’artiste, les disciplines se nourrissant les unes des autres. Les films projetés à la Fondation Cartier sont à approcher du travail photographique, œuvres d’impressions, d’instants, dans lesquelles au bout du compte le verbe tient une place première. Car c’est bien là le point primordial de l’œuvre de Patti Smith, le verbe, la poésie, qui demeure le noyau autour duquel tout se construit et par lequel tout se conclu. On pouvait croire Patti Smith femme de musique éprise de photographie et de dessin, elle est avant tout femme de lettres, et nul doute qu’ils seront nombreux après avoir pénétré l’univers de l’artiste à travers l’exposition à se pencher plus avant sur son travail poétique, véritable nerf d’une œuvre passionnante à laquelle il est rendu ici un bien bel hommage.

Francis Chérasse.

1 Commentaire »

  1. Sympa ta chronique. Perso je n’ai pas accroché plus que ça à l’expo en soit, mais c’est vrai que c’est un belle hommage.

    Benjamin
    www.playlistsociety.fr

    Commenté par Benjamin F — 27/05/2008 à 3:57

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