Publié par Dissidenz le 17/04/2008 à 15:13

Ploy, de Pen-Ek Ratanaruang

PloyPen-Ek Ratanaruang est l’autre grand nom du cinéma thaïlandais contemporain, avec Apichatpong Weeraseethakul. Tous deux ont étudié aux Etats-Unis et trouvé une large audience grâce à l’intérêt des festivals internationaux – on se souvient d’une projection à Cannes en 2004 de Tropical Malady qui fit beaucoup de bruit, de portes surtout : un certain nombre de spectateurs s’étaient arrêtés à la radicalité du cinéma de Weerasethakul sans voir sa beauté vénéneuse digne de Mulholland Drive ou L’Aurore.
Cela dit, on trouve entre ces deux cinéastes peu de points communs. Venu du graphisme et de la publicité, Ratanaruang a une autre idée de la beauté, qui est avant tout pour lui un problème de style : caméra flottante, beaux ralentis et cadrages obliques. Un style éminemment vaporeux, qui n’a pas renoncé à élever le cinéma au rang d’Art, avec majesté et peut-être aussi un peu de préciosité. Un air d’apocalypse domine des récits souvent aussi simples qu’obscurs, rejetant toute violence au dehors pour n’en garder qu’une étrangeté inquiétante : après Last Life in the Universe en 2003, Vagues Invisibles suivait par exemple un homme de Macao à Hong-Kong en passant par Phuket, en représentant les méandres de sa culpabilité comme une bizarre organisation mafieuse. Grand influence du cinéma moderne chez lui : hébétude bergmanienne, silence et désolation antonioniennes.

Son sixième long-métrage, Ploy, devrait contenter les amateurs de ce cinéma, mais tout autant ceux qu’un tel programme rebutait, car cette fois tout est plus simple et si l’on ose dire, plaisant. Le thriller est toujours là, jamais abordé directement, toujours en attente. Mais il est guidé cette fois par des scènes érotiques très frontales. Ploy est le nom d’une jeune fille délaissée qu’un homme marié rencontre dans un bar, près d’un hôtel où il est séjourne avec sa femme dans l’attente d’un enterrement. Pris d’affection pour elle, il lui offre son canapé, ce qui fera fuir son épouse et mettra son couple en péril, tandis que dans une autre chambre (à moins qu’il s’agisse d’un autre hôtel) une femme de chambre et un barman se livrent à des jeux érotiques (lesquels ont valu au film quelques coupes de la censure thaïlandaise, après celles autrement plus incompréhensibles qui ont conduit Weerasethakul à ne pas sortir son dernier film, Syndromes and a Century, dans son propre pays). Deux histoires que seule la sensualité rapproche, et le talent de Pen-Ek pour concevoir des structures aussi complexes que fluides. Un film à ne pas manquer, après sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2007, et en attendant que Wonderful Town, premier film d’Addithya Assarat, grand prix du festival de Rotterdam, sorte dans nos salles et confirme la grande santé du cinéma thaïlandais.

Bastien Hader

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