Publié par Dissidenz le 28/05/2008 à 17:53

Soap et Caetera

SoapVainqueur du Grand Prix au Festival de Berlin 2006, Soap de la Danoise Pernille Fischer Christensen aura mis plus de deux ans pour enfin sortir en salles en France.

Il faut dire qu’il n’est jamais très évident de programmer du cinéma scandinave dans l’Hexagone, quelle que soit la qualité du film. Les exemples sont légion : quand bien même sélectionnés, voire récompensés lors de prestigieux festivals, des films tels que Elling de Petter Naess, Les chansons du deuxième étage de Roy Andersson, Insomnia d’Erik Skjoldbjaerg (qui a même fait l’objet d’un remake américain), Lilya 4-Ever de Lukas Moodysson ou plus récemment The Bothersome Man de Jens Lien (rebaptisé Norway Of Life pour sa sortie française) et même Le Direktor du Danois Lars Von Trier ont été largement sous-estimés par le public français. Quelles peuvent en être les raisons ? La langue ? (Peu de films sont doublés en français et l’oreille française semble mal s’accommoder des consonances scandinaves…) Le climat ? (Le public latin n’est peut-être pas habitué à la géographie et à la lumière des contrées du nord…) Le style, la culture scandinave ? (Un humour décapant, un sens de la dérision tragi-comique désarmant, des prises de position formelles aussi radicales qu’ imprévisibles, l’absence de frontière clairement définie entre le bien et le mal -à l’inverse du schéma américain- qui perturbe l’identification du spectateur à un héros précis) Ou tout simplement des a priori ? (cinéma scandinave = Bergman = prise de tête…)

Et pourtant le cinéma scandinave n’a jamais été aussi dynamique et innovant, laissant émerger de jeunes auteurs prometteurs ou confirmés à l’instar de Bent Hamer, Lukas Moodysson, Dagur Kari ou encore Susanne Bier, et non plus les seuls Kaurismaki, Bergman, Von Trier -encore que ce dernier n’a de cesse de se renouveler à chaque nouvel opus et se démarque à cet égard comme un des rares cinéastes établis à remettre en question, voire à jouer avec le cinéma comme le cinéma se joue peut-être de son public ! Dans Le Direktor par exemple, Lars Von Trier pousse ainsi le radicalisme jusqu’à produire des bonus DVD prolongeant la dérision du sujet du film et n’hésite pas à cet effet à désacraliser son statut de réalisateur et à casser l’image des comédiens –réduisant ainsi son équipe à de simples victimes de la machination du cinéma, ici incarnée, entre autres, par l’Automavision, procédé de cadrage aléatoire utilisé dans le film (excluant donc par moments les acteurs du champ et échappant ainsi délibérément au contrôle du metteur en scène !).

Pour revenir à Soap, Pernille Fischer Christensen traite de manière originale et audacieuse le sujet de la transsexualité, à travers l’histoire de Veronica, femme depuis toujours mais en attente de l’ultime opération qui entérinera sa féminité sur le plan anatomique. Veronica, femme introvertie et romantique, suit assidument, jour après jour, sa série préférée, un soap opera. Jusqu’au jour où elle fait la rencontre fortuite de sa nouvelle voisine, Charlotte, qui vient de larguer son petit ami et d’emménager à l’étage du dessus. Charlotte, extravertie et femme de caractère, est quant à elle anatomiquement comblée. Et pourtant, sa vie est loin de la satisfaire… Il lui manque quelque chose qu’elle n’arrive pas à définir : du piquant ? De l’insolite ? De l’amour ? Tout à la fois ? En tout cas, Veronica la fascine…

Plus exigeant que Transamerica, Soap s’aventure dans des sentiers formels à la fois sophistiqués et audacieux -à la manière d’un soap opera- et suit des personnages réalistes, complexes et attachants, le tout avec un ton tour à tour décalé, cru, humoristique, cruel, bref, scandinave à souhait ! Un OVNI bien frappé à découvrir absolument.

Françoise Duru

Publié par Dissidenz le 28/05/2008 à 17:53

YANN CORIDIAN - Directeur de casting

Gentille

Gentille (2005) de Sophie Fillières.
“C’est un film dans lequel le travail avec les acteurs est assez remarquable. Les comédiens ont beaucoup de choses à dire, à jouer en même temps, et elle arrive, je trouve, à faire sonner les mots avec la plus grande justesse qui soit. C’est très difficile car c’est très écrit, presque littéraire, mais le travail de mise en scène fait que tout d’un coup ça devient magique, simple, beau à écouter et on est complètement emporté par ce travail qu’elle a su faire avec eux sur le texte et le jeu. Tout d’un coup ça se rencontre vraiment et c’est au service d’un film drôle et inventif.”

Plus d’informations sur Gentille.

Lire l’entretien avec Yann Coridian.

Publié par Dissidenz le 28/05/2008 à 17:53

Entretien avec Yann Coridian, directeur de casting

Il est plus facile pour un chameau…

Comment avez vous débuté dans le cinéma ?
J’ai toujours voulu travailler sur des films, j’allais beaucoup au cinéma avec mon père et c’est vraiment ce que je voulais faire. J’ai commencé par hasard, en voyant un tournage de nuit à Paris, Jusqu’au bout du monde de Wenders, je regardais parce que ça m’intéressait et on m’a demandé de garer et garder les camions. J’ai rencontré l’assistant qui a pris mon numéro de téléphone et qui m’a appelé pour travailler sur un autre film. C’est comme ça que j’ai commencé, en étant stagiaire. J’avais 16 ans et demi, j’allais encore à l’école, j’ai tout arrêté pour travailler.

Comment a évolué votre parcours ?
J’ai été stagiaire à plusieurs poste, j’ai travaillé à la décoration, j’ai travaillé avec pas mal d’assistants et un jour on m’a proposé de travailler avec une directrice de casting. J’ai fait un film avec elle, puis deux, puis trois, ça m’a plu de travailler avec les acteurs et un jour on m’a proposé un premier film dont je m’occuperais seul du casting. J’ai commencé comme ça.

Quel est le rôle exact du directeur de casting ?
C’est de comprendre à la fois un scénario, des personnages, des dialogues et comprendre comment tout ceci peut être incarné, par qui, par quel genre de gens, par quel genre d’acteurs, essayer de comprendre le désir d’un réalisateur et lui amener des gens qu’il ne connaît pas forcément. Etre un intermédiaire entre des acteurs et un réalisateur, qu’il y ait entre eux une vraie rencontre, un désir partagé. C’est un rôle très effacé. C’est aussi travailler avec les acteurs, les faire répéter, faire des essais, les diriger dans la direction dont on a parlé avec le réalisateur. C’est un rôle d’écoute. Ce que j’aime aussi dans ce métier c’est que c’est un travail discret, même si on sait qu’il est important .

Le travail du directeur de casting s’arrête quand commence le tournage ?
Oui mais ça dépend, j’ai travaillé avec des enfants, des adolescents qu’il fallait parfois préparer à jouer, leur faire apprendre le texte, les aider à le comprendre. Mais c’est assez rare.

Comment travaillez vous ?
Avec les agents bien sûr mais aussi en allant au théâtre, en voyant beaucoup de films. Après c’est une affaire de goût, chaque directeur de casting a ses goûts propres et fait ses propositions dans une direction personnelle. Le travail dépend aussi de la façon de travailler du réalisateur, c’est un travail où on doit beaucoup s’adapter aux désir du metteur en scène tout en tenant son rôle en faisant des propositions qui nous sont personnelles. Le travail est réussi quand on arrive à mettre des choses personnelles. Je pense qu’on peut apporter une certaine couleur au film, très discrètement, très humblement. On a ses propres goûts ses propres références et on va instinctivement vers un certain type d’acteur en espérant que cela corresponde aux désirs du réalisateur mais généralement on travaille avec des réalisateurs avec lesquels on a des référents communs, on parle du scénario avant de s’engager et si on s’entend sur le scénario on s’entendra sur les acteurs aussi. On travaille vraiment à deux sur la distribution.

La distribution se conçoit de manière globale ?
C’est toute la difficulté quand c’est fait avec attention, il faut que chaque personnage soit juste dans la scène qu’il aura à défendre mais aussi par rapport à la scène qui vient avant et celle qui vient après, il faut une unité qui sera celle du film. Un casting réussi c’est un casting qui ne se voit pas vraiment. C’est un ensemble un casting, c’est en ça que ça peut donner une couleur à un film. C’est pour qu’on parle de « miscasting » quand d’un coup un acteur fait sortir le spectateur du film, c’est la qu’on se rend compte du travail que ça représente, quand l’erreur de casting rend le film bancal, l’abîme. Ce n’est pas nécessairement la faute de l’acteur, c’est l’erreur d’interprétation qu’on a pu faire de la lecture, l’erreur de direction qui appartient à la fois au metteur en scène et au directeur de casting. Notre rôle à nous c’est d’éviter ça. On réfléchit au casting dans son ensemble, comme on pense un scénario. On voit parfois un acteur très juste, très bien, mais qui va moins bien avec les autres comédiens que celui qu’on a vu juste avant, qui était un peu moins juste mais qui est plus juste avec son partenaire. La scène existera d’autant plus qu’on créra des paires, des couples de cinéma. A partir du moment où il y a deux personnages à l’écran il faut qu’il se complètent, se répondent, s’entendent, ce n’est pas simplement deux bons acteurs sinon ça fait performance et ce n’est pas intéressant, ce qui est intéressant c’est que les gens se parlent vraiment et qu’on oublie les acteurs.

Lire le Coup de coeur de Yann Coridian

Publié par Dissidenz le 21/05/2008 à 19:15

Rithy Panh, cinéaste de la mémoire et de la parole

S21 Cambodge, 18 mars 1970, Lon Nol premier ministre de Sihanouk, prend le pouvoir par un coup d’etat appuyé par les Etats-Unis qui cherchent ainsi à atteindre les troupes nord-vietnamiennes installées au nord du pays. Avec l’appui de la Chine, les Khmers rouges entament une lutte pour renverser le gouvernement. Invités par l’ancien Roi à lutter contre l’impérialisme américain, les paysans joignent massivement les troupes Khmères. Le 17 avril 1975, Phnom Penh tombe aux mains des rebelles communistes. Dans la nuit qui suit, les villes sont vidées de leurs habitants qui sont conduits dans les campagnes afin de subir une rééducation politique. Commence alors l’une des plus grandes tragédies du vingtième siècle, un génocide qui fera près de deux millions de morts sur une population totale de sept millions d’individus.

Le jeune Rithy Panh, onze ans, fait partie de ces cortèges de déportés contraint de quitter les villes pour subir l’endoctrinement de l’Angkar (l’organisation des Khmers rouges). Quand, le 2 janvier 1979, les vietnamiens, alliés d’hier dans la lutte contre les Etats-Unis, renversent le régime de Pol Pot, la peur, la faim, le travail forcé et la propagande ont détruit la mémoire et l’identité du peuple cambodgien. Comme nombre de ses compatriotes, Rithy Panh passe en Thaïlande où il retrouve miraculeusement sa sœur. Après être passé de camp en camp, il finit avec l’aide de la Croix Rouge par partir pour la France pour y rejoindre des frères qui avaient quitté le pays avant la tragédie.
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Publié par Dissidenz le 21/05/2008 à 19:14

ADELAIDE LEROUX - Comédienne

Les lumières de la ville
Les lumières de la ville (1931) de Charles Chaplin.

“Cela date de mon enfance, mes parents aimaient beaucoup les films de Charlie Chaplin. Ses films m’ont suivie et ils me suivent encore. C’est extraordinaire. Ce petit bonhomme était un grand homme. L’histoire des Lumières de la ville me touche, et particulièrement la fin. Elle le voit, et c’est la première fois qu’elle le perçoit dans toute sa sincérité, il y a là quelque chose de très touchant, très fort. Je trouve que les films de Chaplin ont encore un très fort écho aujourd’hui, il traversent le temps parfaitement.”

Remarquée dans Flandres de Bruno Dumont, qui remporta le Grand Prix du Jury au 59ème Festival de Cannes en 2006, Adelaïde Leroux est de retour sur la croisette cette année, aux côtés d’Isabelle Huppert et d’Olivier Gourmet, pour Home de Ursula Meier, présenté en séance exceptionnelle à la Semaine Internationale de la Critique. Le film sortira en salles à la rentrée.

Plus d’informations sur Les lumières de la ville

Publié par Dissidenz le 14/05/2008 à 10:10

Joseph Morder cinéaste de l’instant, entretien

J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un.Joseph Morder tient un journal autobiographique filmé depuis une quarantaine d’années, tirant partie de formats vidéo variés. Contacté par Benoît Labourdette, responsable du festival Pocket Films, afin de réaliser un long métrage en utilisant pour tout œil sur le monde la caméra d’un téléphone portable, Morder entre dans l’histoire du cinéma avec J’Aimerais partager le Printemps avec quelqu’un, tout premier long métrage sorti en salle entièrement tourné dans ce format d’image. L’événement pourrait sembler anecdotique si ce n’était le talent de Morder pour capturer, grâce à ce petit écran, des moments d’une poésie inhabituelle et juste : un chat qui s’amuse, une rencontre amoureuse, un séjour à la campagne… Le réalisateur joue également (et malgré lui, si on l’en croit) de l’élection du président Nicolas Sarkozy pour mettre en scène un personnage plus fantasmé que réel, sorte de monstre médiatique et visuel. Morder tire partie de la caméra « pocket » pour rajouter un chapitre à ce long journal qui puise dans les divers formats offerts par le cinéma, du super-huit au numérique. Admiré par Alain Cavalier, ce « filmeur » nous offre une œuvre qui n’est pas seulement une réussite technique mais aussi, et surtout, une réussite filmique.

Outre son journal filmé, constitué de divers films dont Les Nuages américains (1982), Joseph Morder a réalisé El Cantor (2005), Carlota (1992) et Mémoires d’un Juif tropical (1988). Ses films traitent, entre autres, du déracinement propre à la condition juive.

Lire la chronique de J’aimerais partager le Printemps avec quelqu’un.

Entretien avec Joseph Morder :

Avant de vous lancer dans un long métrage tourné en caméra de téléphone portable, aviez-vous vu des films réalisés dans ce format ? L’un d’eux vous a-t-il inspiré ?
Je savais qu’un certain nombre de films avaient déjà été réalisés au téléphone portable, et j’avais demandé à voir le premier, de Jean-Charles Fitoussi : Nocturnes pour le roi de Rome.
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Publié par Dissidenz le 14/05/2008 à 10:10

JOSEPH MORDER - Réalisateur

La nuit du chasseur, de Charles Laughton
La nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton
“C’est un film unique, le seul que Charles Laughton ait réalisé, et c’est un film hors-norme, inclassable. Entre cinéma pur et archaïsme - dans la mesure où il évoque les débuts du cinématographe. A chaque fois que je vois ce film, il me fait autant d’effet que la fois où je l’ai découvert. C’est un film qui, parmi d’autres, m’accompagne. J’ai d’ailleurs mon petit rituel à chaque fois que je le regarde : j’ai chez moi une poupée qui ressemble à celle en chiffon tenue par la petite fille du film, je la prends à chaque fois que je décide de le regarder.”

Plus d’informations sur La nuit du chasseur.

Lire l’entretien avec Joseph Morder.

Lire la chronique de J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un.

Publié par Dissidenz le 14/05/2008 à 10:10

J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un, de Joseph Morder

J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un.

Ouvrant un nouveau chapitre de sa « vraie-fausse » autobiographie (il s’agit en vérité d’une fiction inspirée du réel et traversée d’extraits pris « sur le vif » de certains passages de sa vie), Joseph Morder nous raconte l’histoire d’un Printemps partagé avec lui-même, avec ses plantes, des chats, un ami : Sasha, mais aussi Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et nous bien sûr, spectateurs, lecteurs complices de son journal intime.

Prenant clairement le parti de l’innocence et de l’amusement, Morder décline des petits moments de poésie en autant de saynètes où les objets et animaux de compagnie sont sublimés et humanisés l’espace d’un instant : conversation avec un chaton, petit lever royal des fleurs de sa terrasse, aperçu des rues de Paris… autant d’éléments anodins qui sont transformés et magnifiés par un regard épuré et savamment dirigé malgré le format peu ordinaire de son étrange caméra. Il faut voir ce traitement particulier de l’image où des vagues traversent l’écran et le contraste brut et instable de la lumière, plus blanche que lumineuse. La caméra-portable de Morder dresse une barrière entre l’œil et le monde ; ce dernier apparaît légèrement distant, étrange, parfois incompréhensible. Ce monde, le cinéaste le met en scène à travers l’utilisation d’un fait de société : l’élection présidentielle de 2007 et le duel « Royal VS Sarkozy ». La télévision devient l’arène où se joue le destin du peuple qui, absorbé par ce combat médiatique hors-norme, se fait également monstre médiatique et visuel.
Mais Morder plaide l’innocence et prône avant tout la recherche d’une simplicité modeste et drôle. Il le dit lui-même : il est le moins bien placé d’entre tous pour parler de son oeuvre. Aussi, il serait vain d’interpréter, voire de sur-interpréter son film. Disons simplement que Morder, en vrai poète, cherche l’image avant le sens et la beauté avant l’esthétisme. Son film est le témoignage rare d’un « capturer l’instant » poétique, souvent drôle, toujours astucieux.

Alexandre Péron

Lire l’entretien avec Joseph Morder.

Lire le coup de coeur de Joseph Morder.

Publié par Dissidenz le 07/05/2008 à 14:54

Jean-Claude Brisseau, cinéaste hors normes

Céline de jean-Claude BrisseauC’est en réalisant, en 1975, un premier film en Super 8, La croisée des chemins, que Jean-Claude Brisseau, alors professeur de français dans un collège de la banlieue parisienne -métier qu’il exercera pendant plus de vingt ans-, est remarqué par Eric Rohmer au cours d’un festival de films amateurs. Il travaille peu de temps après à l’INA qui produit en 1978 son premier long métrage : La Vie comme ca, tout d’abord destiné à la télévision. Ses premiers films pour le cinéma mettent en scène la cruauté et la violence -physique et morale- de la ville, dans une réalité intégrant des préoccupations spirituelles et métaphysiques qui sont le secret d’un cinéma hors normes, à la fois fantastique, social et romantique. Le mystique et l’irrationnel sourdent ainsi des murs des cités dans De bruit et de fureur, qui le révèle au Festival de Cannes en 1988, avant d’investir la demeure provinciale de Céline (1992), avec Lisa Hérédia et Isabelle Pasco. Il offre aussi à des actrices à l’image publique très forte des rôles inédits, à contre-courant, qu’il s’agisse de Vanessa Paradis dans Noce Blanche (1989) -son premier rôle au cinéma- ou de Sylvie Vartan dans L’ange noir (1994), donnant la réplique à Michel Piccoli et Tchéky Karyo, sur la musique envoûtante de Jean Musy. Six ans plus tard, Jean-Claude Brisseau signe Les savates du bon dieu, avec Stanislas Merhar et Raphaële Godin, que Louis Skorecki qualifiera de « sublime mélo hollywoodien, à mi-chemin des Amants du Capricorne et de la Comtesse aux pieds nus ». Puis avec Choses secrètes (2002) et Les anges exterminateurs (2006), présenté à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, il s’intéresse, comme nul ne l’a jamais fait auparavant, au désir féminin et à la transgression.

Cinéaste hors normes, donc, fasciné par Hitchcock et Buñuel, Jean-Claude Brisseau filme sur la corde raide, toujours à la limite, en dérapage contrôlé, pour faire un cinéma à la fois populaire et marginal, classique et expérimental, sans compromis, sans peur, sans reproche, sans tabou. “Buñuel en a bavé dans les trente dernières années de sa vie, dit encore Skorecki, et Brisseau se prépare bravement à deux ou trois dizaines d’années d’incompréhension.”
Le coffret 4 DVD qui vient de sortir permet de revenir sur quatre des films les plus essentiels de la filmographie de ce réalisateur inclassable et de lui rendre la place qui lui revient, celle d’un franc-tireur dont l’oeuvre passionnante mérite assurément une attention toute particulière au sein du cinéma français.

Découvez le coffret 4 films.

Publié par Dissidenz le 07/05/2008 à 14:53

BERNARD QUEYSANNE - Réalisateur

Un Petit Carrousel de fête
Un petit caroussel de fête (1956) de Zoltan Fabri.
“C’est un moment où il y avait en Hongrie une certaine liberté avant que les forces soviétiques ne viennent “rétablir l’ordre”, et Zoltan Fabri nous fait là un film absolument merveilleux qui est en fait beaucoup plus proche du néo-réalisme italien ou d’Une partie de campagne de Renoir. Il a une façon magnifique de filmer l’héroïne qui fait du manège au début du film et je crois que personne n’a jamais aussi bien filmé une fille, belle, jeune et amoureuse en train de faire du manège, à part la balançoire d’Une partie de campagne. On s’aperçoit qu’effectivement Fabri joue avec ce qu’on lui impose : le père de la fille quitte le Kolkhoze, ce n’est donc pas un très bon, la fille est amoureuse d’un membre de la coopérative mais le père veut qu’elle épouse un riche hobereau. C’est la lutte entre le père, la fille, l’amour, et c’est un film magnifique.”

Plus d’informations sur Un petit caroussel de fête.

Bernard Queysanne a commencé comme assistant-réalisateur, assistant-monteur, photographe de plateau ou encore directeur de production sur de nombreux films de Georges Franju, Philippe Labro, Robert Enrico, Serge Korber. On lui doit notamment Un homme qui dort, co-réalisé avec Georges Perec, qui remporta le Prix Jean Vigo en 1974.

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