C’est en réalisant, en 1975, un premier film en Super 8, La croisée des chemins, que Jean-Claude Brisseau, alors professeur de français dans un collège de la banlieue parisienne -métier qu’il exercera pendant plus de vingt ans-, est remarqué par Eric Rohmer au cours d’un festival de films amateurs. Il travaille peu de temps après à l’INA qui produit en 1978 son premier long métrage : La Vie comme ca, tout d’abord destiné à la télévision. Ses premiers films pour le cinéma mettent en scène la cruauté et la violence -physique et morale- de la ville, dans une réalité intégrant des préoccupations spirituelles et métaphysiques qui sont le secret d’un cinéma hors normes, à la fois fantastique, social et romantique. Le mystique et l’irrationnel sourdent ainsi des murs des cités dans De bruit et de fureur, qui le révèle au Festival de Cannes en 1988, avant d’investir la demeure provinciale de Céline (1992), avec Lisa Hérédia et Isabelle Pasco. Il offre aussi à des actrices à l’image publique très forte des rôles inédits, à contre-courant, qu’il s’agisse de Vanessa Paradis dans Noce Blanche (1989) -son premier rôle au cinéma- ou de Sylvie Vartan dans L’ange noir (1994), donnant la réplique à Michel Piccoli et Tchéky Karyo, sur la musique envoûtante de Jean Musy. Six ans plus tard, Jean-Claude Brisseau signe Les savates du bon dieu, avec Stanislas Merhar et Raphaële Godin, que Louis Skorecki qualifiera de « sublime mélo hollywoodien, à mi-chemin des Amants du Capricorne et de la Comtesse aux pieds nus ». Puis avec Choses secrètes (2002) et Les anges exterminateurs (2006), présenté à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, il s’intéresse, comme nul ne l’a jamais fait auparavant, au désir féminin et à la transgression.
Cinéaste hors normes, donc, fasciné par Hitchcock et Buñuel, Jean-Claude Brisseau filme sur la corde raide, toujours à la limite, en dérapage contrôlé, pour faire un cinéma à la fois populaire et marginal, classique et expérimental, sans compromis, sans peur, sans reproche, sans tabou. “Buñuel en a bavé dans les trente dernières années de sa vie, dit encore Skorecki, et Brisseau se prépare bravement à deux ou trois dizaines d’années d’incompréhension.”
Le coffret 4 DVD qui vient de sortir permet de revenir sur quatre des films les plus essentiels de la filmographie de ce réalisateur inclassable et de lui rendre la place qui lui revient, celle d’un franc-tireur dont l’oeuvre passionnante mérite assurément une attention toute particulière au sein du cinéma français.
Découvez le coffret 4 films.