Publié par Dissidenz le 25/06/2008 à 18:17

Festival Paris Cinema

Festival Paris Cinema

Présent dans une quinzaine de lieux à travers toute la capitale, dans et hors des salles de cinéma, le Festival Paris Cinéma propose au public une programmation ambitieuse et variée, en présence de nombreux invités :

La sélection internationale : Vitrine du cinéma contemporain à Paris, le festival présente une compétition internationale d’une quinzaine de longs métrages et autant de courts métrages (fictions et documentaires), ainsi que des avant-premières prestigieuses en présence des réalisateurs. Les films concourent pour le Pari du public, le Pari du jury, le Pari de l’avenir et le Pari de l’émotion – Kookaï Films.

Les invités d’honneur : Le Festival Paris Cinéma met chaque année en lumière des personnalités prestigieuses du cinéma mondial, à travers des hommages complets et vivants. Depuis la création du festival, le public a ainsi pu revivre l’œuvre mythique de certains réalisateurs, comme Michael Cimino, Oliver Stone ou Francesco Rosi, en leur présence, ainsi que le parcours d’immenses comédiens comme Jeanne Moreau, Jean-Paul Belmondo, Jackie Chan, Javier Bardem ou encore Sandrine Bonnaire…

Le pays à l’honneur : Après le Brésil, la Corée et le Liban, le Festival Paris Cinéma souhaite faire découvrir à ses spectateurs une nouvelle cinématographie contemporaine étrangère, et met cette année à l’honneur les Philippines pour un panorama d’une trentaine de films contemporains, parmi lesquels le meilleur du cru fiction des derniers festivals Cinémalaya, des documentaires, des courts, du cinéma expérimental, des films en projets… Jeunes talents à découvrir absolument !

Les événements : Parallèlement aux films diffusés en salles, des dispositifs originaux continuent de vous être proposés, dans un esprit d’échange et de convivialité : événements gratuits, projections à la belle étoile, soirées exceptionnelles, ciné-concerts, films à destination du jeune public, etc.

Les ateliers et rendez-vous professionnels : Chaque jour, sur entrée libre, le Festival Paris Cinéma vous propose d’assister à ses Paris CinéCampus, constitués d’ateliers, de leçons de cinéma, de masterclass et de tables rondes, permettant de rencontrer les réalisateurs et acteurs invités par le festival, mais aussi de découvrir les coulisses du cinéma à travers des représentants de métiers souvent méconnus.

Pour sa 6e édition, le Festival Paris Cinéma invite de nouveau les professionnels français et européens, autour de sa plateforme de co-production Paris Project, pour découvrir et accompagner une douzaine de projets étrangers à la recherche de financements.

Téléchargez le programme au format PDF

Plus d’informations sur le site du festival

Publié par Dissidenz le 25/06/2008 à 14:40

Tout Aki Kaurismaki en DVD ou Les perdants magnifiques

Tout KaurismakiEn 2002 le festival de Cannes consacre Aki Kaurismaki. L’Homme sans passé obtient le Grand Prix du Jury et son actrice fétiche, Kati Outinen, le prix d’interprétation féminine. Une récompense méritée pour ce cinéaste finlandais qui s’est imposé en un peu plus de vingt ans et une quinzaine de films grâce à son style désenchanté et tendre.

Car Aki Kaurismaki c’est avant tout une façon inimitable de rendre compte de la noirceur du monde, des “gens de peu” qui le peuplent, anti-héros dignes et drôles à force d’impassibilité. Il y a quelque chose du Droopy, le chien de Tex Avery chez ses personnages qui traînent leurs carcasses dans les no man’s land des villes ou des campagnes et semblent dire comme lui et sans jamais sourire “You know what ? I’m happy”.

Aki Kaurismaki, c’est une façon de résister, par l’épure minimaliste et la stylisation burlesque, au monde qui va trop vite et écarte sur son passage tout ce qui « ne cadre pas ». Il lui suffit d’une femme assise dans une soirée et attendant en vain qu’on vienne l’inviter pour peindre la solitude. Il lui suffit d’un bouquet de fleur pour raconter une romance naissante. Ses acteurs ne sont pas particulièrement beaux, mais ils incarnent avec poésie et humour la grandeur et la misère de la condition humaine. Sa « trilogie des marginaux » (ses films les plus récents, avec Au loin s’en vont les nuages, L’homme sans passé, et Les lumières du faubourg) ou son autre trilogie, plus ancienne, dite “des ouvriers” (avec les bijoux que sont Shadows in Paradise, Ariel, et La fille aux allumettes), sont ainsi des peintures sans pathos de “ceux qui se lèvent tôt”, des loosers en tout genre qui tentent de survivre dans un univers hostile sans jamais perdre leur dignité.
La grande cohérence de son œuvre n’exclut pourtant pas la diversité. Car soudain surgit La Vie de Bohême, dans un Paris reconstitué ou Juha, au noir et blanc somptueux, « dernier film muet du XXe siècle ». Surtout, l’intégrale est l’occasion de se régaler de quelques raretés, comme ses courts-métrages musicaux dont l’inénarrable Those were the days, où un cow-boy et son âne cherchent refuge dans un café de Paris. Ou comme Calamari Union, son second film resté inédit, sorte de pochade noir et blanc et jazzy qui relate la traversée de la ville (à haut risque !) par un groupe de Pieds Nickelés déjantés plus tout jeunes qui s’appellent tous Frank. L’esprit des “Leningrad Cowboys“, ce groupe de “très mauvais rock” aux bananes improbables et aux santiags archi-pointues qui vaudra au réalisateur un franc succès en 1989, est déjà là.
Enfin, l’intégrale est l’occasion de suivre la « famille Kaurismaki». En effet, le cinéma du Finlandais est aussi une histoire de fidélité : le même chef opérateur depuis ses débuts, quelques acteurs fétiches : Kati Outinen et son menton rentré, déchirante et troublante de solitude, Matti Oulippää indéfectible complice depuis sa première apparition, la raie sur le côté, dans Crime et châtiment, jusqu’à sa mort prématurée en 1995… “Je ne comprends pas pourquoi il faudrait remplacer un acteur parfait par un autre, pour le seul plaisir d’en changer. John Ford ou Howard Hawks ont gardé John Wayne dans leurs westerns parce qu’il était le meilleur dans ce genre de rôles”, dit-il…

Emmanuelle Mougne

Coffret Aki Kaurismaki, Pyramide Distribution
25 ans de cinéma en 16 longs-métrages et 9 courts métrages

Publié par Dissidenz le 25/06/2008 à 14:40

FABRICE DU WELZ - Réalisateur

Hardcore
Hardcore (1979) de Paul Schrader.
“Dans Hardcore, comme dans American Gigolo, Schrader termine son film - comme les Dardenne l’ont aussi fait dans L’Enfant - comme Pickpocket de Bresson, “il m’a fallu du temps pour arriver jusqu’à toi”. Sous ses dehors de film un peu crapuleux, c’est un grand film, un film qui m’a toujours bouleversé, avec ce personnage confronté à ses propres démons, aux choix de vie qu’il a fait, sa foi remise en doute par les plaisirs terrestres, ce personnage constamment dans une quête de rédemption, je trouve que c’est un film d’une grande force et d’une grande beauté. On compare toujours Schrader à Scorsese, ce sont un peu des frères, et s’il n’y a pas le génie de mise en scène de Scorsese chez Schrader, il y a quelque chose de toujours en apnée, quelque chose de malade qui personnellement me touche beaucoup. Et cette obsession complète de la rédemption est quelque chose de fascinant, toujours dans un environnement complètement spectaculaire, qui bouscule la morale, les tabous. La quête de ce père dans cette Californie très eighties, livré à toutes les abominations terrestres, est vraiment une descente en enfer, à la recherche de lui-même finalement. On parle souvent de la fin, mais comme dans American Gigolo où il cite directement le film tel quel, c’est vraiment Pickpocket qu’il reprend dans Hardcore et cette fin est très cohérente.”

Plus d’informations sur Hardcore.

Metteur en scène trentenaire, né et formé en Belgique, diplômé de l’INSAS, Fabrice du Welz a réalisé en 2002 le très remarqué Calvaire. Son prochain long métrage, Vinyan, tourné en Thailande avec Emmanuelle Béart et Rufus Sewell devrait sortir en octobre.

Publié par Dissidenz le 19/06/2008 à 11:39

Barry Purves, génie de l’animation

Barry PurvesAnimateur et cinéaste britannique, Barry Purves a réalisé un grand nombre de publicité et d’animations pour divers médias et supports qui ont fait sa renommé outre-manche ; mais il a également réalisé un certain nombre de films autonomes, véritables petits chef d’œuvre d’un inventivité folle, aujourd’hui regroupés dans un superbe DVD.

Ayant suivi des études de théâtre et de civilisation grecque avant de travailler comme régisseur théâtral, Barry Purves a placé le geste et le spectacle au cœur de son œuvre. De Next, audition d’un William Shakespeare par un metteur en scène inattentif à l’effigie de Peter Hall, de Screen Play et son théâtre bunkaru, de Rigoletto à son Gilbert & Sullivan, Barry Purves place la scène au cœur de son dispositif, pour en tirer le sujet de son film ou faire du cadre spatial restrictif qu’elle impose le terrain de toutes ses expérimentations. Les merveilleux Screen Play et Achilles en sont le meilleur exemple. Utilisant les espaces définis de petits théâtres aux proportions réduites, Purves y crée des univers terriblement expressifs par la précision des gestes de ses marionnettes alliée à un travail stupéfiant sur les éclairages sculptant les corps et accompagnant les émotions de ses protagonistes. Sans décors ou presque, les amours d’Achille et de Pétrocle acquièrent, entre les mains de Purves, une dimension charnelle inattendue et terriblement touchante.

Mais ce qui stupéfie chez Barry Purves, au delà de la précision des gestes et de leur formidable expressivité, c’est tout ce qui ne touche justement pas à l’animation. Ce qui frappe le plus quand on découvre ses films c’est tout le travail autour de la mise en scène - le soin apporté aux décors, aux éclairages savamment travaillés, aux palettes chatoyantes des costumes et des décors, au découpage extrêmement dynamique - et plus particulièrement les mouvements d’appareil. Panotant, pivotant, zoomant avec une fluidité étonnante, la caméra de Purves crée un dynamisme jubilatoire et plutôt inattendu sur le terrain de l’animation. L’art de Barry Purves ne réside finalement pas tant dans ses incroyables qualités d’animateur, dans la justesse et la précision des gestes de ses personnages, que dans ses formidables talents de conteur et sa maîtrise à faire de ses petits récits de grands voyages émotionnels par le biais d’une mise en scène et d’une écriture d’une inventivité et d’un dynamisme formidables.

Le DVD qui vient de sortir chez Potemkine regroupe les courts métrages Next (1989, 5 min), Screen Play (1992, 11 min), Rigoletto (1993, 30 min), Achilles (1995, 11min), Gilbert and Sullivan, the Very Models (1998, 16 min) et Hamilton Matress (2001, 30 min), il est accompagné de suppléments passionnants (introductions des films par le réalisateur, entretien entre Purves et Michel Ocelot) et d’un superbe livret particulièrement riche. Un écrin luxueux pour un maître de l’animation dont il convient de découvrir l’univers passionnant sans plus tarder.

Olivier Gonord

Publié par Dissidenz le 19/06/2008 à 11:37

SANDRINE PILLON - Productrice

Depuis qu’Otar est parti
Depuis qu’Otar est parti (2003) de Julie Bertuccelli.
“C’est le destin de trois femmes, décrit de manière très sensible par Julie Bertuccelli dont c’était le premier film. C’est un film qui m’a aussi permis d’une certaine façon de découvrir la Géorgie, son histoire, son passé, son présent. Ce sont trois générations de femmes, une fille, sa mère et sa nièce. Elles vivent en Géorgie et le seul de fils de la famille est parti travailler à Paris. Leur vie est rythmée par les lettres de ce fils dont la femme et sa nièce apprennent un jour la mort accidentelle qu’elles décident de cacher à la grand mère. Par ce mensonge des sentiments vont se dévoiler, des envies également, le rêve de la nièce de voyager, d’aller à paris, ses rêves de littérature. C’est une approche très sensible de ces personnages, tout en regards, en silence, c’est un très beau film. »

Plus d’informations sur Depuis qu’Otar est parti.

Lire l’entretien avec Sandrine Pillon

Publié par Dissidenz le 19/06/2008 à 11:37

Entretien avec Sandrine Pillon, productrice

Les Volets

Comment avez vous débuté ?
J’ai fait une école de cinéma, l’ESEC, et j’ai ensuite débuté comme perchman sur différents films et publicités. J’ai par la suite fait du montage traditionnel à Montréal et également du montage son à Paris. A force d’être sur les tournages, à me mêler un peu de tout, a nouer des contacts, j’ai pu me rendre compte que la production est ce qui me convenait le mieux.

Comment est venue l’envie de créer votre propre structure ?
J’ai travaillé pendant plusieurs années comme assistante de production, c’est un métier très prenant et au bout d’un moment tu finis par te dire que tu as aussi envie de travailler pour tes propres projets, avec des réalisateurs que tu choisis. C’est une évolution logique de vouloir aussi produire des projets qui te tiennent personnellement à cœur.

Votre société produit des courts métrages, qu’est ce qui diffère fondamentalement entre la production d’un court et d’un long métrage ?
Il y a moins de contraintes, c’est plus rapide, et la liberté est plus grande dans le court métrage, on peut essayer des choses sur lesquelles il ne serait pas possible de prendre de risque sur un format plus long.

Quelles sont les possibilités de diffusion pour un court métrage aujourd’hui ?
Quand on a de la chance ce sont les chaînes de télévision, France télévision, Canal Plus et Arte, TF1 et M6 n’achètent pas de courts métrages, mais c’est surtout la vie en festivals qui est primordiale. Tous les films ne sont pas achetés par les télévisions mais ils peuvent être beaucoup vus dans les festivals, dans le monde entier, et faire une très belle carrière.

La prochaine étape pour vous c’est le passage au long métrage ?
C’est ce qu’on est en train d’essayer de faire, passer au long métrage et développer un peu plus de documentaires. Le cheminement logique est de s’essayer avec les réalisateurs au court métrage, de se connaître, de former un duo, et de passer avec eux au long.

Comment sélectionnez vous les projets que vous produisez ?
C’est avant tout une rencontre et une envie, partagée. Il faut aussi que nos films et notre façon de produire convienne au réalisateur, c’est très important. Même si cela va plus vite que pour un long métrage, on met bien deux ans à travailler ensemble, à beaucoup se voir et se parler.

Quelles sont les différences entre le financement du court métrage et du long ?
Il y a le CNC, les chaînes de télévision et les régions. Après quand on traite de certains sujets on peut avoir l’aide de banques. Cela diffère du long métrage en ceci que, les investissements étant moins important, on a moins à faire face à des commissions qu’à des individus. Si on a pas le CNC et une chaîne c’est très difficile de financer un court métrage, sauf à décider de le faire en HD ou en vidéo.

Votre société produit essentiellement sur film ?
Nous n’avons fait que des courts métrages en Super 16 ou en 35 mm. L’année dernière on a fait un film en vidéo qu’on espère kinéscoper. Là, je vais en produire un autre en HD, je n’ai ni eu ni le CNC ni aucune chaîne vu que pour l’instant les chaînes ont décrété qu’elles n’achètent plus si il n’y a pas au moins le CNC et une région. Ca se mord la queue. Donc soit tu abandonnes le film, parce qu’avec une seule région tu ne peux pas et payer les gens au tarif et tourner sur pellicule, ce n’est pas suffisant, soit tu tournes en vidéo et tu espères une aide au kinéscopage des régions Ile de France ou Seine Saint Denis.

Votre premier court métrage (Les Volets de Lyèce Boukhitine) a été sélectionné pour les Césars, en avez vous ressenti l’impact ?
Quand on a été sélectionné notre film avait déjà fait un an de carrière, énormément de festivals dans le monde entier, je dirais même que les Césars l’ont sélectionné parce qu’il avait déjà fait une jolie carrière. Alors oui, ça a un peu relancé la carrière du film mais c’est surtout au niveau de notre société que cela été positif, cela nous a rendu crédible en tant que jeune boite, on avait déjà fait quelque chose qui se tenait.

Lire le coup de Coeur de Sandrine Pillon

Publié par Dissidenz le 12/06/2008 à 14:31

Le Jardin des Finzi-Contini, une certaine histoire de l’Europe

Le jardin des Finzi-ContiniFerrare, Italie, 1938. Jardin d’Eden de la jeunesse dorée, le vaste domaine des Finzi-Contini, riche famille aristocratique juive, s’ouvre aux jeunes membres de la classe moyenne quand les clubs sportifs sont du jour au lendemain interdits aux juifs. Dans cet espace préservé, Giorgio et Micol vivent une histoire qui ,d’amicale depuis l’enfance, est devenue peu à peu amoureuse pour Giorgio.

Alors que l’Italie sombre progressivement dans le fascisme et que l’Europe toute entière est sur le point de s’embraser, les Finzi-Contini nous sont présentés comme vivant en vase-clos sur leur domaine fermé, quasiment imperméable à l’extérieur, gardiens d’un art de vivre en voie de destruction. Les quatre années que couvrent le récit suivront l’évolution des relations entre Giorgio, lettré issu de la classe moyenne, et Micol, fille de l’opulente famille des Finzi-Contini. Autour de cet espace protégé le monde bouge et les mentalité évoluent, progressivement polluées par l’idéologie fasciste. Ignoré, mésestimé, le nouvel ordre qui écrase l’Europe finira par pénétrer (littéralement dans la scène clé du récit) et finalement engloutir le domaine.

A l’image de la belle Micol (formidable Dominique Sanda), la famille semble désespérément passive face aux changements radicaux qu’instaurent les lois raciales mussoliniennes et l’avènement des chemises brunes. Baigné dans une photographie très travaillée dont les évolutions marquent celles de l’époque, le film de Vittorio de Sica, qui signait ici son plus grand chef d’œuvre aux cotés de ses merveilles néo-réalistes (Le voleur de bicyclette, Umberto D.), adopte une distance glacée et fait des Finzi-Contini les représentants d’une certaine idée de l’Europe, de ses valeurs et de sa culture à travers son aristocratie, face à la montée du fascisme. « Lorsque je montre l’espoir de ces gens de revenir en Italie, lorsque je les montre peu soucieux des menaces qui pèsent sur eux, lorsque le père dit «Mussolini, c’est mieux qu’Hitler», lorsque le fils reproche de n’avoir pas levé le petit doigt quand certaines personnes étaient persécutées, je pense avoir bien reflété la situation de l’époque. » L’ambition de De Sica n’est bien pas tant de s’attacher à dépeindre les amours de Micol que d’en faire une image vivante de la position de l’aristocratie face aux régimes fascistes en Italie, mais aussi dans l’Europe entière. Les Finzi-Contini, seront balayés par le vent de l’Histoire et, avec eux, une certaine idée de l’aristocratie européenne dont la seconde guerre mondiale a définitivement sonné le glas.

Francis Chérasse.

Plus d’informations sur Le jardin des Finzi-Contini

Publié par Dissidenz le 12/06/2008 à 13:31

JEROME PRIEUR - Réalisateur

L'armée des ombres
L’armée des ombres (1969) de Jean Pierre Melville
« J’ai revu récemment le film et il m’a beaucoup surpris par rapport au souvenir que j’en avais. J’avais le souvenir d’un film beaucoup plus officiel sur la résistance, sorti en 69, marqué par la vision gaulliste de l’histoire, dans le culte du héros résistant, mais c’était un faux souvenir. La réalité du film, qui joue d’ailleurs beaucoup sur les fausses impressions, sur les faux souvenirs, comme chez Hitchcock d’ailleurs, c’est une vision très noire de la résistance, pas du tout lénifiante comme on a pu malheureusement en avoir des exemples récents qui voudraient que tous les français aient été résistants. Le film de Melville montre très bien que les types qui se sont engagés à cette époque là étaient vraiment une poignée, menacés, hors la loi, et être hors la loi c’est être prêt à tout, au pire, de ce coté le film n’est pas très tendre. Il y a cette scène dont on se souvient quand on a vu le film, la mise à mort d’un ” traître “, le mot paraît presque disproportionné par rapport à ce qu’il a fait, qu’il faut tuer alors qu’ils sont installés dans une maison mitoyenne d’un appartement dans lequel on pourra entendre tous les bruits, et tout le jeu, entre guillemets, autour de la mise à mort est qu’elle doit se faire sans bruit, sans cri, sans drame alors que la situation est absolument terrible. Il y a cette scène dont on se souvient mais il y a surtout cette autre scène ; alors que Lino Ventura s’échappe du camp d’internement dans lequel il est prisonnier au début du film et se retrouve finalement arrêté par les français puis les allemands et qu’il attend dans une kommandantur qu’on l’interroge. Les heures passent, il est avec quelqu’un qui a été lui aussi arrêté, et à un moment donné Ventura fait signe à son camarade d’infortune avec qui il ne communique pas du tout, c’est aussi toute force du film de Melville de ne pas dire les choses, de ne pas les montrer, il lui fait signe que c’est le moment ou jamais de passer à l’action s’ils veulent tous les deux s’en sortir, ce qu’au bout d’un certain temps le jeune homme fait, il se précipite sur qu’il croit être une ouverture et se fait évidemment immédiatement tuer par la sentinelle. Mais, et c’est là que c’est très retors, c’était tout le stratagème imaginé par le héros positif qu’est Lino Ventura dans tout ce film, pour lui même pouvoir s’en aller. Cette scène je la trouve d’une violence et d’un réalisme, d’une vérité, absolument stupéfiante. »

Plus d’informations sur L’armée des ombres.

Après des études supérieures de lettres et de droit, Jerôme Prieur collabore à diverses revues littéraires, dont Les Cahiers du Chemin et Obliques, puis tient la chronique cinéma de La Nouvelle Revue Française (1976-1983). Il devient producteur pour l’INA (1980 à 1989) et dirige la collection de portraits d’écrivains contemporains Les Hommes-Livres. Il a également travaillé au scénario et aux dialogues de plusieurs longs métrages dont Le Pont du Nord de Jacques Rivette, Hôtel du Parc de Pierre Beuchot, En compagnie d’Antonin Artaud de Gérard Mordillat d’après Jacques Prevel et Paddy d’après Henri Thomas. Parallèlement, Jérôme Prieur a entrepris avec Gérard Mordillat un vaste travail qui a donné lieu aux films somme que sont L’origine du Christianisme et Corpus Christi et à plusieurs livres. Le tandem termine actuellement le nouveau volet de ces études, L’Apocalypse, dont la première diffusion est prévue pour la fin de l’année.

Publié par Dissidenz le 04/06/2008 à 17:15

Sparrow de Johnnie To

Sparrow
Dans la très longue filmographie de Johnnie To, on trouve bien sûr des films de gangsters en majorité ; il tournera d’ailleurs bientôt un remake du Cercle Rouge avec Orlando Bloom et Alain Delon. Mais le cinéaste hong-kongais a prouvé à de nombreuses reprises son aise au jeu du romantisme, de la science-fiction, des arts martiaux, voire du cartoon : Sparrow est de cette seconde tendance, celle du charmant Yesterday Once More et du fantasque Running on Karma.
L’histoire est simple, c’est celle d’une jeune femme taïwanaise mariée à un homme puissant qui la retient en lui dérobant son passeport. Elle séduit quatre pickpockets qui le récupèreront pour elle, dans une séquence finale d’une très grande beauté, inspirée des Parapluies de Cherbourg. Cette référence ne s’arrête pas là. La passion de plus en plus déclarée de Johnnie To pour le cinéma français rayonne dans tout le film et lui confère un caractère nostalgique : Kei, le personnage principal incarné par le Clooneyesque Simon Yam, déambule dans les rues de la vieille ville sur un vieux vélo et armé d’un antique appareil photo. Par là, Sparrow nous offre de purs documents sur la ville, d’autant plus tranchants que To n’est pas réputé pour cela mais pour une mise en scène aérienne qui remet toute chose, même fixe, dans de majestueux mouvements. Cette pente documentaire est nouvelle pour Johnnie To, qui a d’ailleurs en ce moment un projet de film historique avec un cinéaste auquel on ne l’aurait pas associé spontanément, Jia Zhang-ke.
C’est par là qu’il faut remettre en cause la légèreté du film. Cette légèreté, on n’en parle pas précisément parce que le film lui-même s’en moque : si « sparrow » (moineau) désigne dans l’argot local un pickpocket, on peut s’amuser à voir des métaphores partout : images prises à la volée sur un vélo, une belle femme gardée en cage et un passeport symbolisé par une clé, etc. Une seule importe : Johnnie To pose sur la ville un œil d’oiseau. Là où l’action appelle depuis une décennie un traitement horizontal (bullet-proof de Matrix ou travelling latéral d’Old Boy), To revient à la verticalité, filme la rue depuis les toits et vice-versa, tandis que ses personnages dévalent des escaliers à toute vitesse, que des talons se cassent et que les vélos prennent les pentes les plus raides.
Sparrow affirme en réalité, plus nettement que les films précédents et sans doute moins que les films à venir, l’attachement du cinéaste à sa ville, et sa volonté d’inventer sa dernière image. Ville en transition puisqu’en 1997 on lui accordait cinquante ans de répit avant la totale rétrocession à la Chine : d’ici à 2046, Hong-Kong est encore libre de vivre comme elle le veut. Les scénarios peuvent bien rétrécir, l’important est d’habiter une ville, de filmer avant qu’elle disparaisse. D’ici à 2046, c’est un long sursis, et l’apesanteur de la mise en scène de To est peut-être la meilleure image de ce temps suspendu.

Bastien Hader

Publié par Dissidenz le 04/06/2008 à 17:15

EMMANUELLE CUAU - Réalisatrice

Le dernier des hommes
Le dernier des hommes (1924) de F.W.Murnau.

“Emil Jannings est un comédien incroyable. C’est l’histoire de cet homme, liftier dans un grand hôtel, avec ce costume qui a pour lui une importance énorme, ce costume qui fait qu’il est respecté quand il rentre chez lui. Très vite au début du film, comme il chute avec une malle, il est relégué comme Monsieur pipi. Il descend des escaliers très profonds, qui n’en finissent plus, dans lesquels il disparaît dans le noir, jusqu’à ne plus exister. Comme il va marier sa fille il veut lui cacher qu’il a été destitué. C’est un film sur l’apparence, sur comment cet homme, même s’il sait que c’est vain, se raccroche à ce costume de liftier. Comment il veut se sacrifier pour sa fille, parce qu’il ne veut surtout pas qu’elle ait honte. C’est tout simplement humain, et chaque plan est là pour faire avancer et raconter quelque chose, de façon très prenante. Quand on le voit descendre vers les toilettes, on le voit vraiment descendre dans les entrailles du monde. Ce n’est pas un film noir, il ne raconte pas une histoire d’amour mais il en est plein, parce que le personnage est généreux, qu’il est attentif. Il ne se rebelle jamais, il accepte des choses effrayantes parce qu’il n’a pas le choix, c’est aussi un film sur le statut social lié à l’apparence, à tout ce que représente cet uniforme. Emil Jannings est seul dans le film à porter tout ça, avec cette histoire de veste qu’il a puis qu’il n’a plus, dont il refuse d’avouer la perte, il ne veut surtout pas dire à sa fille qu’il est devenu Monsieur pipi, tout son statut et le respect dans son quartier sont liés à cette veste, parce qu’il est portier dans ce grand hôtel de luxe et que au delà du salaire c’est le vêtement, la représentation. C’est un film bouleversant que je recommande souvent.”

Plus d’informations sur Le dernier des hommes.

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