
Le dernier des hommes (1924) de F.W.Murnau.
“Emil Jannings est un comédien incroyable. C’est l’histoire de cet homme, liftier dans un grand hôtel, avec ce costume qui a pour lui une importance énorme, ce costume qui fait qu’il est respecté quand il rentre chez lui. Très vite au début du film, comme il chute avec une malle, il est relégué comme Monsieur pipi. Il descend des escaliers très profonds, qui n’en finissent plus, dans lesquels il disparaît dans le noir, jusqu’à ne plus exister. Comme il va marier sa fille il veut lui cacher qu’il a été destitué. C’est un film sur l’apparence, sur comment cet homme, même s’il sait que c’est vain, se raccroche à ce costume de liftier. Comment il veut se sacrifier pour sa fille, parce qu’il ne veut surtout pas qu’elle ait honte. C’est tout simplement humain, et chaque plan est là pour faire avancer et raconter quelque chose, de façon très prenante. Quand on le voit descendre vers les toilettes, on le voit vraiment descendre dans les entrailles du monde. Ce n’est pas un film noir, il ne raconte pas une histoire d’amour mais il en est plein, parce que le personnage est généreux, qu’il est attentif. Il ne se rebelle jamais, il accepte des choses effrayantes parce qu’il n’a pas le choix, c’est aussi un film sur le statut social lié à l’apparence, à tout ce que représente cet uniforme. Emil Jannings est seul dans le film à porter tout ça, avec cette histoire de veste qu’il a puis qu’il n’a plus, dont il refuse d’avouer la perte, il ne veut surtout pas dire à sa fille qu’il est devenu Monsieur pipi, tout son statut et le respect dans son quartier sont liés à cette veste, parce qu’il est portier dans ce grand hôtel de luxe et que au delà du salaire c’est le vêtement, la représentation. C’est un film bouleversant que je recommande souvent.”
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