Publié par Dissidenz le 12/06/2008 à 14:31

Le Jardin des Finzi-Contini, une certaine histoire de l’Europe

Le jardin des Finzi-ContiniFerrare, Italie, 1938. Jardin d’Eden de la jeunesse dorée, le vaste domaine des Finzi-Contini, riche famille aristocratique juive, s’ouvre aux jeunes membres de la classe moyenne quand les clubs sportifs sont du jour au lendemain interdits aux juifs. Dans cet espace préservé, Giorgio et Micol vivent une histoire qui ,d’amicale depuis l’enfance, est devenue peu à peu amoureuse pour Giorgio.

Alors que l’Italie sombre progressivement dans le fascisme et que l’Europe toute entière est sur le point de s’embraser, les Finzi-Contini nous sont présentés comme vivant en vase-clos sur leur domaine fermé, quasiment imperméable à l’extérieur, gardiens d’un art de vivre en voie de destruction. Les quatre années que couvrent le récit suivront l’évolution des relations entre Giorgio, lettré issu de la classe moyenne, et Micol, fille de l’opulente famille des Finzi-Contini. Autour de cet espace protégé le monde bouge et les mentalité évoluent, progressivement polluées par l’idéologie fasciste. Ignoré, mésestimé, le nouvel ordre qui écrase l’Europe finira par pénétrer (littéralement dans la scène clé du récit) et finalement engloutir le domaine.

A l’image de la belle Micol (formidable Dominique Sanda), la famille semble désespérément passive face aux changements radicaux qu’instaurent les lois raciales mussoliniennes et l’avènement des chemises brunes. Baigné dans une photographie très travaillée dont les évolutions marquent celles de l’époque, le film de Vittorio de Sica, qui signait ici son plus grand chef d’œuvre aux cotés de ses merveilles néo-réalistes (Le voleur de bicyclette, Umberto D.), adopte une distance glacée et fait des Finzi-Contini les représentants d’une certaine idée de l’Europe, de ses valeurs et de sa culture à travers son aristocratie, face à la montée du fascisme. « Lorsque je montre l’espoir de ces gens de revenir en Italie, lorsque je les montre peu soucieux des menaces qui pèsent sur eux, lorsque le père dit «Mussolini, c’est mieux qu’Hitler», lorsque le fils reproche de n’avoir pas levé le petit doigt quand certaines personnes étaient persécutées, je pense avoir bien reflété la situation de l’époque. » L’ambition de De Sica n’est bien pas tant de s’attacher à dépeindre les amours de Micol que d’en faire une image vivante de la position de l’aristocratie face aux régimes fascistes en Italie, mais aussi dans l’Europe entière. Les Finzi-Contini, seront balayés par le vent de l’Histoire et, avec eux, une certaine idée de l’aristocratie européenne dont la seconde guerre mondiale a définitivement sonné le glas.

Francis Chérasse.

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