Publié par Dissidenz le 25/06/2008 à 14:40

Tout Aki Kaurismaki en DVD ou Les perdants magnifiques

Tout KaurismakiEn 2002 le festival de Cannes consacre Aki Kaurismaki. L’Homme sans passé obtient le Grand Prix du Jury et son actrice fétiche, Kati Outinen, le prix d’interprétation féminine. Une récompense méritée pour ce cinéaste finlandais qui s’est imposé en un peu plus de vingt ans et une quinzaine de films grâce à son style désenchanté et tendre.

Car Aki Kaurismaki c’est avant tout une façon inimitable de rendre compte de la noirceur du monde, des “gens de peu” qui le peuplent, anti-héros dignes et drôles à force d’impassibilité. Il y a quelque chose du Droopy, le chien de Tex Avery chez ses personnages qui traînent leurs carcasses dans les no man’s land des villes ou des campagnes et semblent dire comme lui et sans jamais sourire “You know what ? I’m happy”.

Aki Kaurismaki, c’est une façon de résister, par l’épure minimaliste et la stylisation burlesque, au monde qui va trop vite et écarte sur son passage tout ce qui « ne cadre pas ». Il lui suffit d’une femme assise dans une soirée et attendant en vain qu’on vienne l’inviter pour peindre la solitude. Il lui suffit d’un bouquet de fleur pour raconter une romance naissante. Ses acteurs ne sont pas particulièrement beaux, mais ils incarnent avec poésie et humour la grandeur et la misère de la condition humaine. Sa « trilogie des marginaux » (ses films les plus récents, avec Au loin s’en vont les nuages, L’homme sans passé, et Les lumières du faubourg) ou son autre trilogie, plus ancienne, dite “des ouvriers” (avec les bijoux que sont Shadows in Paradise, Ariel, et La fille aux allumettes), sont ainsi des peintures sans pathos de “ceux qui se lèvent tôt”, des loosers en tout genre qui tentent de survivre dans un univers hostile sans jamais perdre leur dignité.
La grande cohérence de son œuvre n’exclut pourtant pas la diversité. Car soudain surgit La Vie de Bohême, dans un Paris reconstitué ou Juha, au noir et blanc somptueux, « dernier film muet du XXe siècle ». Surtout, l’intégrale est l’occasion de se régaler de quelques raretés, comme ses courts-métrages musicaux dont l’inénarrable Those were the days, où un cow-boy et son âne cherchent refuge dans un café de Paris. Ou comme Calamari Union, son second film resté inédit, sorte de pochade noir et blanc et jazzy qui relate la traversée de la ville (à haut risque !) par un groupe de Pieds Nickelés déjantés plus tout jeunes qui s’appellent tous Frank. L’esprit des “Leningrad Cowboys“, ce groupe de “très mauvais rock” aux bananes improbables et aux santiags archi-pointues qui vaudra au réalisateur un franc succès en 1989, est déjà là.
Enfin, l’intégrale est l’occasion de suivre la « famille Kaurismaki». En effet, le cinéma du Finlandais est aussi une histoire de fidélité : le même chef opérateur depuis ses débuts, quelques acteurs fétiches : Kati Outinen et son menton rentré, déchirante et troublante de solitude, Matti Oulippää indéfectible complice depuis sa première apparition, la raie sur le côté, dans Crime et châtiment, jusqu’à sa mort prématurée en 1995… “Je ne comprends pas pourquoi il faudrait remplacer un acteur parfait par un autre, pour le seul plaisir d’en changer. John Ford ou Howard Hawks ont gardé John Wayne dans leurs westerns parce qu’il était le meilleur dans ce genre de rôles”, dit-il…

Emmanuelle Mougne

Coffret Aki Kaurismaki, Pyramide Distribution
25 ans de cinéma en 16 longs-métrages et 9 courts métrages

Aucun Commentaire »

Pas de commentaires.

S'abonner au flux RSS .

Laisser un commentaire