Publié par Dissidenz le 04/07/2008 à 14:09

Entretien avec Jean Rollin

La nuit des horloges

Comment avez vous organisé votre survie économique ?
Je me demande comment je fais. Si j’avais tout l’argent que j’ai perdu dans les films, je pourrais prendre une retraite méritée. Il s’accrocher, il faut tirer des sonnettes. On repart à zéro à chaque nouveau film. Je réinvestis systématiquement ce que j’ai gagné dans les films et il faut recommencer à convaincre, recommencer à faire croire que le film sera meilleur que les autres. Repartir toujours au début. C’est fatiguant.

Quelles sont les possibilités de diffusion aujourd’hui pour vos films ?

C’était plus facile dans les années 70-80 mais on se plaignait déjà à l’époque. Maintenant c’est fini. Ou vous avez les télévisions ou vous n’avez rien. Je n’ai pas les télévisions alors je n’arrive plus à sortir. Je ne sais comment je vais faire avec le dernier film que j’ai tourné. Il y a bien le câble mais ça me rapporte très peu. A une certaine période Canal Plus prenait mes films. Tous les derniers films que j’ai pu tourner c’était grâce aux ventes télévision, j’ai vendu cinq films à Canal, j’en avais même vendu un à Arte, ça signifie à chaque fois un nouveau film.

Vous êtes une espèce de mythe dans le cinéma français tout en étant relativement peu reconnu.
Le cinéma fantastique, était assimilé il y a à peine quinze ans au cinéma érotique, considéré comme de la sous série B. Je n’attends pas de reconnaissance. C’est vrai qu’il y a beaucoup de jeunes cinéastes qui viennent me voir parce qu’ils ont envie de faire du fantastique et de le faire en marginaux mais quand on voit ce que tournent les amateurs, je suis affolé. Ils ont toutes les chances que moi je n’ai plus, ils n’ont pas de problèmes de censure, ils ont moins de problèmes d’argent parce qu’ils tournent avec des copains, ils sont totalement libre de faire ce qu’ils veulent et la seule chose qu’ils essaient de faire c’est d’imiter les grands. Ils pourraient faire plein de choses formidables. Ils voudraient me faire jouer dans leurs films mais quand je vois les scénarios qu’on me fait lire c’est affolant. On m’a proposé au moins trente fois de me faire jouer un policier derrière son bureau (rires). Le seul avec qui j’ai plaisir à tourner, même si on s’engueule tout le temps, c’est Norbert Moutier. Il fait son chemin, et il y a quelques fois sa personnalité à lui qui apparaît, et c’est tellement rare chez les autres…

Pouvez vous nous parler de votre dernier film, La nuit des horloges ?
Le dernier, c’est un peu un résumé de toute ce que j’ai fait, il y a des extraits de tous mes films, des extraits de mes livres. J’ai mis trois ans à le faire, en le tournant par petits bouts, ce que je n’avais jamais fait avant, et ça été une espèce de miracle. Les extraits de film se sont parfaitement intégrés au tournage et j’ai tourné avec une actrice dont j’ai été très content, Ovidie, très bonne comédienne, très gentille. Des gens ont dit que c’est un film testament, c’est un peu ça.

Propos recueillis à Paris le 04 juin 2008.

Lire le coup de coeur de Jean Rollin pour Freaks.

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