
Après Haut les Cœurs !, Stormy Weather, Made in the USA ou Que personne ne bouge !, dans lesquels vous traitiez de sujets “sérieux” (même si cela n’excluait pas une certaine légèreté de ton), on ne vous attendait pas forcément sur le terrain de la “comédie loufoque”, comment est née l’idée de Back Soon ?
Jean-Luc Gaget, mon co-scénariste, et moi avions passé deux années à écrire un scénario qui ne s’est pas monté. C’est Patrick Sobelman (Ex Nihilo, Agat Films), mon producteur, qui m’avait parlé de lui. Jean-Luc venait d’écrire un téléfilm produit par Agat Films, que Lucas Belvaux a réalisé. Travailler avec Jean-Luc, c’est comme jouer au ping pong, les réflexions de l’un font avancer l’autre et vice et versa.
Donc, avec Jean-Luc, nous nous sommes dits : faisons quelque chose qui nous fasse vraiment plaisir, où le plaisir soit, à chaque niveau du travail, la chose n°1.
En l’occurrence, je tenais à me lâcher dans un scénario sans carcan, assez rocambolesque, foncer sans avoir peur, en écrivant pour des gens que j’aime. J’imaginais des rôles pour des personnes que j’avais rencontrées là-bas, notamment des musiciens de la scène islandaise que j’avais croisés à Reykjavik. J’ai fait des photos, discuté avec plein d’artistes, acteurs, musiciens, écrivains… Peu à peu, chacun d’entre eux a apporté des choses à l’écriture du film.
Ensuite, c’est vrai, j’avais envie de faire rire. Dans mes films précédents, les gens étaient souvent émus, et cette émotion ils venaient m’en parler après la projection. Là j’avais envie d’entendre leurs réactions, d’entendre leurs rires. C’est la première fois que je m’essaie à ce genre, même si j’ai tourné pas mal de documentaires “comiques” : Barbara tu n’es pas coupable, Les Braqueuses d’Avignon, etc. Je crois que ce vers quoi j’ai envie de tendre, c’est de raconter des histoires qui font rire, et en même temps qui sont tristes, parce qu’au final c’est souvent de ça qu’est faite la vie.
Le film est une ode à Didda Jónsdóttir que vous aviez déjà dirigée dans Stormy Weather et à laquelle vous aviez consacré un portrait pour la série Visages d’Europe, avez-vous écrit le film pour elle ? Dans quelle mesure Anna est-elle Didda ?
Didda n’est pas Anna, mais ce qu’elles ont en commun c’est une énergie, une force et une fougue qui emportent ceux qui les entourent comme les vents islandais savent le faire.
J’ai rencontré Didda, il y a cinq ans, dans un bar de Reykjavik. Elle jouait en effet Loa, aux côtés d’Elodie Bouchez, dans mon film précédent : Stormy Weather. Elle n’avait jamais joué auparavant et elle a obtenu pour ce rôle le César Islandais de la Meilleure Actrice de l’année.
Les personnages de Back Soon, semblent un peu être de lointains cousins nordiques des braqueuses, “hors la loi gentilles”, de Que personne ne bouge !, vous semblez avoir une tendresse réelle pour ces gens en marge du système.
Depuis toujours… chercher en celui qui semble être loin de soi ce qui au fond fait qu’ils sont proches. Créer du lien. Peut-être parce que mes origines sont si “éclatées”…
Le film semble très spontané, avez vous laissé une part d’improvisation à vos comédiens ou tout était il très écrit ?
Il y avait un vrai “squelette” en ce qui concerne le scénario, le fil, les dialogues, et après je me laissais toujours du temps en fin de séquences pour ouvrir le cadre à l’improvisation, par exemple en ne coupant jamais trop vite, ou en disant, j’ai ce qu’il faut mais faisons une dernière prise où vous pouvez vous lâcher. Même si ces prises “libres” ne sont pas toujours montées, cette méthode insufflait une vraie énergie au tournage, une joie d’être là ensemble.
Comment est née l’idée de ce thème musical qui court par extraits tout le long du film et qui prend toute sa dimension lors du générique final ?
C’était une des idées premières, travaillée avec Martin Wheeler, qui a fait les bandes sons de presque tous mes films.
Que ce soit sur mes documentaires ou sur mes fictions, Martin accompagne les films dès le moment de l’écriture, pour ensuite travailler sur la bande son. Non pas pour souligner la bande image, mais pour l’accompagner, la heurter, la déranger, la faire vibrer.
L’idée de départ pour la bande son de Back Soon était de tisser différents éléments sonores qui, petit à petit, aboutiront à la chanson finale du film, une chanson Islando/Jamaïcaine, un morceau de reggae scandinave, écrit et interprété par Sigurdur Gudmundsson et son groupe, Hjalmar….
Ces différents éléments (voix, percussions, ligne de basse, etc…) viennent se déployer dans l’”espace” du film. La notion d’espace est importante car le film est en partie un road movie, et les personnages viennent s’inscrire dans des paysages vastes, où la route et les ciels lourds de pluie viennent rythmer le récit.
Le but de ce travail est de créer une atmosphère bien spécifique autour du personnage principal, Anna, sur le principe et le rythme d’une gestation. Ainsi, cette œuvre entendue tout au long du film donnera naissance à la chanson de reggae islandais.
Je pense que ce désir de “réunir”, à l’occasion de chaque film, des musiciens dont les routes ne se seraient pas croisées sinon, est lié à mes origines “éclatées” (l’Islande, les Etats-Unis, l’Europe Centrale). Le fait que, dans Back Soon, ces rencontres et ententes se concrétisent dans une chanson jouée live dans la cuisine où les différents personnages du film se retrouvent, symbolise ce désir.
Propos recueillis par Olivier Gonord.
A PROPOS DE BACK SOON
Anna Halgrimsdottir vit à Reykjavik avec ses deux fils. Lassée du froid islandais, elle décide de vendre son commerce afin de pouvoir quitter l’île. Son commerce, la vente de marijuana, est plus que prospère, aussi veut-elle en obtenir un bon prix. Le “repreneur” auquel elle va céder son téléphone portable -objet magique sur lequel tous ses clients l’appellent- lui demande 48 heures pour rassembler l’argent.
Pendant ces 48 heures, Anna va se trouver entraînée dans tout un tas d’histoires ô combien islandaises ponctuées de rencontres inattendues et loufoques : une jeune auto-stoppeuse irlandaise folle de Dieu, un vague cousin dépressif, un étudiant français fan d’elle et une oie qui sonne.
Alors qu’elle sillonne l’île d’un bout à l’autre, sa cuisine se transforme en salle d’attente où ses clients, de plus en plus nombreux, s’impatientent de son retour.
En salles le 20 août 2008.
En savoir plus sur le film : www.backsoon-lefilm.com
A PROPOS DE SOLVEIG ANSPACH
Sólveig Anspach est née à Vestmannaeyjar (Islande), d’un père américain et d’une mère islandaise.
Elle est diplômée de la FEMIS (1989, section réalisation - première promotion).
Elle réalise de nombreux documentaires parmi lesquels Que personne ne bouge !, Made in the USA, Faux tableaux dans vrais paysages islandais. Mais c’est en 1999 qu’elle se fait connaître du grand public avec le long-métrage Haut les cœurs, avec Karin Viard et Laurent Lucas. En 2003, elle réalise Stormy Weather avec Elodie Bouchez et Didda Jonsdottir, qui est sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.
Sólveig Anspach prépare actuellement Louise Michel, téléfilm pour France 2 avec Sylvie Testud, et écrit Soon Coming, la suite de Back Soon.