Si vous n’avez jamais vu de films de Guy Maddin et êtes un(e) cinéphile habitué(e) des salles obscures en quête d’expériences cinématographiques nouvelles, ou si vous êtes un simple bipède ouvert d’esprit (et relativement préservé des schémas dominants), alors saisissez votre Chance ! Préparez-vous –ou plutôt ne vous préparez-pas–, précipitez-vous pour voir le dernier film de Guy Maddin : Des trous dans la tête ! La découverte n’en sera que plus frappante, rafraîchissante et surtout… enivrante. Expérimental dans la forme, sans être élitiste, Des trous dans la tête ! se présente comme une “souvenance en 12 chapitres” et a tôt fait de vous happer complètement dans un conte fantastique où les images super 8, le noir et blanc expressionniste, les touches de couleur, les intertitres faussement subliminaux, les bruitages aérophoniques, la musique de Jason Staczek et la voix d’Isabella Rossellini vous prennent aux tripes au sens quasi-littéral du terme. Car Des trous dans la tête ! c’est aussi un film de genres (avec un “s” !) là où on ne l’attend pas : mythes et mythologie s’embrassent dans un maelström de secrets, d’obsessions, de désirs, de terreurs primitives et de curieux trous bien enfouis dans la mémoire d’un personnage étrangement prénommé Guy, d’abord adulte puis enfant… Un voyage hypnotique qui emprunte aussi bien à la psychanalyse qu’à la poésie.
Financé par The Film Company, studio indépendant américain qui accompagne les projets d’auteurs en leur donnant carte blanche, Des trous dans la tête !, démontre, dans un contexte inédit mais sous une forme quasi-synthétique, la stupéfiantee vitalité d’une œuvre définitivement à part.
Si les adeptes de Maddin (Careful, Archangel, Tales of the Gimli Hospital, Et les lâches s’agenouillent, The Saddest Music in the World) auront la satisfaction de retrouver la patte organique et visuelle d’un cinéaste fondamentalement en marge des formats en vigueur, les nouveaux venus trouveront leur bonheur dans cette « nourriture » cinématographique sans conservateurs où les sens ont la part belle. Un périple mystique, inoubliable, vers un passé irrémédiablement perdu : celui d’une enfance qui s’éveille.
Retrouvez sur Dissidenz l’interview de Guy Maddin.
En attendant, découvrez la bande-annonce…
L’histoire : Guy passe sa jeunesse en compagnie de sa sœur adolescente, sur l’ile mystérieuse dont il héritera un jour. Ils partagent cet endroit avec une horde d’orphelins vivant en communauté dans le phare, qui fait office d’orphelinat. Chacun de leur geste est rigoureusement surveillé par leur mère, dominatrice et tyrannique, depuis le sommet du phare, pendant que leur père, un scientifique et inventeur, travaille de jour comme de nuit dans le plus grand secret, au sous-sol.
Lorsque de nouveaux parents adoptifs découvrent d’étranges blessures sur la tête de leurs enfants, les jeunes détectives et jumeaux Wendy et Chance Hale, se rendent sur l’ile de Guy pour y mener leur enquête. Guy est en émoi devant Wendy, un premier béguin qui affole ses hormones, alors que sa soeur a le pourpre aux joues, transie d’amour pour Chance, un amour qui ne doit en aucun cas être révélé à Mère.
L’enquête progresse alors que les enfants s’engouffrent dans les ténèbres de la divulgation et de la répression, jusqu’à ce que la situation devienne dangereusement incontrôlable à mesure que les terribles secrets de famille sont peu à peu dévoilés…
Françoise Duru
Plus d’infos sur les autres films de Guy Maddin (cliquez sur le film qui vous intéresse) : Archangel, Careful, Dracula, Tales of the Gimli Hospital, Et les lâches s’agenouillent, The Saddest Music in the World