Depuis quelques semaines, des affiches l’annonçaient partout dans Paris (sauf dans le quartier lui-même curieusement ignoré) : le samedi 11 octobre, le 104 (ou CENTQUATRE) ouvrait ses portes. Pour les néophytes, cela pouvait paraître mystérieux. Pas pour ceux, nombreux, qui attendaient ce jour depuis que la mairie de Paris avait décidé de faire de ce lieu situé au fin fond du XIXe arrondissement et qui abritait jusqu’en 1997 le siège des pompes funèbres municipales son vaisseau-amiral culturel. Après deux ans et demi de travaux, le public a donc enfin pu découvrir ce nouvel équipement artistique pluridisciplinaire coûteux (100 millions d’euros) et ambitieux lors de cette journée portes ouvertes (parfois fermées en raison de l’affluence).
Le 104 c’est quoi ? C’est d’abord, quand on arrive, un splendide ensemble réhabilité, avec son architecture de fer et de brique typique des bâtiments industriels du XIXe siècle, sa verrière majestueuse, et sa grande allée traversière qui relie la rue Curial et la rue d’Aubervilliers. Un lieu lumineux, immense (39 000 m2 au total), aux proportions harmonieuses, bâti au cœur d’un quartier déshérité avec ses cités et ses 17% de chômeurs. C’est surtout un magnifique outil de travail avec 18 ateliers, où se côtoient, toutes disciplines confondues, des artistes en résidence pour une durée de un à douze mois. C’est d’ailleurs déjà un succès : le dernier appel à projets a vu affluer 3 200 réponses du monde entier.
Une ruche. Samedi, le programme d’inauguration était chargé : outre le très attendu concert de Tricky, figure du mouvement trip hop (qui a fait “104 trop plein”, entraînant la fin des réjouissances plus tôt que prévu), on pouvait y voir de nombreux travaux d’artistes. Photos grand format colorées de Stéphane Couturier qui a saisi le 104 en mutation pendant toute la durée des travaux (Melting Point), fausse boutique de produits dérivés proposée par Johanna Korthals Altes et Adrien Rovero (I love 104), Seven minutes before, installation de Mélik Ohanian constituée de sept plans séquences projetés simultanément sur sept écrans, curieuse symphonie entre chien et loup filmée dans un paysage de montagne, vidéos très lentes, mélancoliques et fortes de Anri Sala (Why the lions roars), qui variaient en fonction de la température extérieure… Parmi ce foisonnement, certaines propositions séduisent, d’autres déçoivent, c’est la loi du genre.
Quartier, interactivité. D’ailleurs, les directeurs du lieu, les hommes de théâtre Frédéric Fisbach et Robert Cantarella répètent à l’envi que, malgré ses deux salles de spectacle, le 104 « n’est pas un lieu de diffusion ». Plutôt un lieu qui, s’inspirant des « friches », se veut une fabrique à ciel ouvert où les travaux ont souvent pour caractéristique (et pour mission) d’entrer en résonance avec leur environnement social, culturel, urbain. Ainsi, les résidents de l’année prochaine en cinéma, Fleur Albert et Laurent Roth écriront leur long-métrage Mehdi, avec des usagers toxicomanes du crack vivant dans le quartier,… Le 104 fait donc le pari de la mixité des arts, des populations, des services (début 2009 une librairie, un café, un restaurant, une boutique… viendront s’installer) des amateurs, des professionnels…et des stars : Lou Reed vient y faire une lecture le 20 octobre prochain. On saurait débuter plus mal.
Le 104 (CENTQUATRE), 5 rue Curial et 104 rue d’Aubervilliers, 75019.
Tél : +33(0)1 53 35 50 00, www.104.fr, contact@104.fr
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 23h, dimanche et lundi de 11h à 20h.
Emmanuelle Mougne
Voir la video du chantier du 104 investi les 29 et 30 décembre dernier, le temps d’un week-end, par de nombreux artistes : ici.