Il y a des films rares qui donnent l’impression d’avoir trouvé l’équation exacte entre leur sujet et leur forme et atteignent par là une forme de “grâce”. Le mot peut sembler curieux concernant A côté, qui a pour cadre la maison d’accueil des familles venues voir un proche à la maison d’arrêt de Rennes. Et pourtant, le documentaire de Stéphane Mercurio réussit ce miracle. En filmant pendant près d’un an les femmes, les mères, plus rarement les pères faisant halte dans ce sas entre l’extérieur et le parloir, elle nous place face à la violence de la machine pénitentiaire, face à son arbitraire. C’est une femme qui découvre que son fils a été transféré à Brest et qu’elle va désormais devoir prendre le train alors qu’elle a quatre autres enfants et peu d’argent, c’est des parents à qui l’on déclare simplement que le leur n’est pas là, et qui font tous les hôpitaux de la ville pour finir par le trouver, mais sans pouvoir le voir, transféré après une tentative de suicide. C’est une succession de vexations, petites et grandes, un parloir annulé parce que la borne qui délivre les tickets ne marche pas, un livre qu’on n’a pas pu donner. En contrepoint à ce cinéma-vérité sobre et poignant, des photos splendides (de Grégoire Korsakow), seules échappées vers le monde extérieur, saisissent les personnages principaux ailleurs, au tribunal, chez elles, au bord de la mer… Ces images racontent alors autrement, intimement, la solitude, l’attente, le temps suspendu.
Plus le film avance et plus cette prison, dont on ne voit pourtant jamais qu’un mur au fond d’un bout de jardin, devient omniprésente, omnipotente. On sort sonné par la violence, impressionné par la dignité, l’amour, le courage de chacune de ces femmes, qui tentent de tenir, vaille que vaille. Et qui parfois s’écroulent. Du grand cinéma.
Emmanuelle Mougne
Lire aussi l’entretien avec Stéphane Mercurio.
A côté sort en salles le 29 octobre. Des projections en avant-première ont lieu dès le 23 octobre. Cliquez ici pour les consulter.