Publié par Dissidenz le 26/11/2008 à 12:02

Versailles-Chantiers

Versailles-Chantiers
A l’heure où fleurissent en DVD les versions “longues”, “définitives” ou “director’s cut” qui tiennent davantage, à quelques exceptions près, de l’opération commerciale que d’un acte artistique véritable, c’est pourtant avec une joie non feinte que nous attendions la sortie, dix ans après la version salle, d’un nouveau montage de Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers) de Bruno Podalydès.

Patrick Brion disait à propos de l’invisible et mythique version de huit heures des Rapaces d’Erich Von Stroheim « n’oublions pas que c’est dans sa version tronquée qu’on a découvert et aimé Les Rapaces », si on ne peut que lui donner raison, force est de constater qu’il paraît impossible d’envisager revoir Dieu seul me voit dans sa version salle quand on en a vu le montage, tel que souhaité à l’origine par le réalisateur, dans son format de six fois cinquante minutes. C’est en effet sous cette forme, que Bruno Podalydès avait pensé et écrit son premier long métrage. Ayant décidé avec son producteur d’en tirer un film pour la salle, Bruno Podalydès tourna pourtant l’intégralité de ce qu’il avait écrit, dans l’économie respectée d’un long métrage de deux heures. Dix ans après la sortie salle, c’est grâce à TPS que put être financée la post-production de cette version « interminable » qui est aujourd’hui disponible en DVD.

Ce sont dans cette version longue des pans entiers des aventures sentimentales d’Albert Jeanjean dans cet entre deux tours d’élection municipales qui prenent un sens nouveau et par ricochet donnent son plein sens au film. Les relations entre les personnages s’étoffent, certains acquièrent un relief et une importance pour le film qu’ils n’avaient pas, la structure est plus lisible et paraît plus justifiée, les épisodes se répondent et créent une dynamique nouvelle, on imagine aisément le calvaire que dut être le travail de coupe du réalisateur pour ramener son film de 300 minutes à 120. Restituées intégralement, les tergiversations d’Albert Jeanjean sur ses relations sentimentales, ses positions politiques et plus généralement ses choix de vie sont plus délectables que jamais et, si elle sont toujours le moteur du récit, elles ne semblent plus en être l’objet. Les enjeux plus clairement posés, la mécanique implacable d’un comique de situation parfaitement huilé et les savoureux dialogues ciselés par Bruno et Denis Podalydès prennent toute leur saveur et font définitivement de Versailles-Chantiers (Dieu seul me voit – Version interminable) un modèle inédit et particulièrement brillant de comédie à la française.

Olivier Gonord

Plus d’informations sur Versailles-Chantiers (Dieu seul me voit – Version interminable).

Publié par Dissidenz le 26/11/2008 à 12:02

MARK RAPPAPORT - Ecrivain, cinéaste

Un conte de Noël (2008) de Arnaud Desplechin.
Un conte de Noël
“C’est un film formidable, c’est comme un grand roman. C’est d’autant plus inattendu pour moi que je n’aime pas les autres films de Arnaud Desplechin. Ce film a été pour moi une expérience étonnante, j’adore ce film et particulièrement Chiara Mastroianni”.
Synopsis : À l’origine, Abel et Junon eurent deux enfants, Joseph et Elizabeth. Atteint d’une maladie génétique rare, le petit Joseph devait recevoir une greffe de moelle osseuse. Elizabeth n’était pas compatible, ses parents conçurent alors un troisième enfant dans l’espoir de sauver Joseph. Mais Henri qui allait bientôt naître, lui non plus, ne pouvait rien pour son frère - et Joseph mourut à l’âge de sept ans. Après la naissance d’un petit dernier, Ivan, la famille Vuillard se remet doucement de la mort du premier-né. Les années ont passé, Elizabeth est devenue écrivain de théâtre à Paris. Henri court de bonnes affaires en faillites frauduleuses, et Ivan, l’adolescent au bord du gouffre, est devenu le père presque raisonnable de deux garçons étranges. Un jour fatal, Elizabeth, excédée par les abus de son mauvais frère, a “banni” Henri, solennellement. Plus personne ne sait exactement ce qui s’est passé, ni pourquoi. Henri a disparu, et la famille semble aujourd’hui dissoute. Seul Simon, le neveu de Junon, recueilli par sa tante à la mort de ses parents, maintient difficilement le semblant d’un lien entre les parents provinciaux, la soeur vertueuse, le frère incertain et le frère honni…

Retrouvez la semaine prochaine le DVD de Un conte de Noël.

Lire aussi le coup de coeur de Mark Rappaport sur La brigade du suicide d’Anthony Mann.

Mark Rappaport
Mark Rappaport est un cinéaste indépendant dont l’oeuvre singulière et méconnue pose un regard sur la culture populaire américaine. Réalisé, monté et produits par ses soins, ses films (The Scenic Route, Rock Hudson’s Home Movies, Exterior Night…) sont le fruit d’expérimentations formelles et thématiques passionnantes mêlant image du grand Hollywood, standards de la musique et influences populaires diverses. Rédacteur pour les revues Trafic ou Cinéma de Bernard Eisenschitz, Mark Rappaport, aujourd’hui installé à Paris, vient de sortir un livre “Le spectateur qui en savait trop” chez POL.

Publié par Dissidenz le 19/11/2008 à 20:32

L’univers inénarrable de Jacques Rozier

Adieu PhilippineLancé avec Adieu Philippine, considéré comme un des films emblématiques de la Nouvelle Vague, Jacques Rozier devient vite un cinéaste culte. D’autant plus culte qu’il est rare : il n’a sorti que 4 longs-métrages en 45 ans de carrière, dont certains sont longtemps restés invisibles. L’édition en DVD de ses opus cinématographiques (deux courts-métrages, quatre longs-métrages) est donc un événement.

Rozier n’est pas fait pour l’époque : il suffit d’imaginer le mot « pitch » devenu le sésame de toute présentation d’un film (qu’on pourrait traduire par « résumé vendeur ») pour s’en convaincre. A l’efficacité (scénaristique, de découpage, de mise en scène), Rozier a toujours préféré les digressions, les chemins de traverse. Ce n’est pas un hasard si la plupart de ses films parlent de vacances, de ces parenthèses arrachées au temps quotidien. Comme le dit Bernard Menez dans l’un des bonus, ses films regorgent de « séquences inénarrables », ce qui raconte bien et leur drôlerie et leur façon d’échapper à tout cadre.
C’est sans doute pour cette raison que son oeuvre dégage un sentiment de formidable liberté, alliée à une forme d’insouciance qui n’est jamais de la niaiserie ou de l’inconséquence. Chez Jacques Rozier les départs sont aussi tristes qu’ailleurs, les personnages ont leurs moments de solitude et de faiblesse, et se laissent parfois entraîner sur la pente de la mélancolie. Il n’empêche. Ce qui l’intéresse, ce sont les instants de grâce, surgis la plupart du temps d’improbables rencontres. Rien de moins solitaire que son cinéma : les personnages y vont toujours en bande, en couple (d’amis plus que d’amants), et s’ils sont seuls ne le restent jamais longtemps. Le duo dragueur de Blue Jean, un de ses premiers courts-métrages aérien et limpide cède le pas au trio d’Adieu Philippine puis au quatuor Du côté d’Orouët, ou au groupe en voyage des Naufragés de l’île de la tortue, sorte de préfiguration fantaisiste et poétique de Koh Lanta. Bien sûr les mathématiques sont chose compliquée et les combinaisons se font et se défont. Les amours sont la plupart du temps contrariés. Peu importe car on y trouve de nombreux amoureux, ce qui suffit à l’aventure, maître-mot du cinéaste. Avec lui, on prend la route sans trop savoir où elle vous mène et ce qui est vrai de ses films l’est de ses tournages – les anecdotes fourmillent, notamment dans les bonus… Rozier aime les commencements, les promesses, les suspens plus que les accomplissements. Il prend son temps, les scènes aussi. Les séquences s’étirent et accèdent à une autre dimension. Rien de plus quotidien que son univers - on y a de grandes discussions sur de petits riens, la préparation d’un repas prend des heures. Et rien de plus poétique - les discussions se mettent à dériver, portées par des personnages savoureux, le défi d’un enfant devient une escapade de pure grâce dans Rentrée des classes, son premier court-métrage, la préparation des anguilles se transforme en moment homérique et burlesque dans Du côté d’Orouët, un contrôle de billets dans un train prend des allures surréalistes dans Maine Océan. Comme le dit (une fois encore) Bernard Menez, « il faut le voir pour comprendre ». On ne saurait mieux dire.

Emmanuelle Mougne

Plus d’informations sur le Coffret Jacques Rozier – 5 DVD (Potemkine).

Lire l’interview de Jacques Rozier.

Publié par Dissidenz le 19/11/2008 à 20:32

Jacques Rozier ou l’art de la bifurcation

Jacques RozierInterviewer Jacques Rozier donne de temps à autre le sentiment d’entrer dans l’un de ses films. D’abord on nous prévient : l’homme est parfois insaisissable, il lui arrive fréquemment d’annuler les rendez-vous. Certains ont vu le leur reporté… 6 fois. Du coup, on est presque surpris de l’obtenir après un seul petit décalage.
Ensuite, Jacques Rozier répond comme il filme : en empruntant des chemins de traverse. On peut toujours tenter de le ramener sur les rails, rien n’y fait. Rozier, charmant, attentif, ne répond pas vraiment aux questions, en tout cas pas directement. Il tourne autour, bifurque, évoque longuement Nono et Nénesse (pilote vidéo réalisé avec Pascal Thomas sous l’égide de l’ORTF en 1975) s’embrouille un peu (« Pourquoi je disais cela déjà ? »), demande quelle était la question, s’arrête un instant sur les problèmes de désynchronisation d’Adieu Philippine, repart encore ailleurs,…
Plus enclin à parler technique ou à conter des anecdotes qu’à analyser son oeuvre, on pense à la réponse qu’il avait faite à un numéro spécial de Libération où 700 cinéastes du monde entier répondaient à la question « Pourquoi filmez-vous ? ». Rozier imaginait la réponse de Louis Lumière : « J’ai inventé cet appareil qui permet de prendre des vues animées, il faut bien qu’il serve à quelque chose ». Il ajoutait : « En tant qu’un des milliers d’arrières-petit-fils de Louis Lumière j’ose affirmer qu’il devait aimer s’asseoir dans une salle de projection pour voir les rushes. Ce qui est un plaisir inexplicable ».
Il ressort donc tout de même de l’entretien deux ou trois choses. A commencer par la confirmation d’une méthode qui pourrait se résumer par les mots de Jean Douchet selon lesquels Jacques Rozier ne s’est jamais soumis aux règles commerciales, ni aux règles tout court. Survol d’ensemble en quelques points de détail.

(Absence de) Scénario
Bar (chic) de l’hôtel St James et d’Albany. C’est là que Jacques Rozier donne ce jour-là ses interviews. C’est là aussi qu’il a écrit le scénario des Naufragés de l’île de la tortue, ou plutôt qu’il a jeté les premières idées sur le papier. « Claude Berri m’a dit : Pierre Richard veut tourner avec toi. Or il venait de faire Le Grand blond avec une chaussure noire, qui avait très bien marché. Douché par une expérience où le film ne s’était pas fait au dernier moment, je me suis dit, il faut aller vite. J’ai annoncé au distributeur (AMLF) que je ne voulais que la moitié de ce qu’ils me proposaient mais tout de suite et qu’on me laisse entièrement libre. J’ai donc commencé à écrire ici avec l’idée qu’on tournait dans quinze jours, J’avais juste l’idée de départ, celle d’un type qui travaille dans une agence de voyage et qui a l’idée d’organiser un voyage à la Robinson Crusoë, avec comme concept « démerde toi, 3000 Francs Paris/Paris rien compris », une idée qui a fait florès depuis avec Koh Lanta ! Le film s’est donc écrit beaucoup au fur et à mesure. Comme toujours, Jacques Rozier s’est adapté à la réalité du tournage. « A la fin du film, Pierre Richard devait commencer à tourner avec Zidi, et m’a donc demandé à partir plus tôt. J’ai accepté. Du coup c’est comme ça qu’est née l’idée qu’il plongeait, qu’on perdait sa trace et qu’on le retrouvait en prison.»
« Les Naufragés de l’île de la tortue est le film où le scénario était le moins écrit. En même temps, l’essentiel de Maine Océan s’est écrit en trois jours, en m’inspirant parfois d’un livre de linguistique. En fait, je m’éloigne beaucoup du scénario pendant le tournage mais au montage je me rends compte que je le retrouve. Disons que c’est une méthode de liberté, anti-routinière. Mais les malheureux jeunes réalisateurs qui voudraient procéder ainsi aujourd’hui doivent se lever tôt ! »

L’engagement de Bernard Menez
C’est l’un des acteurs fétiches de Rozier. Du côté d’Orouët, Nono Nénesse, la série télévisée Joséphine en tournée, Maine Océan… « Au moment de Du côté d’Orouët, j’ai fait le casting en quatre jours car il fallait que je tourne vite. J’avais trouvé les filles, mais pas le chef de bureau qui, dans le scénario, apparaissait sous le nom du « boutonneux ». Un agent me dit « J’ai ce qu’il vous faut ». Arrive Bernard Menez au bureau des Champs-Elysées. Dès que la porte s’est ouvere j’ai eu envie de rire. Mais je me suis méfié, pensant qu’un type pareil était capable de quitter le tournage. J’hésitais. Il m’a rappelé, me disant qu’il lui fallait une réponse rapide : sa carrière ne marchait pas et il avait prévu de partir au Québec. Me demandant s’il bluffait ou pas, je l’ai invité à passer chez une amie comédienne, en lui disant qu’elle lui donnerait la réplique. Il est arrivé, la cousine de mon amie s’est jeté sur lui et lui a fait les lignes de la main, lui annonçant un voyage prochain. Menez bredouille. C’était tellement drôle que je l’ai engagé. »

Extérieur. Mer.
Inutile de chercher à obtenir des réponses sur le sens de son œuvre, ses thématiques. Quand on lui fait remarquer qu’il fait des films de bande, Jacques Rozier paraît presque surpris. Puis concède qu’il filme peu les histoires d’amour et que souvent il s’agit de « petites aventures collectives ». Et ce goût pour les vacances, pour la mer et les îles ? « Les vacances, c’est des moments de liberté ou les gens se trouvent face à eux-mêmes. Et puis ça me permet de filmer en extérieur. L’espace est chez moi déterminant, j’aime beaucoup le bord de mer. J’ai grandi à Paris mais j’ai passé beaucoup de temps en Vendée, lorsque j’étais enfant et adolescent, ce qui explique mon attirance. Et c’est vrai que j’aime aussi beaucoup la Méditerranée qui est une mer complètement différente puisque la Vendée c’est les vagues, l’Océan en prise directe, alors que la Méditerranée c’est plus un endroit où on plonge, où l’on regarde…»

Comment finir
Outre les difficultés de sortie de certains de ses films, la légende dit que Jacques Rozier a du mal à finir ses films tout court. Rozier lui-même qualifie Nono et Nénesse, film vidéo tourné en 1975 d’« OVNI inachevé », Fifi Martingale, sélectionné à la Mostra de Venise en 2001 n’est jamais sorti, et le dernier opus, Le Perroquet bleu, n’est « tourné qu’à moitié ». Il faut dire que les anecdotes fourmillent sur les tournages impossibles de Jacques Rozier : une disparition d’un tournage pendant trois jours, une table de montage mise en garde-meuble à La Roche sur Yon,…« Il a l’instinct de ce qu’il faut pour un film mais il est brindezingue alors parfois il rate la route », résume Jean-François Stévenin, qui fut son assistant. Jacques Rozier tempère. « On raconte beaucoup d’histoires à mon sujet. Que sans doute je n’avais pas envie de me fatiguer. Mais pas du tout, je n’ai aucune volonté de faire de grandes parenthèses. Je ne demanderais pas mieux que de faire trois films par an. Mais il n’y a plus de producteurs à l’ancienne, d’aventuriers qui prennent des risques, des gens qui ont la fibre de la production et le système se délite. Les Dauman, Rassam, Balsan, ont malheureusement disparu. Mais C’est vrai que c’était plus facile autrefois de gagner de l’argent avec le cinéma. » Du coup, Rozier s’est parfois produit lui-même, comme Fifi Martingale, avec l’apport de Canal +. « Le désagrément c’est qu’avant c’était un travail dont j’étais déchargé. L’avantage c’est que je contrôle les films ». Il assure d’ailleurs qu’il va faire quelque chose de ce film Fifi Martingale (dont il est également monteur), invisible depuis sa présentation à la Mostra de Venise en 2001. « Le film est un peu mou au départ. Il y a notamment au début une scène que j’aime beaucoup, qui est comme une parodie de Au théâtre ce soir, et je n’ai pas voulu couper. Mais elle dure 7 minutes, ce qui est long. On est à une époque où il faut accrocher le spectateur dans les 3 minutes. Donc je pense ajouter un peu de musique pour accélérer le rythme et couper un peu quand même. » A suivre… !

Emmanuelle Mougne

Lire la chronique du Coffret Jacques Rozier.

Publié par Dissidenz le 19/11/2008 à 20:32

MARIE MODIANO - Chanteuse

Les hommes le dimanche (1930) de Curt et Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer et Fred Zinnemann.
Les hommes le dimanche“J’ai récemment vu ce film qui m’a profondément marquée. Ce film nous offre grâce à la modernité de ses plans et la simplicité de l’intrigue une vision complètement onirique d’un Berlin disparu à jamais, car il a été tourné en 1930, quelques années avant les bombardements qui changeront pour toujours le visage de cette ville. Un dimanche comme les autres, cinq destins qui se croisent, a priori une histoire plutôt banale. Le côté solaire et champêtre des scènes qui se passent au bord du lac Nikolasse pourrait même placer ce film comme une sorte de “cousin germain” d’Une partie de campagne de Jean Renoir. Mais on ne peut s’empêcher quand on regarde People On Sunday d’y voir plus qu’un film de fiction, un véritable témoignage d’une époque où l’ombre du nazisme et les drames de la seconde guerre mondiale planent à l’horizon. Et c’est peut-être là que le film vient puiser sa véritable force, et laisser une trace profondément ancrée dans l’histoire et dans notre mémoire collective.”

Plus d’informations sur Les hommes le dimanche.

Marie ModianoElève de la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, Marie Modiano est apparue dans les films de sa sœur Zina, En face et La vie privée, ainsi que dans Demonlover d’Olivier Assayas ou Fantômes de Jean Paul Civeyrac. S’étant depuis consacrée à une carrière de chanteuse, elle a sorti en 2006 un premier album chez Naïve, I’m not a rose. Sorti en septembre 2008, son deuxième album, Outland, réalisé avant son complice Peter Von Poehl, développe un folk-pop aérien et ciselé absolument envoutant.

La page MySpace de Marie Modiano.

Publié par Dissidenz le 14/11/2008 à 20:11

Bertrand Tavernier - Rétrospective intégrale

Bertrand TavernierCinéaste difficile à classer tant il a abordé des thématiques et genres divers, cinéphile passionné à l’enthousiasme contagieux, Bertrand Tavernier est un des personnages incontournables du cinéma français. Fondateur d’un ciné-club historique, le Nickel-Odéon, au sortir de l’adolescence, rédacteur pour Radio-Cinéma (futur Télérama), puis pour les Cahiers du cinéma et Positif, Bertrand Tavernier devient attaché de presse avec Pierre Rissient avant de se lancer dans la réalisation en 1972 avec L’horloger de Saint Paul.


Le cinéaste historien.
Pour son deuxième long métrage, Bertrand Tavernier décide d’adapter « La fille du Régent » d’Alexandre Dumas. Insatisfait du fruit de son travail d’adaptation, il change son fusil d’épaule et traite finalement la période de manière plus libre. Que la fête commence sera le premier d’une longue série de films, du Juge et l’assassin, son film suivant, à Capitaine Conan en 1996, basés sur un minutieux travail de documentation sur la période qu’il décide traiter, que ce soit la première guerre mondiale avec Conan et le superbe La vie et rien d’autre, le moyen-age de la Passion Béatrice ou le début du vingtième siècle dans Un dimanche à la campagne. Cette minutie dans le travail préalable à l’écriture, reconnu même par ses détracteurs, se retrouve dans l’autre grand pôle de sa filmographie, l’engagement citoyen.

Le cinéaste engagé.
Oui, les termes « engagé » ou « citoyen » sont aujourd’hui tellement chargés de connotations et de clichés qu’ils en deviennent repoussoirs. Difficile pourtant de ne pas les employer quand on se penche sur l’œuvre de Bertrand Tavernier qui, sous la forme de documentaires (La guerre sans nom, De l’autre coté du périph’), ou de fictions (L.627, Ca commence aujourd’hui), a maintes fois utilisé le cinéma pour questionner la société française et « s’engager » effectivement ainsi dans la vie de la cité. Cris de révolte et états des lieux implacables, les « films de citoyen » de Bertrand Tavernier s’appuient sur le témoignage et tirent leur force de la précision préparatoire du travail effectué et de l’adéquation entre la forme et les intentions. C’est toujours à hauteur d’homme, à travers l’expérience individuelle, que le cinéaste s’attaque à ses sujets.

Le cinéaste cinéphile.
Passionné, par le cinéma américain, Bertrand Tavernier l’est aussi par le cinéma français classique, celui sur lequel les jeunes turcs de la nouvelle vague crachèrent allègrement leur fiel pour asseoir leur réputation. Ce n’est donc pas un hasard si Bertrand Tavernier a écrit quelques un de ses plus beaux films avec deux légendes du cinéma français des années 40 et 50, le tandem Jean Aurenche et Pierre Bost (La Traversée de Paris, La Symphonie pastorale, Jeux interdits, Gervaise). Tavernier rendra d’ailleurs en 2002 un hommage direct à ce cinéma français classique dans Laissez-passer écrit d’après les mémoires de Jean Devaivre autour de la Continental, société allemande produisant le cinéma français durant la seconde guerre mondiale. Passionné également par les cinémas anglais et italien, il voudra offrir au géant Riccardo Freda l’occasion de réaliser son dernier film en 1994 avec La fille de d’Artagnan, collaboration avortée pour cause d’incompatibilité entre le Maître italien et l’actrice principale du film, Sophie Marceau.

Alors qu’on attend toujours la date de sortie de son prochain film, Dans la brume électrique, tourné aux Etats-Unis et bloqué depuis son achèvement pour des problèmes contractuels, L’institut Lumière rend à Lyon un hommage à Bertrand Tavernier sous la forme d’une rétrospective complète de ses films, occasion rêvée de découvrir ou redécouvrir l’œuvre d’un réalisateur à part, cinéaste-citoyen et cinéphile passionné et passionnant, dont le livre d’entretiens avec John Huston, Jacques Tourneur, Elia Kazan, Robert Altman ou John Ford, Amis américains, ressort dans une édition enrichie.

Olivier Gonord

Voir le programme complet de la Rétrospective à l’Institut Lumière.

Voir le blog consacré aux sorties DVD que tient Bertrand Tavernier sur le site de la SACD.

Publié par Dissidenz le 14/11/2008 à 20:11

MARK RAPPAPORT - Ecrivain, cinéaste

La Brigade du suicide (1947) de Anthony Mann.
Brigade du suicide
“J’ai récemment vu pour la première fois, en DVD, T-Men (La brigade du suicide) de Anthony Mann, et c’est un film vraiment incroyable. C’est un film qui pourrait être réalisé par Orson Welles, mais sans le coté « farfelu » de Welles. Tous les films d’Anthony Mann des années 40 à la fin des années 50, des films comme Reign of Terror (Black Book), He Walked by Night ou Raw Deal, sont absolument formidables.”

Synopsis : Deux agents des “Secret Service”, organisme dépendant du Département du Trésor des Etats-Unis, sont choisis pour infiltrer le milieu et mettre fin aux agissements d’un gang de faux-monnayeurs. Pour ce faire, ils endossent une nouvelle identité et, de Detroit à Los Angeles, remontent effacement la filière jusqu’au sommet de l’organisation.

Plus d’informations sur La brigade du suicide.

Mark Rappaport
Mark Rappaport est un cinéaste indépendant dont l’oeuvre singulière et méconnue pose un regard sur la culture populaire américaine. Réalisé, monté et produits par ses soins, ses films (The Scenic Route, Rock Hudson’s Home Movies, Exterior Night…) sont le fruit d’expérimentations formelles et thématiques passionnantes mêlant image du grand Hollywood, standards de la musique et influences populaires diverses. Rédacteur pour les revues Trafic ou Cinéma de Bernard Eisenschitz, Mark Rappaport, aujourd’hui installé à Paris, vient de sortir un livre “Le spectateur qui en savait trop” chez POL.

Publié par Dissidenz le 06/11/2008 à 15:30

Demy enchante intégralement

Les demoiselles de RochefortIl y a bien des raisons de se réjouir de la sortie de l’intégrale de Jacques Demy.
La plus évidente (et la plus rabâchée !) est que voir ou revoir les merveilles que sont Les demoiselles de Rochefort, Les Parapluies de Cherbourg ou Peau d’Ane les jours de grisaille vaut tous les remontants.

La seconde est qu’au-delà de ces classiques absolus passés du côté de la ritournelle, cette intégrale permet de constater s’il en était besoin que Demy est un très grand cinéaste, paradoxalement méconnu. Qui, en effet, a vu Model Shop (rebaptisé par ses soins « Model Flop » tant le film fit un bide) ballade mélancolique et plongée documentaire dans le Los Angeles hippie de la fin de la guerre du Vietnam où resurgit Lola vingt ans après Lola, ombre blanche et fuyante ? Qui a vu Lady Oscar (1978), improbable commande japonaise d’une adaptation de manga à succès évoquant la France de la Révolution, filmé à Versailles avec des acteurs anglais ? Ce film d’époque manie pourtant l’humour aussi bien que l’épée, s’attaquant l’air de rien à l’oppression de sexe (lady Oscar est une femme que sa brute de père, exaspéré de n’avoir que des filles, a décrété un homme) et de classe (la Cour et ses intrigues, le peuple et sa faim). Sous la commande perce le style Demy, son goût pour les ballets d’êtres et de destins, ce mélange de distance et de naïveté, la fluidité élégante de sa mise en scène.
Car c’est un des plaisirs des intégrales de chercher l’unité d’une œuvre derrière la variété de ses opus. Et si Le Sabotier du Val de Loire, premier court-métrage du réalisateur, magnifique hommage en noir et blanc à un vieux couple de sabotiers, paraît aux antipodes des Demoiselles de Rochefort, avec sa gaieté, ses chansons, et sa ville aux volets repeints, ils incarnent pourtant bien deux branches de son cinéma. Le plaisir de l’artifice, du mouvement ample, des couleurs vives et des décors stylisés, le goût du romanesque coexistent avec le trivial, le quotidien et le social. Ainsi, chez Demy, l’argent est toujours présent, toujours problématique. On peut en avoir, on peut le flamber (Jeanne Moreau y consacre même sa vie dans La Baie des anges avec un mélange d’ivresse et de douleur), mais le garder est un vrai signe de misère. La lutte des classes, elle, n’est jamais bien loin : elle éclate, poignante, lyrique, magnifique dans Une chambre en ville.
Et puis bien sûr, il y a les bonus à commencer par les deux films qu’Agnès Varda réalisa en hommage à son mari (Les demoiselles ont eu 25 ans et L’univers de Jacques Demy) et qui livrent leur lot de pépites. On y aperçoit Jim Morrisson en visite sur le tournage de Peau d’Ane, Harrison Ford en jeune homme souriant refusé par les studios américains pour Model Shop (car il n’était pas fait pour le cinéma !), les sœurs Deneuve et Dorléac répétant avec complicité les pas des Demoiselles… On y voit surtout un Jacques Demy éternellement souriant et doux que chacun s’accorde pourtant à dire inflexible et précis. A l’image de ses films qui traquent le bonheur même lorsqu’il est perdu. Lola, rescapée de bien des coups durs, dit dans Model Shop : « J’ai passé ma vie à lutter et à espérer ». Ce n’est pas un triomphe, juste une élégance. Dans le monde de Jacques Demy, les désirs sont contrariés, les personnages passent la plupart du temps à côté de leur vraie vie, mais c’est justement parce que c’est impossible qu’on est tenu d’y croire. Et pour cela le cinéma est le meilleur des instruments.

Emmanuelle Mougne

Coffret de 12 DVD, 1 livret et un CD audio (essais, maquettes et séances de travail avec Michel Legrand) . Edité par Arte vidéo et Ciné-Tamaris Vidéo

Publié par Dissidenz le 06/11/2008 à 15:30

URSULA MEIER - Réalisatrice

L’argent (1983) de Robert Bresson.
L'argent“Ma famille était cinéphile mais L’Argent est vraiment le film qui m’a donné envie de faire du cinéma. Je l’ai vu à 14 ans par hasard à la télévision et je n’ai rien compris au film. Je n’ai rien compris mais j’ai été totalement bouleversée. Je me suis demandé comment il était possible d’être traversée, émue par un film et en même temps de ne pas comprendre ce qu’au fond il veut me raconter. Je ressentais une vraie émotion par l’utilisation de la bande sonore, le jeu des acteurs qui pourtant ne me semblait pas naturaliste, je m’interrogeais sur le cadre, je voyais l’image, le son, le corps des acteurs. C’est ce que recherche dans le cinéma, ressentir une émotion de cinéma, mais pas une émotion de diktat d’histoires qui font pleurer les gens. C’est vraiment une recherche d’écriture de cinéma. Faire confiance au cinéma, à ses outils, à l’image, au son, ne pas faire qu’un cinéma verbeux. Et face aujourd’hui à une dictature de l’émotion, “j’ai pleuré donc c’est bien”, j’ai envie de défendre une émotion cinématographique qui vient du cinéma.”

Plus d’informations sur L’argent.

Lire l’entretien avec Ursula Meier.
Lire aussi la chronique du film Home de Ursula Meier.

Ursula Meier

Formée au cinéma en Belgique, réalisatrice de documentaires, du court métrage Tous à table couvert de récompenses à travers le monde et du film Des épaules solides réalisé pour Arte dans la collection Masculin-Féminin, Ursula Meier vient de réaliser son premier long métrage en 35mm pour le cinéma, Home avec Isabelle Huppert et Olivier Gourmet, actuellement en salles.

Publié par Dissidenz le 12/08/2008 à 0:00

Rétrospective Mitchell Leisen


Injustement oublié des livres d’histoire du cinéma, Mitchell Leisen a pourtant écrit des pages parmi les plus belles du cinéma américain des années 30. D’abord costumier puis décorateur à succès pour Cecil B.DeMille, Allan Dwan ou Raoul Walsh, Mitchell Leisen a développé en tant que metteur en scène une œuvre brillante, aérienne et raffinée, en collaborant avec les plus grands artistes de son temps, comédiens ou scénaristes. De Hands Across the Table (Jeux de mains) à Arise My Love en passant par Easy Living ou le grisant Midnight (La baronne de minuit), le talent de Mitchell Leisen se déploie tant dans le soin apporté à l’irréprochable direction artistique que dans la précision de la mise en scène ou la façon de traiter des scénarios qu’il remanie largement, s’attirant ainsi la rancune tenace de plusieurs de ses collaborateurs d’alors tels un certain Billy Wilder ou encore Preston Sturges. Mais nul doute que sans le travail de réécriture de Leisen ses films n’aurait pu avoir la subtile légèreté et l’élégance qui les caractérise et font aujourd’hui de son œuvre l’une des pierres angulaires de l’âge d’or de la comédie américaine.

La Cinémathèque Française consacre une rétrospective à ce réalisteur méconnu du 27 août au 2 novembre : retrouvez toute la programmation ici.

Le Festival du Cinéma Américain de Deauville rend également hommage à Mitchell Leisen du 5 au 14 septembre en présentant quelques-uns de ces plus beaux films, en partenariat avec la Cinémathèque Française.

Enfin, Blaq Out sortira un double DVD proposant les films Midnight et Hands across the table à partir du 1er octobre, mais disponible dès le mois de septembre en exclusivité à la Cinémathèque française et à Blaq Out la boutique.