La fin de l’année approche et avec elle l’heure d’un bilan en forme de retour sur les plus belles sorties DVD de l’année, incontournables cadeaux à placer aux pieds de tous les sapins et additions de choix à toute dévédéthèque.
Pour lancer cette rétrospective on ne manquera pas de saluer l’exemplaire sortie du Coffret Jacques Demy qui regroupe, en 12 DVD, l’intégralité des œuvres du cinéaste accompagnées de nombreux suppléments dont un CD détaillant les recherches du tandem Demy-Legrand sur les chansons des films, coffret dont l’exhaustivité et la qualité du travail éditorial réjouiront les amateurs du cinéma de l’enchanteur nantais. Tout aussi exhaustif, le Coffret Aki Kaurismaki en 11 DVD regroupe lui aussi l’intégralité des films de son auteur rendant ainsi disponibles pour la première fois en France des films comme ceux mettant en scène les Leningrad Cowboys, Hamlet Goes Business, Ariel ou J’ai engagé un tueur. Également longtemps attendus et enfin disponibles, les films de Jacques Rozier ont aussi fait en 2008 leur apparition en DVD avec la sortie d’un coffret contenant quatre films, Du coté d’Orouët, Les naufragés de l’ile de la tortue, Maine Océan et Adieu Philippine. Disponibles depuis de nombreuses années aux Etats Unis et en Angleterre, les films de John Cassavetes ont aussi fait en 2008 leur retour en France sous la forme d’un coffret regroupant Shadows, Faces, Meurtre d’un bookmaker chinois, Une femme sous influence et Opening Night accompagnés de suppléments dont de précieuses interview de Cassavetes par Michel Ciment. Autre pièce de choix sortie cette année, la version intégrale, dite « interminable », de Dieu seul me voit de Bruno Podalydès, version découpée en six épisodes de cinquante minutes, telle que voulut à l’origine par le réalisateur, qui prolonge merveilleusement ce bonheur de comédie aussi brillante qu’hilarante et que nous n’aurions peut être jamais pu voir si l’exploitation en DVD n’avait permis, en plus d’une diffusion télé, d’en financer la post-production. On recommandera aussi la sortie récente en France du Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni en exclusivité mondiale et celle du Rebelle de King Vidor, chef d’œuvre à redécouvrir de toute urgence. Au rayon ressorties, on notera également le très beau coffret consacré à l’émission Cinéma Cinémas, la sortie du Let’s Get Lost de Bruce Weber consacré à Chet Baker et celle du troisième volume des coffrets consacrés aux films de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.
Coté imports, on retiendra essentiellement des Etats-Unis la superbe sortie d’une édition, qu’on a envie de nommer définitive, de La soif du mal (Touch Of Evil) d’Orson Welles, proposé dans ses trois différents montages, sous-titrés en français, et accompagné de passionnants suppléments détaillant le destin du film. Il faudra également se tourner vers l’étranger pour se procurer les œuvres de cinéastes français majeurs, c’est en effet en Angleterre que l’on trouvera des films de Robert Bresson inédits en France tel l’indispensable Un condamné à mort s’est échappé, et les immenses classiques de Max Ophuls dont La ronde, en version originale française.
Une bien belle année qui nous aura donc réservé son lot de surprises de choix et qui prouve, à l’heure ou l’on nous en proclame la mort pour mieux tenter de nous imposer un nouveau support qui a bien du mal à pénétrer les foyers (le Blu-Ray pour ne pas le nommer), que le DVD peut encore nous apporter de bien belles joies quand il est mis au service d’œuvres et d’auteurs rares et précieux.
Olivier Gonord
“L’ange exterminateur est “mon film préféré du moment”. J’adore Bunuel mais j’ai découvert celui-ci récemment. C’est un film incroyable parce que complètement paradoxal : il n’est pas rationnel pour un sou, truffé de métaphores qui ne racontent rien et surtout rien de moral, mais en même temps il tient complètement debout. On se dit toujours « ça pourrait être tout autre chose », ça paraît totalement aléatoire et en même temps pas du tout, c’est très cohérent. On a l’impression d’un grand amusement. Des moutons arrivent, on pense au sacrifice, mais en même temps ce n’est pas appuyé, c’est un jeu avec les symboles. Et puis il y a des formes que j’adore, les retours, les répétitions, comme la première scène qu’on voit une fois, puis deux. Ou comme la fin : les personnages réussissent enfin à sortir de la pièce où ils étaient enfermés (un enfermement sans raison objective, comme s’ils étaient mus par une « force obscure »). Ils sont dehors, ils ont regagné le monde. Et puis, non, ça recommence… Ils entrent dans une église, ils sont plus nombreux encore, et ils sont bloqués à l’intérieur… On ne sait de nouveau pas pourquoi. Ca laisse la place au fantasme de chacun…”
Elle a joué la journaliste dans La Commune de Peter Watkins, elle était Sonia, la prof lesbienne, amoureuse et idéaliste d’Oublier Cheyenne de Valérie Minetto, on l’avait retrouvée légèrement disjonctée dans La science des rêves de Michel Gondry… Adepte des expériences tout terrain théâtrales et cinématographiques (elle a écrit et joué sa propre pièce, La Cage aux blondes en compagnie de Marie Payen, participé au dernier spectacle de Philippe Decouflé…), on la retrouvera aux côtés de Jean-Luc Bideau et d’Adélaïde Leroux dans le prochain film d’Andrew Kötting Alexander Ivul. En attendant on peut guetter sa silhouette blonde dans Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes et dans Comme une étoile dans la nuit de René Féret…
Cinéaste à l’oeuvre protéiforme dont les documentaires sont aussi passionnants que les fictions, Werner Herzog est l’un des piliers du cinéma allemand depuis maintenant plus de quarante ans.



“Mon père était à l’époque très séduit par Audrey Hepburn, je ne lui trouvais pour ma part pas grand chose étant enfant et adolescent, je trouvais qu’elle était une petite souris, un truc très mignon… Plus je la vois aujourd’hui, plus je suis subjugué par cette actrice. Pas dans un rapport de l’enfant à la fée, mais parce qu’elle semble être une incarnation de la grâce. Je lui trouve une classe folle. Je l’ai vue assez âgée et très malade, elle parlait de sa nouvelle vie qui consistait à se donner pour des oeuvres caritatives, je suis venu à cette actrice par sa fin. Vacances romaines est son premier film et il est passionnant à plus d’un titre. Elle y exprime une incroyable fragilité, très peu hollywoodienne. A un moment elle ne doit pas regarder son amant, elle n’est pas censée le connaître, et voit son regard vaciller vers lui, elle est bouleversante. J’imaginais le film avant de le voir, Gregory Peck le beau mec, Rome, le scooter, j’imaginais les transparences… et pas du tout, bien avant la nouvelle vague, tout y est tourné en extérieurs. Gregory Peck raconte dans les suppléments du DVD qu’il savait que chaque fois qu’il recevait un scénario c’est que Cary Grant l’avait refusé, je ne sais plus pour quelle raison fumeuse, ce scénario devait forcément être déjà fantastique. C’est un film qui a eu un grand succès et quand on le voit aujourd’hui on est étonné de sa très grande cruauté. C’est saisissant, on a toujours en France une forme de mépris pour les succès populaires et là le film est très dur, et le fait que malgré tout cela le public soit allé le voir en masse fait vraiment plaisir.”