
Comment avez vous démarré dans le cinéma ?
J’ai commencé par hasard. On m’a proposé un stage à la régie, ça m’a plu alors j’ai continué, j’ai été stagiaire, adjoint, régisseur général puis directeur de production. Je fais partie des gens qui ont été formés sur le tas.
Quel est le rôle du directeur de production ?
C’est un métier d’escroc. Tu es payé très cher pour expliquer aux autres qu’ils sont très peu payés. Tu es un peu le chef du personnel, tu es responsable en cas d’accident sur le plateau, tu accordes aux gens la possibilité de faire ou non des heures supplémentaires, c’est plus de la gestion humaine qu’autre chose. Faire en sorte que les gens s’entendent bien entre eux, qu’ils aient plaisir à travailler. Je ne crois pas vraiment aux techniques de management, je crois plus aux rapports humains que tu établis avec les gens. Travailler en équipe à la disposition du réalisateur pour que ce réalisateur sorte quelque chose.
J’ai vraiment eu l’impression de savoir faire de la régie au moment où je pouvais aller parler d’argent, sur la location du décor par exemple, sur la location du matériel, avec les fournisseurs, de manière complètement sereine, détendue, en sachant que j’allais avoir ce que je voulais, au prix que j’avais déterminé à l’avance parce que je saurais “vendre” que c’était le juste prix . A partir de ce moment là j’avais l’impression de savoir faire. S’il y a beaucoup de choses qui sont proches dans la direction de production, il y a une chose qui est malgré tout fondamentalement différente et que je commence à trouver un peu maintenant mais qu’il m’a fallu énormément de temps pour trouver, c’est ce rapport serein et juste par rapport au salaire des gens. C’est assez lourd, ce n’est pas facile, en ce moment cela consiste surtout à annoncer des mauvaises nouvelles. C’est pour ça qu’en jouant un peu tout à l’heure je parlais de métier d’escroc.
Il y a tout un aspect de connaissances techniques qui sont nécessaires mais il faut aussi savoir que le chef décorateur ou le chef opérateur connaîtrons mieux leur métier que toi. Pour moi c’est de la gestion humaine, réussir à être le liant entre les gens, être parfois le bouc émissaire, la personne qui entraîne, qui dit « oui, ça on va le faire », qui prend le risque, qui défend aussi les techniciens par rapport au producteur d’une certaine manière. Il y a plein d’aspects au métier de directeur de production, il y a des aspects purement techniques et des aspects purement humains, je pense être plus dans l’humain que dans le technique.
Pouvez vous nous parler de l’association Cinéma Numérique Ambulant ?
L’association organise des projections dans plusieurs pays d’Afrique, il y a plus trente cinq personnes qui travaillent sur le projet en permanence là bas. J’ai fait deux films comme directeur de production en Afrique et je me suis rendu compte que les gens ne verraient jamais les films qu’on était en train de faire. On a imaginé à partir de là monter un cinéma ambulant, au moment où le DVD arrivait et où le prix des vidéo-projecteurs baissait. On a fait ça une année, en famille avec ma femme et mes enfants, et on a été totalement dépassés par le succès. C’était en 2001, depuis ça a pris de l’ampleur et maintenant on existe dans quatre pays, on est en train de s’installer dans un cinquième, on monte des gros projets culturels, mais sur des budgets qui font sourire par rapport aux budgets du cinéma. Avec le dixième d’un budget de film on peut monter une unité de projection et la faire tourner un an en Afrique.
Comment financez vous l’association ?
Nous avons des partenaires réguliers, RFI par exemple, on a aussi été partenaires avec TV5 par le passé, nous venons de signer avec Vivendi pour un gros projet dans dix villages du Burkina, il y a des choses comme ça mais il faut se battre tous les jours pour trouver trois francs six sous. On essaie d’avoir des activités en Europe, qu’elles médiatisent ce qu’on fait en Afrique.
Le site de l’association Cinéma Numérique Ambulant
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