Il faut toujours un film scandale à Cannes. Cette année c’est Lars Von Trier qui remporte haut la main la Palme du film sulfureux, grâce à une communication savamment calculée et à une stratégie marketing toujours aussi brillante… de la part du réalisateur lui-même qui sait comme personne saisir l’air du temps et toucher son public (depuis les distributeurs jusqu’au simple spectateur, en passant par les journalistes et critiques de tous bords). Lars Von Trier est en effet devenu une marque de fabrique à part entière, une sorte de Harry Potter à l’échelle art et essai avec un marketing qui, sans disposer des mêmes moyens qu’un grand studio, sait faire mouche avec une fulgurante efficacité, depuis la production du film jusqu’à sa diffusion. C’est là tout l’art du cinéaste danois qui d’oeuvre en oeuvre donne l’illusion de réinventer le ! cinéma alors qu’il crée simplement, avec ingéniosité et sophistication, le désir d’un cinéma nouveau en manipulant les clichés et les références du cinéma mondial avec un sens du timing inégalé. S’il n’était pas cinéaste, Lars Von Trier serait sans doute un redoutable publicitaire que s’arracheraient tous les professionnels du marketing pour élaborer des campagnes retentissantes, à la manière d’un Oliviero Toscani (l’homme-clé des campagnes Benetton). Pour ces raisons, chaque nouveau film de Lars Von Trier est forcément une curiosité (bien davantage qu’un plaisir) et une façon de se voir renvoyé à la figure à un instant donné tout le côté obscur du cinéma dit d’auteur, vomi par un artiste de génie auquel on souhaite une soif de challenge inépuisable. En salles en France le 3 juin.
Françoise Duru