Publié par Dissidenz le 05/08/2009 à 15:18

In girum imus nocte et consumimur igni

PalindromesBouleversée par l’enterrement de sa jeune cousine, Aviva, 12 ans, annonce à sa mère son désir de maternité. Prête à tout pour y arriver, elle est sur le point d’avoir un enfant mais est contrainte à l’avortement par ses parents. Elle fugue et entame alors un voyage dans l’espoir d’enfin accéder à son rêve. Enfant terrible du cinéma indépendant américain, Todd Solondz fut remarqué dès son deuxième film, Bienvenue dans l’âge ingrat, avant d’obtenir la reconnaissance internationale et une floppée de prix pour Happiness, peinture d’un cynisme sans équivalent d’une middle-class américaine totalement névrosée, au bord de la folie. Solondz y jouait déjà avec les repè(ai)res moraux en feignant de ne prendre acte d’aucun tabou pour mieux bousculer ses spectateurs, fatalement complices du malin plaisir que le cinéaste prend à les secouer.

Palindromes, s’inscrit dans cette voie, celle d’une remise en question de balises morales tenues pour acquises. Le film au titre programmatique prend la forme d’une boucle et Aviva, à l’issue de son périple, reviendra à son point de départ, plus vraiment la même mais pas vraiment changée. Conçu comme une série de tableaux, le film confronte la jeune héroïne à de multiples personnages et situations à travers différentes incarnations de l’adolescente. Tour à tour brune au cheveux bouclés, elle devient rousse à la blancheur virginale quand il s’agit d’avorter ou trentenaire afro-américaine quand elle intègre une maison refuge pour les enfants abandonnés. Aviva passe ainsi des bras d’une mère aimante -interprétée par la formidable Ellen Barkin- dont l’argumentaire en faveur de l’avortement de sa fille est totalement atroce, à ceux d’un routier avec qui elle passera une nuit au motel avant d’atterrir donc dans une communauté pour enfants où l’on s’entraine à chanter et danser des hymnes à la gloire de Dieu ou contre l’avortement, relecture cauchemardesque et jusqu’au boutiste de la communauté chapeautée par Lilian Gish dans La nuit du chasseur. Il en est ainsi de tous les stéréotypes abordés par le film : ils sont poussés dans leur logique jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’absurde. C’est l’une des forces de Todd Solondz de pousser les situations jusqu’à leurs extrémités. Certaines scènes, comme celle du premier dialogue entre Aviva et sa mère à propos de l’avortement, sont ainsi étirées jusqu’au malaise, jusqu’à la gêne pour le spectateur qui se retrouve ainsi témoin et prisonnier d’un déballage hystérique de sentiments. Là où n’importe quel autre réalisateur couperait, Solondz laisse tourner et appuie encore.

Moins ouvertement cynique et provoquant que Happiness, Palindromes distille par touches une véritable poésie et fait même preuve d’une certaine tendresse pour l’héroïne de son conte. Maternité, avortement, pédophilie, le film s’attaque à des sujets difficiles sans jamais reculer devant les problématiques qu’il pose et mise constamment sur l’intelligence d’un spectateur prêt à remettre en question ses certitudes. Loin de tous les aspects branchés d’un cinéma indépendant américain versant parfois dans l’auto-caricature, Palindromes pourrait bien représenter tout ce que l’on est en droit d’en attendre. Par ses audaces narratives, sa façon de s’attaquer à des problématiques complexes et son jusqu’au boutisme, Palindromes définit un passionnant territoire d’expérimentations et de réflexions et offre une vision absolument sans concession d’une civilisation américaine pourrie par sa conception binaire du monde.

Longtemps attendu en France, le DVD est enfin disponible. On regrettera éventuellement l’absence de bonus sur un film dont il y aurait beaucoup à dire sur l’univers très particulier d’un cinéaste aussi culte que Todd Solondz.

Francis Chérasse

Plus d’informations sur Palindromes.

Publié par Dissidenz le 05/08/2009 à 15:08

DENIS FREYD - Producteur

Le temps s’est arrêté (1959) de Ermanno Olmi.
Le temps s'est arrete« C’est un film qui m’avait beaucoup marqué et que je ne pensais jamais revoir jusqu’à ce que je le redécouvre dans le coffret DVD de trois films d’Ermanno Olmi. C’est un film en noir et blanc, en scope, un film très minimaliste, avec deux personnages, il raconte l’histoire de deux gardiens qui vivent dans une baraque en montagne et surveillent pendant la période hivernale le chantier de construction d’un barrage. Ils sont seuls et communiquent quelques informations météo à ceux restés dans la vallée. Quand le film commence, un des deux doit redescendre et être remplacé par le suppléant habituel. Comme la femme de ce dernier doit accoucher, c’est un jeune qui monte à sa place. Le vieux qui est resté -il s’appelle Noël-, voit donc débarquer un jeune garçon et ils vont devoir cohabiter dans cette espèce de baraque assez sommaire. Le film est très économe en terme de paroles, il se joue sur les regards, et ce qui est extrêmement intéressant, l’idée d’Olmi, c’est que l’ancien, qui connaît beaucoup de choses, va voir arriver un jeune dont on pourrait penser qu’il va l’accueillir avec méfiance et mépris, et ce n’est pas du tout le cas. Le film est tourné en 58, c’est un changement d’époque, ce vieil homme appartient à un autre monde, sans doute rural, le jeune vient lui de la ville, il fait des études d’économie et cet homme est fasciné, ce vieil homme qui sait beaucoup de choses, qui sait comment vivre là haut, va observer ce jeune avec beaucoup de bienveillance, d’intérêt, il va tout d’un coup essayer de mieux se tenir à table, il est un petit peu rustre, il va prendre un livre après le repas pour faire comme le jeune, qui, lui, ne s’intéresse pas tellement au vieux. Tout le film raconte cette cohabitation. Il va y avoir bien sûr des micros-évènements qui prendront dans la relation une importance particulière, le jeune ne sait pas très bien se déplacer sur des skis, il va avoir peur pendant une tempête à cause de bruits étranges, à un moment il va être malade avec une scène incroyable où ils vont aller se réfugier dans une petite chapelle d’altitude. Au départ Olmi avait plus ou moins l’idée d’en faire un documentaire, il en faisait beaucoup à l’époque, et il a greffé comme ça un scénario de fiction avec ce pari de n’être que dans un lieu unique avec deux personnages, il y a peu de films qui tiennent sur uniquement deux personnages. Ce sont des petites choses mais qui racontent beaucoup sur un changement d’époque, sur le rapport au savoir, sur les relations entre les générations, c’est un film comme toujours chez Olmi avec beaucoup d’humanité et un point de vue politique. C’est un film qui m’avait beaucoup marqué quand je l’avais vu et qui mérite vraiment d’être découvert. »

Plus d’informations sur Le temps s’est arrêté

Denis FreydAprès ses études, Denis Freyd passe 5 ans à l’INA à produire des films et œuvres de télévision, à l’époque des premiers essais vidéos, puis il rejoint Initial Group et trois ans plus tard, en 1988, il fonde Archipel 35. Il a produit, entre autres, Bamako de Abderrahmane Sissako, les derniers films des frères Dardenne (Le fils, L’enfant, Le Silence de Lorna) ou encore les documentaires du tandem Gérard Mordillat et Jérôme Prieur consacrés au christianisme (Corpus Christi, L’apocalypse).

Publié par Dissidenz le 27/06/2009 à 14:05

Festival de Locarno

Festival de Locarno