La trilogie d’Apu de Satyajit Ray.
“Satyajit Ray a mis plusieurs années à réaliser le premier film, en tournant le week-end, avec des équipes qui le suivaient sur deux ou trois jours, en retournant au village. On sent le temps qui passe dans le village, c’est dû en partie à cette méthode de tournage. C’est une contrainte, née d’un problème économique, mais cette contrainte donne quelque chose en plus. On a vraiment l’impression de sentir le vieillissement des choses et des êtres. De plus c’est un récit d’initiation, on part de ce petit garçon qu’on va retrouver adolescent, puis, dans le dernier volet, adulte. Dans le premier volet on est vraiment sur l’enfance, sur le rapport à une enfance assez pauvre mais pleine de vie, pleine de charme. On a cette sensation d’un paradis perdu. On est en Inde, on sent la chaleur, l’humidité constante, une espèce d’espace prénatal. Ce film est très beau, on y sourit, et à d’autres moments on est saisi par une mélancolie. L’enfant va se confronter à la mort et nous aussi, à travers ses yeux. Dans la deuxième partie l’enfant va déménager avec ses parents à Bénarès. Le père y lit des prières hindouistes et l’enfant va y faire des études, grâce à l’aide d’un professeur et d’une bourse, et s’y émanciper, échapper à son destin de caste. Il monte dans l’échelle sociale et, confronté une fois de plus à la mort, se révéler. Devenu adulte dans la troisième partie il va devenir écrivain. Il va se marier « par hasard », à la suite d’un concours de circonstances, et finalement découvrir l’amour avec cette femme. C’est sublime, j’ai rarement vu quelque chose d’aussi fin, d’aussi juste. Bouleversé par un nouveau coup du sort, il va grandir encore en transcendant sa douleur. Ce sont des films que l’on peut revoir tous les trois ans, c’est un récit magnifique, d’une pureté absolue. Il parle de la vie, nous donne le temps de la saisir, dans les détails, dans les grands bouleversements. Il touche à l’universalité, c’est la grande force de la trilogie d’Apu.”
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Artiste aux talents multiples, Damien Odoul est tout à la fois poète, cinéaste et performeur. Il a reçu en 2001 le prix spécial spécial du jury à Venise pour son deuxième long métrage Le souffle puis a réalisé Errance en 2003, En attendant le déluge en 2004 et L’histoire de Richard O. en 2007. Il prépare actuellement son prochain long métrage.