Fils d’une grande lignée d’artistes - son père était poète, auteur entre autres des paroles de l’hymne de l’Union Soviétique, ses grand père et arrière grand père étaient peintres - et frère du cinéaste Andréi Konchalovsky, Nikita Mikhalkov est l’une des figures emblématiques du cinéma russe d’après guerre. Metteur en scène mais également comédien, il débute en 1974 avec Le nôtre parmi les autres, western sibérien à la réalisation virtuose, avant de réaliser Esclave de l’amour, hommage aux pionniers du cinéma et premier chef d’œuvre. En 1977, Mikhalkov adapte merveilleusement Anton Tchekov dans Partition inachevée pour piano mécanique puis Alexandre Volodine dans Cinq soirées en 1979. Quelques jours dans la vie d’Oblomov réalisé en 1980 met en scène l’un des personnages les plus populaires de Russie, figure emblématique de la paresse –par refus du monde- créée par Ivan Gontcharov. La Parentèle en 1981, traite avec humour, à travers l’histoire de la visite d’une paysanne à sa fille, de l’occidentalisation de la Russie et c’est avec Sans témoins en 1983, huis clos en appartement entre un homme et une femme, que s’achève la première partie de sa carrière avant Les yeux noirs en 1987 et la consécration internationale. Funambule oscillant perpétuellement entre le drame et la comédie, chantre d’une « slavitude » revendiquée, Nikita Mikhalkov a écrit des pages parmi les plus belles du cinéma russe moderne. Sondant tout autant l’âme humaine que l’identité russe, son cinéma est celui d’un esthète et d’un poète dont l’œuvre émeut autant qu’elle éblouit. Disponibles pour la première fois en France en DVD, ses premiers films sont regroupés au sein de deux coffrets qui permettent enfin d’apprécier tout le travail de cet artiste hors pair. Les films sont accompagnés sur DVD par des interviews des réalisateurs, scénaristes et compositeurs de la musique et de commentaires de Pierre Murat.
Reconduit en mars dernier à la tête de l’Union des Cinéastes Russes après des mois de polémiques notamment autour de la distribution des subventions publiques, membre du futur Conseil gouvernemental en charge du développement du cinéma russe présidé par Vladimir Poutine dont une partie de la mission consiste dans le financement de films « patriotiques », Nikita Mikhalkov est une figure politique contestée. Mais au delà de ses prises de positions ou ses amitiés, nous pouvons aujourd’hui, grâce à la sortie de ces deux coffrets DVD, nous remémorer les splendides premières heures de sa filmographie et embrasser à pleine bouche cette Russie éternelle que Mikhalkov aura su chanter comme personne.
Francis Chérasse
Plus d’informations sur le Coffret Nikita Mikhlakov Vol.1
Plus d’informations sur le Coffret Nikita Mikhalkov Vol.2