Deux comédiennes aujourd’hui âgées partagent un appartement parisien. Sur les murs s’étalent les photos de vedettes des années 30. L’une d’elle tient encore de petits rôles, l’autre fait de menus travaux. Et elles jouent. Elles rejouent leur gloire passée, rejouent leurs rôles, elles jouent leurs vies dont elles subliment les plus infimes péripéties.
Dès le générique invoquant les stars de l’âge d’or du cinéma de studio, Femmes femmes se place à l’échelle du mythe. Ecrit et réalisé par Paul Vecchiali et co-scénarisé par Noël Simsolo qui y tient aussi un rôle, Femmes femmes est assurément l’un des plus beaux et des plus singuliers enfants d’une génération, celle de la nouvelle vague, nourrie aux grands mythes cinématographiques hollywoodiens et à ceux de l’âge d’or des studios français. Transitions imaginatives, irruption de chansons (formidable travail musical de Roland Vincent), adresses caméra inattendues, Femmes femmes fait preuve d’une inventivité et d’une liberté formelle réjouissantes. Il en va de même des scènes et dialogues dont l’écriture fine et précise est magnifiée par l’interprétation prodigieuse des deux interprètes principales, Hélène Surgère et Sonia Saviange. Passant au sein d’une même scène par des registres violemment contrastés, elles sont tour à tour pathétiques ou drôles, émouvantes ou mutines, raffinées ou vulgaires, complexes et multiples. Portant leurs propres prénoms à l’écran, elles incarnent une certaine idée complète de la féminité.
Pour faire travailler Andromaque à sa partenaire, Hélène réveille chez elle le souvenir d’un enfant décédé et suscite alors une émotion dont on ne sait plus très bien si elle est sincère ou non pour le personnage ou même pour la comédienne. Loin de lui enlever de la force, ce brouillage rend la scène plus puissante encore. Le jeu et la vie entremêlés se confondent, dans et hors du film. Ce qui reste c’est l’émotion, et le spectateur, privé de ses repères habituels de distanciation, la reçoit frontalement. « A quoi faut il croire ? Qu’est ce qui est vrai là dedans ? » demande Hélène à Sonia qui vient de lui faire un grand numéro sur une poignée de billets trouvés dans la rue. Tout et rien serait on tenté de lui répondre. Tout est vrai et tout est jeu. The world is a stage, the stage is a world of entertainment chantait-on dans Tous en scène.
La présentation du film au festival de Venise fit une si forte impression sur Pier Paolo Pasolini qu’il fit rejouer une scène du film aux deux comédiennes l’année suivante dans Salo ou les 120 journées de Sodome. Aujourd’hui disponible pour la première fois en DVD, Femmes femmes y est présenté accompagné de nombreux suppléments : interviews de Paul Vecchiali, Noël Simsolo et Hélène Surgère ou analyse de la dernière séquence du film par Vecchiali, autant d’éléments faisant de cette sortie un évènement à la hauteur de l’importance de ce film à réhabiliter de toute urgence comme l’un des plus importants du cinéma français de l’époque.
Francis Chérasse
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Formée à la FEMIS en section réalisation, Anne Benhaïem a écrit, réalisé et monté une dizaine de courts métrages (Solo tù, Théâtre des familles, Humphrey Bogart et la femme invisible) et co-écrit avec Sophie Fillières (Aïe, Un chat un chat) ou Marc Cholodenko (scénariste de Philippe Garrel). Nous relayons ici la souscription qu’elle lance pour la réalisation d’un long métrage, plus d’informations sur la
En 2008 sortait Gomorra, film de Matteo Garrone adapté du livre éponyme de Roberto Saviano et couronné du Grand Prix du Jury du Festival de Cannes cette année là. On y découvrait l’étendue des activités sur laquelle agissait la Camorra, organisation mafieuse napolitaine dont les origines remontent à plusieurs siècles. A l’aide d’une mise en scène dénuée de toute spectacularisation, le film avait pour plus grand mérite de poser des images, et des visages, sur ce qui constituait depuis très longtemps une sorte d’imaginaire collectif pour qui n’est pas témoin direct. Et parmi ces visages marqués par la violence quotidienne, on pouvait voir ceux d’enfants et d’adolescents, livrés à eux-mêmes et recrutés par les gangs de la région. C’est à eux que s’intéresse L’école de la Camorra, réalisé plus de 10 ans auparavant par Nico Di Biase.

« Le corps est comparable à une phrase qui consiste à être désarticulé, pour que se recomposent à travers une série de signes sans fin ses contenus véritables »
“Larry Clark a ce talent qui n’est qu’à lui de mettre les gens tellement à l’aise que ces très jeunes gens se découvrent avec toute leur gentillesse et leur naïveté désarmante. Il arrive à capter des choses que beaucoup de documentaristes n’arrivent pas obtenir. Je ne sais pas ce qu’il met en place comme dispositif pour arriver à ce résultat, il doit les mettre en condition, je ne sais pas comment il les amènent là, s’il triche, mais il arrive à obtenir une complicité qui fait que les gens oublient tout et se livrent. C’est un document sociologique sur l’histoire de la sexualité d’aujourd’hui chez les adolescents qui est assez unique et qui en dit long sur le formatage de la vie sexuelle des jeunes américains complètement conditionnés parce qu’ils voient sur le net. C’est fou ce qu’ils disent sur les canons physiques, les filles qui doivent être comme ci et comme ça, et la façon dont, elles, se conforment à ça. Ce n’est même pas spécialement machiste, tout le monde joue le jeu.”
De la musique industrielle dans les années 80 (Nox) aux cultures électroniques et numériques aujourd’hui, le travail artistique de Cécile Babiole évolue de manière transversale, croisant les circuits de la musique et des arts visuels. Loin dʼune pluridisciplinarité de mise, c’est le passage d’un langage à un autre, la contamination d’un code par un autre, et une incessante relecture du rapport entre l’image et le son, qui sous-tend sa pratique. Qu’elles apparaissent dans l’espace public (rue, autobus) ou privé (galeries, salle de concert), ses dernières installations et performances (RPM, Shining Field, Doom, I’ll be your Mirror, Circulez y’a rien à voir, Reality Dub, Crumple Zone…) interrogent avec ironie nos systèmes de représentation et nos technologies. Elle a participé récemment au projet Polissons & Galipettes [Deconstructed].