Michel Vaujour fut l’un des plus célèbres détenus de France. Ancien braqueur fiché au grand banditisme, il a, sur une période de trente années, passé 27 ans en cellule dont 17 en isolement. Evadé trois fois de prison durant la seule année 1975, il s’échappera également du quartier de haute sécurité où il est alors enfermé à la faveur d’une visite au juge d’instruction qu’il prend en otage avec un pistolet en savon. Oui, comme Woody Allen dans Prends l’oseille et tire toi. En 1986, il réussit l’évasion la plus spectaculaire de l’histoire carcérale française en s’échappant de la prison de la Santé à bord d’un hélicoptère piloté par Nadine sa femme, sœur de Gilles son frère d’arme. Cet épisode donnera naissance en 1992 à un film de Maroun Bagdadi, La fille de l’air, dans lequel Béatrice Dalle tient le rôle de Nadine. Quatre mois plus tard, Michel Vaujour prend une balle dans la tête lors d’un nouveau braquage et repart, hémiplégique, pour la prison. En 2003, suite à une remise de peine record de seize ans, Michel Vaujour retrouve la liberté, sur ses deux jambes.
Psychosociologue de formation, Fabienne Godet a recueilli et filmé la parole de Michel Vaujour. Le film pourrait être le parcours exemplaire d’un jeune homme à l’école du vice, c’est pourtant loin de n’être que ça. La petite frappe de village qui bascule dans la criminalité pour « casser la dynamique de vie qui t’emmenait tout droit à l’usine, le chemin qui était celui de nos pères » tombe d’abord pour vol de voiture et apprend en prison (« pour moi c’était l’ENA »), puis, pour survire dans son engrenage d’évasions, passe aux braquages. Mais ce qui intéresse la réalisatrice et ce qui fait le prix du témoignage de Michel Vaujour c’est le rapport qu’il a toujours entretenu avec l’institution carcérale. Perçue comme un rite de passage, une entrée dans le grand monde de la criminalité, la prison n’a pourtant immédiatement plus été que le lieu duquel il faut s’enfuir, comme si c’était sa vocation première. Entièrement focalisé sur ce dessein, Vaujour a tout mis en œuvre pour y parvenir. Il raconte le travail de déshumanisation, la violence des QHS, et raconte sa résolution. Maintes fois brisé, il n’a jamais baissé les bras. Mais si cet homme a pourtant été remis en liberté avec une remise de peine de seize ans c’est qu’un travail s’est effectué en lui. La réalisatrice le suit, chez lui, avec sa mère ou son cousin, avec ses copains et le filme de près, en gros plans, en très gros plans. On lit parfois sur son visage la dureté dont il a pu faire preuve mais ce qui frappe avant tout c’est l’apaisement qui transparait. « Ne me libérez pas, je m’en charge », le titre pourrait sonner comme une bravade. A la vision du film il s’éclaire d’un jour nouveau. Au fond des blocs de béton des QHS, Vaujour est toujours resté un homme libre et la renaissance qu’il évoque en parlant de sa sortie, légale, de prison est celle d’un homme aujourd’hui libéré de ses propres schémas de pensé et de la spirale criminelle dans laquelle il était plongé. La dernière évasion de Vaujour était sans doute la plus difficile à accomplir.
Le copieux DVD du film propose en boni, sur un second DVD, plus de deux heures d’entretiens avec Michel Vaujour, trois de ses différents avocats, un ancien co-détenu, avec la réalisatrice, le producteur ou le monteur.
Francis Chérasse
Acheter le DVD de Ne me libérez pas je m’en charge

Vincent Lindon se fait connaitre en enchainant les seconds rôles dans quelques unes des oeuvres phares des années 80 avec Jean Jacques Beneix, Bertrand Blier ou Claude Sautet. Au fil des films et des ans, avec Claude Lelouche, Pierre Jolivet, Benoit Jacquot ou Claire Denis, en alternant films d’auteur et cinéma plus grand public, Vincent Lindon s’est taillé une place de choix dans le cinéma français.
Après avoir étudié l’histoire de l’art et avoir obtenu un diplôme à l’IDHEC, Vincent Dieutre réalise en 1995 son premier film, Rome désolée. Enseignant à la Femis et à l’université Paris VIII, il a depuis réalisé une dizaine de films dont quatre (Entering Indifference, Bonne Nouvelle, Bologna Centrale et Despuès de la Revolucion) sortent aujourd’hui regroupés en un précieux coffret DVD. Retour sur une œuvre à part.
“Je voulais dire tout mon amour pour Fassbinder et pour ce film que j’avais découvert il y a quinze ans et que j’ai revu récemment. Il concentre tous les thèmes de Fassbinder, avec ce regard particulier qu’il porte sur les femmes. En l’occurrence dans ce film là il ne filme pas une femme “sexy”. Elle est vieille, elle n’a pas un physique facile et il lui donne pourtant la possibilité de tomber amoureuse d’un homme très beau et très désirable. Fassbinder donne beaucoup aux femmes. C’est un réalisateur généreux, qui prend des risques inouïs. Chaque film est un bras d’honneur aux conventions, un voyage hors des sentiers battus, sans concessions, et malgré toute cette violence qu’il a en lui on voit de très belles choses dans ses films, des personnages gracieux, aimables. Il parvient à filmer une belle histoire d’amour malgré sa haine de la société allemande de l’époque. On voit une profonde humanité et une réelle compassion pour la marge, les immigrés, les opprimés, les femmes, les homosexuels, sans verser dans le militantisme le plus lourd. Ce sont toujours des histoires poétiques. Fassbinder filme les sentiments les plus passionnés et dans Tous les autres s’appellent Ali c’est ce qui saute au visage : la passion.”
D’origine libanaise, Danielle Arbid quitte son pays natal quelques mois avant la guerre civile pour poursuivre des études de lettres et de journalisme à Paris et à Bruxelles. Elle se consacre au journalisme pendant six ans et couvre notamment l’actualité du monde arabe pour Courrier International, le Magazine littéraire, Les Echos et Libération. En 1998, le Groupe de Recherches et d’Essais Cinématographiques l’aide à réaliser son premier court métrage, Raddem, qui est sélectionné dans une trentaine de festivals. Le même accueil est réservé à son second court, Le Passeur, qui suit le parcours d’un réfugié politique kurde. En 2000 elle écrit et réalise Seule avec la guerre pour Arte, un documentaire sur les conséquences de la guerre au Liban récompensé dans de nombreux festivals. En 2002 elle réalise le moyen métrage Etrangère et un documentaire sur Israël, Aux frontières. Avec le soutien du Centre du Cinéma de la Communauté française de Belgique et du CNC en France, elle réalise à Beyrouth son premier long métrage, Dans les champs de bataille (Maarek hob), qui est sélectionné à Cannes en 2004 et reçoit le Grand Prix du long-métrage de l’Institut du Monde Arabe lors de la septième Biennale des cinémas arabes à Paris. En 2007 Danielle Arbid dirige Melvil Poupaud dans son deuxième film, Un homme perdu, qui est également présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Seule avec la guerre et Aux frontières seront disponibles dans un double DVD le 1er juin.