Publié par Dissidenz le 01/06/2010 à 18:26

A fleur de peau

Danielle ArbidDans Seule avec la Guerre et Aux Frontières, la réalisatrice d’origine libanaise Danielle Arbid nous livre sa vision du Moyen-Orient, avec fragilité et amertume. Deux films liés par une même envie d’aller à la rencontre des gens, de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais.

A l’origine de Seule avec la Guerre, il y a ce besoin de comprendre un pays et ses habitants, de lutter contre l’oubli de ce conflit entre chrétiens et musulmans qui a fauché d’innombrables vies au Liban entre 1975 et 1990. Dix ans après, les blessures sont encore profondes. Au sein d’un Beyrouth en pleine reconstruction, la réalisatrice et son cameraman visitent les endroits clés de la capitale libanaise, où résonnent encore le bruit des armes à feu et les cris des victimes, une Histoire récente que tout le monde préférerait oublier. Dans un pays où règne le silence, Danielle Arbid, interroge, dérange, irrite même parfois, et soulève des questions sensibles, des questions enfouies sous les décombres des guerres passées. Le film s’attache ainsi à mettre un visage sur les bourreaux en les laissant s’exprimer sur leurs actes. Hantés par les crimes commis, contaminés par la violence à un point où il leur est impossible de se déplacer sans arme, symbole d’une addiction au combat ou plus simplement d’une incapacité à s’intégrer au sein d’un monde sans guerre (et non pas en paix). Au point où l’un d’entre eux ne cesse de se rendre sur les lieux des massacres auxquels il a participé, pour ne pas oublier.
Plus apaisé, mais en surface seulement, Aux Frontières nous fait visiter, sous la forme d’un road movie, une région dont la singulière beauté ferait presque oublier la violence sourde, larvée, qui l’habite. Autour d’un pays qui, années après années, reste le centre d’attention du monde moderne, gravite tout un maelström d’émotions et de sentiments contradictoires, de l’amour à la haine, de la haine à la tristesse. Tout le monde a son avis sur le nom à lui donner : Israël ou Palestine ? Celui de ces jeunes gens amusés à l’idée de jeter des pierres par dessus les barbelés, de cet homme s’y rendant tous les jours pour aller travailler ou encore du Hezbollah, radical évidemment, puisque comme l’avance un des membres du mouvement le mot « Israël » est banni de leur langage. Une histoire de rencontres donc, au gré du périple de la réalisatrice qui s’est fixée pour principe de ne jamais traverser les limites de l’Etat hébreux, préférant sillonner les routes du Liban, de la Syrie et de la Jordanie, jusqu’à l’Egypte.
Des séquences en super 8 rythment les deux documentaires de leur grain si particulier. Les images semblent hors du temps, presque irréelles, montrant parfois des scènes de vie, parfois la réalisatrice en pleine errance dans un Moyen-Orient qu’elle ne reconnaît plus. Un soin apporté à l’esthétique ne rendant ces documentaires que plus passionnants encore.

Mathieu Col

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