The President’s Last Bang (2005) de Im Sang-Soo.
J’ai découvert Im Sang Soo lors du dernier Festival de Cannes. Il y présentait son dernier film, The Housemaid, le remake d’un film coréen ultra-célèbre des années 60. Je l’ai trouvé magnifique, incroyablement bien réalisé et d’une force extraordinaire. Peut-être parce qu’il réussit à y mêler deux des choses qui m’attirent le plus au cinéma : le sexe et la lutte des classes. Quelque chose qui a terriblement disparu du cinéma français depuis longtemps mais qui a fait la force des films de Wilder, de Renoir, de Pasolini ou de Bertolucci,… et même du Godard des années 60. The Housemaid n’a, comme cela arrive souvent là-bas, eu que très peu de succès à Cannes. La critique entière s’est précipitée sur un autre film coréen, tout-à-fait intéressant par ailleurs, Poetry, de Lee Chang Dong, mais n’a offert qu’un mépris poli pour The Housemaid. Inévitablement, le film n’a connu, en France, qu’un faible succès public.
Cela a pourtant été, pour moi, l’occasion de découvrir, en DVD, la plupart des films précédents de IM Sang Soo. J’y ai trouvé un authentique cinéaste et une œuvre.
Parmi ses films, un film m’a marqué plus que les autres : The President’s Last Bang, un titre impossible à traduire -pour le plus grand malheur des défenseurs inconditionnels de la langue française- mais, derrière ce titre, une sorte de chef d’œuvre.
A partir d’un événement passé quasiment inaperçu des Français, même férus de politique, l’assassinat à l’automne 1979 du Président Park Chung Hee, le dictateur sud-coréen qui régna sans partage durant seize ans sur le pays, Im Sang Soo a réussi une prouesse : montrer la politique, les rapports de force au sein du pouvoir et le pouvoir sexuel que celui donne, dans un décor unique, une maison, et au cours d’une soirée bien arrosée, montrée quasiment en temps réel. Les acteurs sont prodigieux, l’image sublime et les plans d’une maîtrise hallucinante. Sans parler du scénario qui tient en haleine –malgré notre inculture totale sur la politique sud-coréenne- durant près de deux heures. C’est du grand cinéma, proche des tragédies shakespeariennes. Une réussite totale.
J’ai découvert plus tard que le film était passé à la Quinzaine des Réalisateurs 2005. Que faisais-je donc ce jour-là pour me permettre de louper un tel film ? Heureusement, les DVD sont là pour réparer nos erreurs et nos oublis et pour lutter contre les injustices. Ouf !
Plus d’information sur The President’s Last Bang.
François Margolin, ancien élève de l’IDHEC, cumule les casquettes de scénariste, réalisateur et producteur. Il réalise ainsi Mensonge en 1996 ou encore Les Petits Soldats en 2005. Son métier de producteur lui a valut de travailler avec des réalisateurs aussi prestigieux que Raoul Ruiz (La Maison Nucingen), Hou Hsiao-Hsien (Le voyage du ballon rouge) ainsi que Costa Gavras et Abbas Kiarostami pour le documentaire omnibus À propos de Nice, la suite.