Cinéaste incontournable de la nouvelle vague japonaise, Koji Wakamatsu s’est imposé par son rythme de tournage stakhanoviste, sa rigueur stylistique et son engagement total vis-à-vis des sujets qu’il traite. Avec le second coffret qui lui est consacré, 4 nouvelles perles noires (et pink) sont mises en avant, réalisées entre 1969 et 1972, dont le mélange singulier d’érotisme, de violence et de révolte surprend toujours près de 40 ans plus tard.
Tous prennent racine dans les mouvements contestataires de l’époque : LA SAISON DE LA TERREUR, huis-clos clinique, nous montre un révolutionnaire repenti placé sous surveillance et se complaisant dans l’oisiveté, RUNNING IN MADNES, DYING IN LOVE suit l’errance de deux amants, un jeune contestataire et sa belle-soeur après le meurtre accidentel de son frère par celle-ci, une passion charnelle mise en valeur par la caméra de Wakamatsu, filmant les corps au plus près de leurs ébats ainsi que les somptueux paysages de la province japonaise, bien loin de la jungle urbaine de ses autres films ; SEX JACK est quant à lui une critique acerbe de ces mouvements dits révolutionnaires mais se réfugiant dans de longs discours verbeux au lieu d’agir pour la cause qu’ils défendent tandis que L’EXTASE DES ANGES, un des films les plus fameux de son auteur, place son intrigue au coeur d’un groupuscule extrémiste n’ayant pas peur d’utiliser les armes pour faire passer leur message. Groupuscule qui va être mis à mal, jusqu’à l’implosion, par les tensions internes, dissensions et autres traîtrises, le tout appuyé par la bande-son free jazz et certaines séquences au montage à la limite de l’expérimental, mêlant couleurs et noir & blanc, entre rêve et réalité.
Enchainant les films à un rythme métronomique, Koji Wakamatsu n’oublie jamais de soigner leur esthétique, faisant preuve d’une maîtrise formelle sans pareille. De LA SAISON DE LA TERREUR à L’EXTASE DES ANGES, on ne peut que se réjouir de cette insolente constance.
Mathieu Col
Le coffret Koji Wakamatsu volume 2 (4 DVD) est disponible dès le 6 juillet dans tous les points de vente habituels et sur www.dissidenz.com.
Chacun des 4 films du coffret est également disponible à l’unité ici :
Acheter le DVD de LA SAISON DE LA TERREUR
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Les 4 films sont préfacés par Jean-Pierre Bouyxou, Gaspar Noé, Danielle Arbid et André S. Labarthe.
Egalement disponibles en DVD : le coffret Koji Wakamatsu volume 1 (4 DVD) et chacun des 4 DVD inclus dans le coffret : LES SECRETS DERRIERE LE MUR, LES ANGES VIOLES, QUAND L’EMBRYON PART BRACONNER, VA VA VIERGE POUR LA DEUXIEME FOIS.
Le coffret Koji Wakamatsu volume 3 (4 DVD) sortira le 2 novembre 2010 et contiendra les films VIOLENCE SANS RAISON, SHINJUKU MAD, NAKED BULLET et LA VIERGE VIOLENTE.
Un ancien producteur télé à succès parti aux Etats-Unis après avoir tout quitté revient en France à la tête d’une troupe de danseuse de « New Burlesque ». Tout en manageant la tournée de ses strip-teaseuses, il marche sur les cendres de son ancienne vie. De cette histoire d’impossible rédemption, l’acteur fétiche du nouveau cinéma d’auteur français tire le portrait fascinant d’un producteur-tourneur un peu flambeur, un peu looser, qui sacrifie sa vie au profit de son art. Aux shows flamboyants superbement filmés (on ne saluera jamais assez le formidable travail de Christophe Beaucarne sur le film) succèdent les moments d’attentes, les transferts, les halls d’hôtels et avec eux le vide inhérent à ces voyages qui n’en sont pas vraiment. Mais à cette tentation du spleen répond l’incroyable vitalité de ces femmes – véritables performeuses qu’Amalric a rencontré lors de leur passage en France – qui balaient les contrariétés dans un éclat de rire. Ce sont elles, et c’est plus généralement le désir des femmes qui régit la vie du film, à l’image d’une anthologique séquence de drague autoroutière dans laquelle la caissière derrière son guichet (Aurélia Petit) s’avère incroyablement troublante par la seule force d’un désir assumé et joueur. Ode à la femme, subtil, drôle et mélancolique juste ce qu’il faut, Tournée est le chef d’œuvre de Mathieu Amalric cinéaste.
Dans Seule avec la Guerre et Aux Frontières, la réalisatrice d’origine libanaise Danielle Arbid nous livre sa vision du Moyen-Orient, avec fragilité et amertume. Deux films liés par une même envie d’aller à la rencontre des gens, de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais.
Michel Vaujour fut l’un des plus célèbres détenus de France. Ancien braqueur fiché au grand banditisme, il a, sur une période de trente années, passé 27 ans en cellule dont 17 en isolement. Evadé trois fois de prison durant la seule année 1975, il s’échappera également du quartier de haute sécurité où il est alors enfermé à la faveur d’une visite au juge d’instruction qu’il prend en otage avec un pistolet en savon. Oui, comme Woody Allen dans Prends l’oseille et tire toi. En 1986, il réussit l’évasion la plus spectaculaire de l’histoire carcérale française en s’échappant de la prison de la Santé à bord d’un hélicoptère piloté par Nadine sa femme, sœur de Gilles son frère d’arme. Cet épisode donnera naissance en 1992 à un film de Maroun Bagdadi, La fille de l’air, dans lequel Béatrice Dalle tient le rôle de Nadine. Quatre mois plus tard, Michel Vaujour prend une balle dans la tête lors d’un nouveau braquage et repart, hémiplégique, pour la prison. En 2003, suite à une remise de peine record de seize ans, Michel Vaujour retrouve la liberté, sur ses deux jambes.
Après avoir étudié l’histoire de l’art et avoir obtenu un diplôme à l’IDHEC, Vincent Dieutre réalise en 1995 son premier film, Rome désolée. Enseignant à la Femis et à l’université Paris VIII, il a depuis réalisé une dizaine de films dont quatre (Entering Indifference, Bonne Nouvelle, Bologna Centrale et Despuès de la Revolucion) sortent aujourd’hui regroupés en un précieux coffret DVD. Retour sur une œuvre à part.
Il fut un temps où la politique était une bataille idéologique, un lieu où s’affrontaient des visions du monde radicalement différentes, portées par des hommes qui les incarnaient totalement. Pierre Juquin est de ceux là. Entré au parti communiste au milieu des années cinquante à l’âge de 23 ans, il en sera exclu 35 ans plus tard pour avoir trop voulu rénover le parti après en avoir été le porte parole. Candidat dissident à la présidentielle de 1988, il s’est depuis rapproché des mouvements écologistes. C’est avec lui, que Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau (Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés) sont retournés filmer l’Auvergne, 10 ans après Pardevant Notaire. Sur ce territoire chargé d’Histoire, de Vercingétorix à celle du monde ouvrier, à travers des rencontres et des séquences à l’agencement mosaïque, se dessinent les thématiques qui traversent le film : la République, l’appartenance géographique, la guerre, le capitalisme, la religion, un certain rapport au monde.
Après L’Ecole de la Camorra et ses enfants criminels, Nico Di Biase s’attaque à un autre sujet sensible, celui de l’infanticide. Pour cela, c’est au sein d’un hôpital psychiatrique judiciaire, situé au beau milieu de la campagne italienne, qu’il pose sa caméra mais surtout son oreille. Car Le Sang Noir de Médée est à l’écoute de ses “protagonistes”, des femmes aussi meurtrières que meurtries, refusant leur maternité et se sentant incapables d’être mères. Elles s’y dévoilent intimement, sans aucun tabou, en faisant preuve d’une surprenante lucidité sur l’acte qui les a conduites là. Acte qu’on aurait trop facilement tendance à qualifier de monstrueux alors qu’il est avant tout désespéré, le résultat d’un passé douloureux et de l’accumulation de frustrations, familiales ou sociales, dont elles ont été victimes.
Phénomène revêtant une infinité de formes, l’addiction n’aura jamais été autant d’actualité que dans nos sociétés modernes où, poussé par les multiples pressions du quotidien, l’être humain ne voit souvent comme seul échappatoire à son malaise que la plongée avec excès dans la consommation de substances diverses. Facile à se procurer, présent partout dans nos vies, l’alcool est une solution simple et facile d’accès aux problèmes qui nous tourmentent tout en conservant son aspect festif, et donc d’apparence inoffensif. Il est intéressant de constater que lorsque le cinéma décide de se pencher sur le sujet de l’alcoolisme, deux des plus célèbres, et plus réussis, films qui en traitent sont l’oeuvre de cinéastes connus avant tout pour leurs comédies : Billy Wilder avec Le Poison et Blake Edwards avec Le Jour du Vin et des Roses. Comme si être expert en humour permettait de relativiser la noirceur de l’homme et de s’emparer de tout sujet dramatique en évitant de sombrer dans le pathos le plus dégoulinant et les effets larmoyants. Un Singe sur le Dos ne tombe pas non plus dans cet écueil, Jacques Maillot -à qui l’on doit Nos Vies Heureuses (1999) et Les Liens du Sang (2008)- sachant rester digne lorsqu’il dresse le portrait d’un alcoolique sur le chemin de la guérison.
Quelque part en Afrique, Maria veille sur une plantation de café avec son ex-mari, son beau père et son fils. Alors que la menace d’une guerre civile sanglante se précise et que le danger se rapproche, elle refuse de quitter la propriété avant la fin de la récolte. Les injonctions des militaires n’y feront rien, elle restera jusqu’à ce que sa tâche soit terminée.
Des années 50 au début des années 90, la course à l’armement n’aura pas été la seule source de compétition entre américains et soviétiques. La Guerre Froide s’est aussi téléportée à quelques centaines de kilomètres de la surface de la Terre, engendrant une folle rivalité entre deux nations prêtes à tout pour conquérir leur petit morceau d’espace. A ce jeu, l’URSS se démarque par son acharnement forcené (la plupart des records de “longévité” inhérents à la conquête spatiale sont détenus par les Russes) : un stakhanovisme orbital dont les cosmonautes sont les premières victimes. C’est sous un angle original -les expériences scientifiques visant à appréhender la gravité zéro et les conséquences que celle-ci a sur l’homme- qu’Etat d’Apesanteur se propose d’aborder le sujet.