En 2008 sortait Gomorra, film de Matteo Garrone adapté du livre éponyme de Roberto Saviano et couronné du Grand Prix du Jury du Festival de Cannes cette année là. On y découvrait l’étendue des activités sur laquelle agissait la Camorra, organisation mafieuse napolitaine dont les origines remontent à plusieurs siècles. A l’aide d’une mise en scène dénuée de toute spectacularisation, le film avait pour plus grand mérite de poser des images, et des visages, sur ce qui constituait depuis très longtemps une sorte d’imaginaire collectif pour qui n’est pas témoin direct. Et parmi ces visages marqués par la violence quotidienne, on pouvait voir ceux d’enfants et d’adolescents, livrés à eux-mêmes et recrutés par les gangs de la région. C’est à eux que s’intéresse L’école de la Camorra, réalisé plus de 10 ans auparavant par Nico Di Biase.
A vrai dire, il ne reste plus grand chose d’enfantin dans le comportement et la mentalité qui gouvernent leur nouvelle façon de vivre. Toute innocence s’est définitivement envolée au gré des différents trafics rythmant la vie de leur quartier. Qu’ils soient rentrés dans le système mafieux par envie, avec pour fantasme de commander et d’être respecté, ou par dépit, notamment à cause du bourrage de crâne des “grands frères” leur affirmant que l’école n’est là que pour aider les riches, tous finissent par raconter leurs crimes avec la même nonchalance. En se baladant librement, ou presque, au milieu de bâtiments aux allures de taudis et dans les ruelles animées de Naples et ses environs, la caméra recueille le témoignage d’une jeunesse contrainte de voler une voiture si elle veut aller voir la mer et dont les notions de bien et de mal deviennement progressivement de plus en plus floues. C’est presque avec le sourire que Franco, adolescent camorriste parmi tant d’autres, raconte qu’il a commencé par vendre de l’héroïne à 9 ans et qu’il organise actuellement une opération armée pour s’emparer d’un quartier de la ville.
A l’école de la Camorra, la prison est une sorte d’étape, le niveau supérieur de leur scolarité criminelle, où les diverses rencontres carcérales forment un apprentissage qui leur permettent d’en ressortir plus expérimentés et aguerris. Au détour d’une séquence, un lien se fait entre ces petits hommes qui jouent aux cartes avec liasses de billets en poche et les soldats italiens du 18ème siècle qui avaient l’habitude de se retrouver dans un tripôt pour le même type d’activités. L’infanterie de la Camorra, les premiers à tomber au combat, la plupart ne viveront d’ailleurs pas au delà de 40 ans. Ils s’appellent Nando, Franco ou Gianni, prennent des cours de cuisine pour s’en sortir ou rêvent de gravir les échelons pour devenir le nouveau boss. Ils ont aujourd’hui passé le relais à d’autres, victimes d’un recrutement toujours plus féroce pour lequel la seule alternative parentale est de cloîtrer ses enfants à la maison. Une dictature de la peur qui n’est certainement pas près de disparaître, comme nous le prouve de manière édifiante Nico di Biase avec ce documentaire.
Mathieu Col
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« Le corps est comparable à une phrase qui consiste à être désarticulé, pour que se recomposent à travers une série de signes sans fin ses contenus véritables »