Publié par Dissidenz le 25/02/2010 à 19:03

L’école de la Camorra

L'école de la CamorraEn 2008 sortait Gomorra, film de Matteo Garrone adapté du livre éponyme de Roberto Saviano et couronné du Grand Prix du Jury du Festival de Cannes cette année là. On y découvrait l’étendue des activités sur laquelle agissait la Camorra, organisation mafieuse napolitaine dont les origines remontent à plusieurs siècles. A l’aide d’une mise en scène dénuée de toute spectacularisation, le film avait pour plus grand mérite de poser des images, et des visages, sur ce qui constituait depuis très longtemps une sorte d’imaginaire collectif pour qui n’est pas témoin direct. Et parmi ces visages marqués par la violence quotidienne, on pouvait voir ceux d’enfants et d’adolescents, livrés à eux-mêmes et recrutés par les gangs de la région. C’est à eux que s’intéresse L’école de la Camorra, réalisé plus de 10 ans auparavant par Nico Di Biase.

A vrai dire, il ne reste plus grand chose d’enfantin dans le comportement et la mentalité qui gouvernent leur nouvelle façon de vivre. Toute innocence s’est définitivement envolée au gré des différents trafics rythmant la vie de leur quartier. Qu’ils soient rentrés dans le système mafieux par envie, avec pour fantasme de commander et d’être respecté, ou par dépit, notamment à cause du bourrage de crâne des “grands frères” leur affirmant que l’école n’est là que pour aider les riches, tous finissent par raconter leurs crimes avec la même nonchalance. En se baladant librement, ou presque, au milieu de bâtiments aux allures de taudis et dans les ruelles animées de Naples et ses environs, la caméra recueille le témoignage d’une jeunesse contrainte de voler une voiture si elle veut aller voir la mer et dont les notions de bien et de mal deviennement progressivement de plus en plus floues. C’est presque avec le sourire que Franco, adolescent camorriste parmi tant d’autres, raconte qu’il a commencé par vendre de l’héroïne à 9 ans et qu’il organise actuellement une opération armée pour s’emparer d’un quartier de la ville.

A l’école de la Camorra, la prison est une sorte d’étape, le niveau supérieur de leur scolarité criminelle, où les diverses rencontres carcérales forment un apprentissage qui leur permettent d’en ressortir plus expérimentés et aguerris. Au détour d’une séquence, un lien se fait entre ces petits hommes qui jouent aux cartes avec liasses de billets en poche et les soldats italiens du 18ème siècle qui avaient l’habitude de se retrouver dans un tripôt pour le même type d’activités. L’infanterie de la Camorra, les premiers à tomber au combat, la plupart ne viveront d’ailleurs pas au delà de 40 ans. Ils s’appellent Nando, Franco ou Gianni, prennent des cours de cuisine pour s’en sortir ou rêvent de gravir les échelons pour devenir le nouveau boss. Ils ont aujourd’hui passé le relais à d’autres, victimes d’un recrutement toujours plus féroce pour lequel la seule alternative parentale est de cloîtrer ses enfants à la maison. Une dictature de la peur qui n’est certainement pas près de disparaître, comme nous le prouve de manière édifiante Nico di Biase avec ce documentaire.

Mathieu Col

Disponible en téléchargement exclusivement sur Dissidenz : cliquez ici

Publié par Dissidenz le 10/02/2010 à 17:45

Le choc des mondes

Petits Morceaux Choisis« Le corps est comparable à une phrase qui consiste à être désarticulé, pour que se recomposent à travers une série de signes sans fin ses contenus véritables »
C’est par cette citation d’Hans Bellmer, artiste majeur du mouvement surréaliste, que s’ouvre le film ; véritable note d’intention, tant sur le fond que sur la forme, d’un documentaire singulier dont la progression narrative basée sur l’association d’idées et d’images n’est pas la moindre de ses qualités.

Après s’être intéressé aux ravages du conflit serbo-croate (Les vivants et les morts de Sarajevo, 1993) et avoir disséqué les retombées des évènements du 11 septembre (New York année zéro, 2002), Radovan Tadic confronte Orient et Occident en faisant le choix de l’approche structuraliste chère à Roland Barthes. C’est par le biais de faits à priori sans relation que le réalisateur va progressivement tisser un réseau de pistes s’entrecroisant ou se chevauchant, et qui prennent racine dans des domaines aussi variés que surprenants. De l’espionnage soviétique post-guerre froide à la conception du Shinkansen, équivalent japonais de notre TGV national, et son profil aérodynamique basé sur le physique de l’ornithorynque, chacun y est traité sous plusieurs angle, psychanalytiques, théologique ou métaphysique, pour mieux en cerner toutes les facettes. Mais plutôt que de céder à l’abstraction la plus totale, c’est par une avalanche d’exemples concrets, souvent cocasses, toujours fascinants, que la réflexion prend forme. Évoquée à plusieurs reprises comme nécessaire à l’équilibre du monde, la dualité qui le régit (amour et haine, réalité et fantaisie, ombre et lumière) se voit ainsi explicitée à l’écran par une visite à Greenwich, là où le méridien trouve son origine.

Si ces « petits morceaux choisis » sont plus que délectables, c’est également grâce aux personnalités hors-normes qui les composent. En sus des incontournables spécialistes, médecins et psychanalystes, on retiendra notamment une maîtresse dominatrice et ses relations avec la gente masculine ou encore l’évocation de l’anthropophagie par un de ses aficionados les plus connus : Issei Sagawa, le “japonais cannibale” qui a défrayé la chronique au début des années 80 après avoir découpé, cuisiné et dévoré une étudiante néerlandaise de passage chez lui, à Paris. La “preuve d’amour ultime” comme il aime à le répéter.
Ainsi, d’intervenants en intervenants, de faits en images, d’analogies rocambolesques en démonstrations tirées, volontairement, par les cheveux, les propos s’imbriquent les uns dans les autres d’une manière étrangement cohérente, suivant une logique absurde propre au surréalisme. Et si aux multitudes de pistes lancées, Radovan Tadic n’apporte pas vraiment de réponses, c’est avant tout parce qu’il privilégie le cheminement à la finalité, un processus intellectuel des plus stimulants pour qui voudra bien jouer le jeu de ses énigmes à tiroir.

Mathieu Col

Plus d’informations sur Petits morceaux choisis

Publié par Dissidenz le 23/12/2009 à 0:59

Nouveautés à télécharger

Fictions rares ou documentaires inédits, Dissidenz vous propose de découvrir des programmes à télécharger, entre 1.99 et 4.99 euros, et à visionner autant de fois que vous le souhaitez durant 72 heures chez vous, sans vous déplacer. Une alternative idéale pour l’hiver, par ces grands froids !

LES METIERS DE L’OMBRE : une série passionnante d’Emmanuel Chouraqui, sur ces métiers moins médiatisés qui sont pourtant tout aussi essentiels à la réalisation des plus grands films de cinéma ! Pour chaque métier, un professionnel vous guide dans les coulisses de son quotidien…
Les métiers de l’ombre : Nicolas Becker - Bruiteur
Les métiers de l’ombre : Michel Burstein - Attaché de presse
Les métiers de l’ombre : Jean-François Camilleri - Distributeur de films
Les métiers de l’ombre : Patrick Cauderlier - Cascadeur
Les métiers de l’ombre : Duran Duboi - Effets spéciaux
Les métiers de l’ombre : Francis Lai - Compositeur
Les métiers de l’ombre : Laurent Lafran - Ingénieur du son
Les métiers de l’ombre : Françoise Menidrey - Directeur de Casting
Les métiers de l’ombre : Philipe Murcier - Doublage
Les métiers de l’ombre : Christine Parat - Agent artistique
Les métiers de l’ombre : Arnaud Potier - Chef opérateur image
Les métiers de l’ombre : Jean de Trégomain - Directeur de production
Les métiers de l’ombre : Marie-Joseph Yoyotte - Chef monteuse

PROFESSION PRODUCTEUR : une série d’Emmanuel Chouraqui, sur le métier de producteur, sans lequel un film n’existerait pas. Un métier aussi ingrat que passionnant, et réservés aux passionnés !
Profession Producteur : Maurice Bernart
Profession Producteur : Frédéric Bourboulon
Profession Producteur : Paulo Branco
Profession Producteur : Robert Guédiguian
Profession Producteur : Didier Haudepin
Profession Producteur : Francine Jean-Baptiste
Profession Producteur : Martine Marignac
Profession Producteur : Michel Propper

AUTRES PEPITES DOCUMENTAIRES ET INCLASSABLES A DECOUVRIR
Assassinat d’une modiste de Catherine Bernstein
Au premier faux pas de Patrick Benquet
Ceci est une pipe de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic
Enquête sur le monde invisible de Jean-Michel Roux
Etat d’apesanteur de Maciej Drygas
Herbe de Mathieu Levain et Olivier Porte
Histoire d’un secret de Mariana Otero
La berceuse de Maciej Drygas
Le 4ème pouvoir (en herbe) de Jean-Pascal Boffo
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Le Mystère Glasberg de Julie Bertuccelli
Le prêt, la poule et l’oeuf de Claude Mouriéras
Le sang noir de Médée de Nico Di Biase
Le solitaire du Château Du Fresne de Pierre Beuchot
L’école de la Camorra de Nico Di Biase
Les absentes de Catherine Bernstein
Les Esprits du Koniambo, en terre kanak de Jean-Louis Comolli & Alban Bensa
Les raisins vertss de Catherine Bernstein
L’homme des Roubines de Gérard Courant
New York Année Zéro de Radovan Tadic
Oma de Catherine Bernstein
Parce qu’ils ont tué Ibrahim d’Alain Dufau
Petits morceaux choisis de Radovan Tadic
Rêve d’usine de Luc Decaster
Schizophrenia de Vita Zelakeviciute
Sur les traces de renard de Stéphane Chopard
Vivre les invisibles de Dirk Dumon
Yvette bon dieu ! de Sylvestre Chatenay

FICTIONS RARES, CURIOSITES ET INCONTOURNABLES
Céline de Jean-Claude Brisseau
Cette sale terre d’Andrew Kötting
Gallivant d’Andrew Kötting
Home de Ursula Meier
In Absentia de Stephen & Timothy Quay
La chambre obscure de Marie-Christine Questerbert
La vie comme ça de Jean-Claude Brisseau
Le cabinet de Jan Svankmajer de Stephen & Timothy Quay
Le prestige de la mort de Luc Moullet
Le Silence de Lorna de Jean-Pierre et Luc Dardenne
Les naufragés de la D17 de Luc Moullet
Les savates du bon dieu de Jean-Claude Brisseau
L’incinérateur de cadavres de Juraj Herz
Mondo Mulloy de Phil Mulloy
Rembrandt Fecitt de Jos Stelling
Singapore Sling de Nikos Nikolaidis
The Christies de Phil Mulloy
Un singe sur le dos de Jacques Maillot