Les tueurs de la lune de miel (1970) de Leonard Kastle
“C’est un choc. J’ai appris après avoir vu le film que c’est le seul le film de son auteur, et c’est pour moi un chef-d’oeuvre. Je l’ai vu à 24 ans, c’était à Saint Michel, j’étais entré à cause des photos - qui d’habitude ont plutôt tendance à me repousser- j’y avais remarqué le très beau noir et blanc, j’y voyais déjà un cadre. Je suis rentré, j’ai vu ce film, et cela a été une vraie expérience physique, totale. J’ai des souvenirs de sons, de plans très précis, de scènes, de dialogues, il m’est resté un peu de tout. Je n’ai jamais revu ces deux acteurs là mais elle est absolument démente, et lui est déjà en train d’annoncer le DeNiro des films de Scorsese. Et quelle manière de traiter ces serials killers, avec une telle humanité. C’est un couple, fusionnel, une grande histoire d’amour, et leurs crimes sont le produit de leur fusion puisqu’à un moment elle ne supporte plus qu’il fasse le gigolo avec ces vieilles dames et c’est là qu’ils se mettent à les empoisonner et à changer d’états. Et c’est aussi l’errance dans l’Amérique de ces années 60, avec un coté Bonnie and Clyde, une errance sublimée par le film, par le drame. Il y a à un moment une scène de baignade et de simulation de noyade qui pour moi est une des plus grandes scènes du cinéma mondial. Et cette fin sublime, ces lettres d’adieu qu’ils se font d’une prison à l’autre alors qu’ils attendent d’être exécutés, et elle qui va vers la mort dans la joie, persuadée qu’elle va retrouver son bien aimé dans l’au-delà, elle dont on sent toute la frustration, la haine de son corps, et la façon dont elle devient un monstre alors qu’elle était une brave fille. Tout y est, tout y est dit de l’humanité.”
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Artiste aux talents multiples, Damien Odoul est tout à la fois poète, cinéaste et performeur. Il a reçu en 2001 le prix spécial spécial du jury à Venise pour son deuxième long métrage Le souffle puis a réalisé Errance en 2003, En attendant le déluge en 2004 et L’histoire de Richard O. en 2007. Le clip de la chanson Private Lily du groupe Moriarty qu’il vient de réaliser est visible en exclusivité sur Daily Motion, ici.

“Ce film a tellement l’air hors de contrôle. Chaque cadre est superbe mais tout ce qui arrive est tellement chancelant, bordélique, tout a tellement l’air de s’écrouler tout le temps… Et Michel Simon avec ses mauvais tatouages qui s’agitent sur sa graisse. Tout est filmé d’en haut, dans l’Atalante, pour donner l’impression que jamais une caméra ne pourrait rentrer la dedans. On sait que c’était fait en studio, qu’il y avait en réalité plein de place, mais Vigo rend le tout claustrophobique et sale. C’est probablement un des films “qui sent” le plus, on sent presque l’odeur du sel, de l’huile, les dessous de bras et la pisse de chat. Le film semble avancer par bonds, ça me rappelle les vieux cartoons, les Fleischer, les Popeye ou les Betty Boop. Et c’est une histoire si simple. Ca a été une grande inspiration pour moi, j’adore ce que fait Vigo des cadres, fermant en haut, en bas, sur le coté, au sol. On pourrait presque changer l’ordre de toutes les séquences, en gardant le début et la fin bien sûr, et le film serait toujours aussi bon, c’est miraculeux. Quand ils ont restauré le film ils ont retrouvé quelques minutes supplémentaires, ils les y ont ajouté, c’était formidable de les voir mais ça ne rendait pas forcément le film meilleur, ils en ont ensuite enlevé une partie, et ce n’était pas gênant du tout. Je ne sais pas, c’est un miracle qui continue de produire du merveilleux, coupé ou pas, entier ou non. C’est fantastique.”
“C’est un film très complexe. Il y a beaucoup de motifs différents dans ce film, et un système narratif complètement nouveau, très radical, via la dissolution du personnage de Monsieur Hulot. Ce personnage, que l’on connaît depuis Les vacances de Monsieur Hulot, perd de son rôle de protagoniste film après film. Dans les derniers films de Jacques Tati, les structures chorales viennent remplacer Monsieur Hulot. Le cinéma de Tati devient de plus en plus démocratique et le personnage de Monsieur Hulot en disparaît pratiquement. Le travail sur le son est inédit, mais aussi le travail sur l’image. Je pense que Playtime est le seul vrai film qui travaille le format 70mm. En principe, le 70mm est utilisé comme un “truc” spectaculaire, parce que dans l’image 70mm il y a de l’espace pour mettre beaucoup plus d’éléments que dans un film 35. Le travail sur l’espace que l’on peut voir dans Playtime, propose une syntaxe sur l’écran complètement différente. Le problème, c’est que Playtime est un film difficile à comprendre sur le petit écran. Il n’y a pas de place aujourd’hui pour le 70mm. Si l’on a l’occasion de voir Playtime dans son format d’origine, on trouve plein de révélations pour le regard : dans un seul cadre, on peut choisir 4 ou 5 motifs visuels qui sont dispersés dans la grande surface de l’écran. Tu peux trouver une séquence avec plein de gags visuels, de motifs, de métaphores dans le coin gauche de l’écran, et puis une autre en bas à droite de l’écran… Bref plein de surprises ! C’est une politique de l’espace complètement différente qui, pour moi, va beaucoup plus loin que le travail de profondeur de champ de Welles. Parce que ce n’est pas seulement la profondeur de champ qui existe dans les films de Tati, mais aussi le travail sur la surface. Bref, les deux choses. C’est un peu compliqué à expliquer avec des mots, mais c’est une expérience poétique de l’espace vraiment nouvelle, radicale et très moderne, où le spectateur a une grande responsabilité en tant que co-réalisateur, car il doit choisir parmi tous les éléments à l’image qu’il doit regarder. C’est pour cela que Playtime est un film que l’on peut voir beaucoup de fois : on le redécouvre à chaque vision.”
José Luis Guerin est né à Barcelone. Après s’être consacré à la réalisation de films expérimentaux de 1975 à 1983, il a réalisé en 1983 son premier long métrage Los Motivos de Berta. Ce film reçoit un prix spécial au Forum de Berlin. En 1988, il réalise, aux côtés de Reichenbach, Kieslowski, Agresti, Tarr, Sen et Rijneke, l’épisode espagnol du film à sketches City Life, primé aux festivals de Berlin, Rotterdam et Montréal. Il réalise ensuite Innisfree en 1990, présenté en compétition à Cannes. En 1997, Tren de sombras, présenté lors de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, obtient le Méliès d’or et d’argent de la Fédération européenne des festivals de films fantastiques. José Luis Guerin réalise également En construccion en 2001 primé à San Sebastian et, en 2007, En la ciudad de Sylvia sélectionné au Festival de Venise.


Frère du cinéaste disparu Djibril Diop Mambéty avec qui il collabora sur nombre de ses films, Wasis Diop a développé une oeuvre sensible et multiple, véritable invitation au voyage. Qu’il soit samplé par Dr Dre & Trackmaster pour The Firm, choisi dans la B.O. de Thomas Crown (avec Nina Simone et Sting), sur des films français tels ceux de Téchiné, ou qu’il ait sillonné le monde pour différents projets ces dix dernières années, Wasis Diop continue sa route avec une intégrité et un talent musical qui font de lui un des artistes incontournables de la ” World Music”. 

“Je l’ai vu plus de six fois. Et à chaque fois, ce film me fait rire. L’intrigue est comme souvent chez les Coen, loufoque et délirante. Mais ce qui est particulièrement fort, par rapport à d’autres films d’eux, ce sont les personnages. Le “Dude” (Jeff Bridges), Walter (John Goddman) et Donny (Steve Buscemi) incarnent trois figures attachantes et très crédibles tout en étant de parfaits crétins, chacun dans leur genre. Le glandeur absolu, le fou furieux, et le souffre-douleur, voilà trois personnages qu’on a tous connu dans la cour de récré ! A partir de ce trio, les frères Coen réussissent un mélange dont ils sont seuls capables : réalisme, absurdité, surréalisme. Les dialogues sont fabuleux, les séquences de rêve, issues des comédies musicales des années 70 parfaitement réussies, la mise en scène est sobre, extrêmement cohérente et maîtrisée. C’est un film à la fois très américain et tout à fait universel, sexy, rythmé comme une bonne chanson, très fort visuellement. Et puis les réalisateurs osent tout, comme cette fin géniale où les cendres de Donny, à cause du vent, reviennent aux visages du Dude et de Walter qui viennent de les disperser. Le souffre-douleur se venge de son bourreau Walter, mais les trois restent inséparables ! Car c’est aussi, au bout du compte, un film sur l’amitié.” 
